III. — La REPRÉSENTATION
[La représentation d'Esther à laquelle assista Mne de Sévigné, et dont elle a fait le récit dans cette lettre à Mme de Grignan du 21 février 1689, fut la sixième
et dernière : elle eut lieu le 19 février 1689 (la première avait été donnée le 26 janvier).]
Je ne puis vous dire l'excès de l’agrément de cette pièce : c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée ; c'est un rapport de la musique; des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet, qu’on n’y sou-
haite rien ; les filles qui font des rois ét des personnages. sont
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faites exprès : on est attentif eton n’a point d'autre. peine Ju celle de voir finir une si aimable pièce ; tout y est simple, tout. y est innocent, tout y est sublime et touchant : cette fidélité de l’histoire sainte donne du respect ; tous les chants convenables aux paroles, qui sont tirées des Psaumes et de La Sagesse‘, et. mis dans le sujet, sont d’une beauté qu’on ne soutient pas sans larmes : la mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, + c'est celle du goût et de l'attention. J’en fus charmée et le maréchal? aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi COM- 4 bien il était content et qu'il était auprès d’une dame qui était bien digne d’avoir vu jouer Esther. Le roï vint vers nos places, et, après avoir tourné, il s’adressa à moi, etmedit:« Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi, sans métonner, je répondis : « Sire, je suis charmée; ce que je sens est. au-dessus des paroles. » Le roi me dit : « Racine a bien de les | prit ?. » Je lui dis : « Sire,ilena beaucoup ; mais, en vérité, ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles entrent dans le sujet comme si elles n’avaient jamais fait autre chose. » — « Ah! pour cela, il est vrai. » Et puis Sa Majesté s'en alla, et me laissa l’objet de l'envie‘. Comme il n'y avait quasi que moi
de nouvelle venue, le roi eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat 5...
(Me de Sérigné. à