‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 482 sur 532 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

Encore une foïs, je le trouve grand; mais ne puis-je Fe pare ler en toute liberté sur ses dre Ê

En pensant bièn, il parle souvent mal ! ; il se sert des phrases les plus forcées et lés moins naturelles. Térenée dit en quatre mots, avéc la plus élégante simplicité, ce que celui-ci ne dit. qu'avec une Ed. de métaphores qui approchent du galimalias. J'aime bien mieux sa prose que ses vers. Par exemple, l’Avare? est moins mal écrit que les pièces qui sont en vers. ii est vrai que la versification française l’a gêné? ; il est vrai même qu'il a mieux réussi pour les vérs dans l’Amphitryon, où il a pris la liberté de faire des vers irréguliers. Mais, en général, il me paraît, jusque dans sa prose, ne parler ne assez simplément pour exprimer toutes les passions.

D'ailleurs il a outré souvent les caractères : il a voulu, par cette liberté, plaire au parterre, frapper les spectateurs les moins délicats, et rendre le ridicule plus sensible. Mais quoïqu’on doive marquer chaque passion dans son plus fort degré et par ses traits les plus vifs, pour en mieux montrer l'excès et la difformité, on n'a pas besoin de forcer la nature et d'abandonner le vraisemblable. Ainsi, malgré l'exemple de Plaute, où nous lisons : Gedo. erliam ÿ , je se contre Molière, qu'un avare qui n’est point fou ne va jamais jusqu'à vouloir regarder dans la troisième main de l’homme qu'il soupçonne de l'avoir volé £. Ë

Un autre défaut de Molière, que beaucoup de gens d’ esprit I lu pardonnent et que je n’ai pardé de lui pardonner, est qu l a

[4. Fénelon n’est pas le seul à avoir critiqué le style de Molière (voir p. 682, note 2).— 2: De fait, l’Avare est une des pièces dont Molière a le plus soigné la forme : et de là viennent sans doute les nombreux «vers blancs » qu ‘on ÿ rencontre (voir là-dessus notre thèse : Le sentiment du beau, p. 59). — 3. Totjours le mêm reproche adressé par Fénelon à notre versification (voir p. 800-801). — 4, Gros sissément que rendent obligatoire les lois de l’optique théâtrale, — 5. Ou pl exactement : osterde etliam Lllaif, — 6. Molière, dans L'Avare (Act. I, sc. n n’emploie pas l'expression précise dé Plaute (montre-mot aussi la troisième, Euclion à Strobile), mais une expression plus vague et par là mêmeun peu moi invraisemblable (Harpagon : Montre-moi les mains. — La Flèche : Les voilà. Harpagon : Les autres ?),]

. donné un tour gracieux au vice, avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu !. Je comprends que ses défenseurs ne manqueront pas de dire qu’il a traité avec honneur la vraie probité, qu'il n’a attaqué qu’une vertu chagrine et qu’une hypocrisie détestable ; mais, sans entrer dans cette longue discussion, je soutiens que Platon et les autres législateurs de l’antiquité païenne n'auraient jamais admis dans leurs républiques un tel jeu sur les mœurs.

Enfin je ne puis m'empêcher de croire, avec M. Despréaux, que Molière, qui peint avec tant de force et de beauté les mœurs de son pays, tombe trop bas quand il imite le badinage de la comédie italienne :

Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe, Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope ?.

({bidem, chap. vi : Projet d’un traité sur la Comédie.)

h° Ses idées sur l'histoire.

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