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II. — LA PREMIÈRE PHASE DE LA QUERELLE

C’est dans la séance extraordinaire du 27 janvier 1687, tenue pour célébrer la convalescence du roi, que Charles Perrault ! lut à l'Académie son poème Le Siècle de Louis le Grand, dans lequel il développait cette thèse

Que l’on peut comparer, sans crainte d’être injuste, Le siècle de Louis au beau siècle d’Auguste.

Boileau, fort agité sur son siège pendant cette lecture, s’écria avant la fin que c'était « une honte pour l’Académie », et, à l'issue de la séance, composa contre Perrault deux épigrammes violentes. Tel fut le début de la Querelle des anciens et des modernes.

Boileau eut avec lui les érudits, comme Ménage, Huet, Dacier, et les grands écrivains, La Fontaine, Racine et La Bruyère, qui, laissant à leurs œuvres le soin de plaider pour eux, reconnaissent loyalement leur dette

de reconnaissance envers l’antiquité. La Fontaine répondit à Perrault

4. La famille Perrault {sur laquelle on peut lire le livre d'André Hallays : Les Perrault, Perrin, 1925] comptait quatre frères, qui furent tous des esprits distingués : l'aîné, Claude (mort en 1688), qui — on connaît l’allusion de Boileau (L'Art poétique, IV, 21-24) — de « méchant médecin » devint « bon architecte » (il traduisit Les Dix livres d'architecture de Vitruve en 1673, et c'est d’après ses dessins que furent bâtis la Colonnade du Louvre de 1667 à 1674, l’Arc de Triomphe du Faubourg St-Antoine en 1670 et l'Observatoire de 1667 à 1671); le second, Nicolas (mort en 1661), docteur en théologie, qui pour ses idées jansénistes fut exclu de la Sorbonne en même temps que le Grand Arnauld, et dont on cite ces deux vers burlesques sur un cocher qui aux enfers

.. tenant l'ombre d’une brosse

En frottait l’ombre d’un carrosse… le troisième, Pierre (mort en 1680), receveur général des finances, qui publia en 1678 une traduction du Sceau enlevé du poète italien Tassoni, avec une préface où il s'en prenait déjà aux « amateurs de l’antiquité » et défendait « l'honneur de son siècle à l'égard des lettres »; le plus jeune enfin et le plus connu, Charles (1628-1703), l’auteur des Contes de ma mère l'Oye (1697), d'un poème Sur la peinture (1668), d’une épitre dédiée à Bossuet : Saint-Paulin (1686) et des écrits qui se rattachent à la Querelle des anciens et des modernes. On lui doit plusieurs initiatives intéressantes : l'ouverture au public du Jardin des Tuileries à la suite d’une démarche auprès du roi en faveur des enfants, l'élection des académiciens au scrutin secret et la publicité des séances de réception à l’Académie française (voir p. 367-368).

(Sur ce dernier consulter d'Alembert : Éloge de Ch. Perrault, dans les Éloges académiques, 1779: P. Bonnefon :. Ch. Perrault, Essai sur sa vie et ses ouvrages ; Ch. Perrault, liltérateur et académicien : l'opposition à Boileau; Les dernières années de Perrault, Revue d'histoire littéraire de la France, 1904, 1905, 1906).

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dans l’Épitre qu’il adressa à Monseigneur Huet, évêque de Soissons, QUE lui envoyant une traduction de Quintilien par Toscanella (16837): il s’y. déclare le disciple fervent des anciens, dont il recommande la libre . imitation, sans nier cependant son goût pour quelques auteurs modernes. La Bruyère, dans son Discours sur Théophraste (1688), justifie les mœurs de l’antiquité du reproche qu’on leur fait d’avoir été grossières, et, dans Les Caractères (chap. 1: Des ouvrages de l'esprit), il confesse son admiration pour les anciens et blâme l’ingratitude de certains écrivains modernes à leur égard.

Presque tous les académiciens suivirent Perrault, qui eut aussi pour lui le Mercure galant et le public féminin. Fontenelle, qui, avant que n’éclatät la querelle, s'était déjà prononcé contre les anciens, fut naturellement le défenseur des modernes, dont il plaida la cause aveo intelligence dans sa Digression sur les anciens et les modernes (1688): d’après. lui tous les siècles se valent et même sur plusieurs points les modernes l’emportent sur les anciens.

Sans prendre part directement à la lutte, quelques écrivains eurent l’occasion de donner leur avis dans ce débat: en particulier Saint-Evremond! dans son traité Du merveilleux qui se trouve dans les poèmes des ansiens (1688) et le P. Bouhours ? dans ces deux ouvrages : Manière de bien penser dans les ouvrages de l'esprit (1687) et Pensées ingénieuses des anciens et des modernes (1689).

Perrault fit une nouvelle mamifestation à l'Académie le jour de la réception de Fontenelle (15 mai 1691), en lisant un fragment | de ses Parallèles des anciens et des modernes, dont il avait déjà publié Ja première partie en 1688, et dont il devait faire paraître la seconde en 1696. Dans ces cinq dialogues entre trois interlocuteurs (le Président, partisan des anciens, l'Abbé et le Chevalier, partisans des modernes) Perrault expose amplement sa thèse, que résument ces deux propositions: 1° les modernes peuvent égaler les anciens, puisque la nature est toujours la même dans ses productions, qu’il s'agisse du monde physique ou du monde intellectuel ; 2° les modernes doivent surpasser les anciens, puisque, à égalité de pétiie, ils ont sur eux l'avantage d’avoir profité . l'expérience des siècles passés. Et, à l’appui de cette thèse, il a écrit un livre intitulé: Les hommes illustres qui ont paru en France pendant le XVII® siècle (696).

Boileau prétendit réduire au silence les adversaires des anciens en composant son Ode sur la prise de Namur, précédée d'un Discours sur l'ode (1693). Son intention était de justifier Pindare « en tächant de faire une ode en français à sa manière, c’est-à-dire pleine de mouvements et de transports, où l'esprit paraît plutôt entraîné du démon de la poésie

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