IL — LA DEUXIÈME PHASES
La Querelle des anciens et des modernes devait renaître un peu plus tard, à propos d’'Homère, entre Houdart de La Motte? et Mme Dacier
[4. Grammatical : ce mot était alors à peu près l'équivalent du mot littéraire. — 2. Iliade (chant VIT, vers 206-312). — 3. Honnétetés, politesses. — 4, Dispute, discussion. — 5, Résolu de : on dit aujourd'hui : résolu à.]
6. Pour donner une vue d'ensemble de la Querelle des anciens et des modernes, nous empiétons ici sur l’histoire littéraire du xvine siècle, quitte à rattacher au contraire, pour une raison du même ordre, au mouvement philosophique du xvine siècle (voir vol. II, p. 24-28) l'étude complémentaire de Fontenelle, dont les Entretiens sur la pluralité des mondes sont de 1686 et l’Histoire des Oracles de 1687, et l'étude de Bayle, dont le Dictionnaire historique et crilique est de 1697.
7. Biographie. — Antoine Houdart de La Motte, généralement connu sous le nom de La Motte-Houdart (1672-1731), bien qu’aveugle et perclus de douleurs
830 ue LE XVIIe SIÈCLE (1651-1720), la femme du Secrétaire perpétuel de l’Académie française. Celle-ci, savante helléniste et grande admiratrice du poète grec, avait publié en 1699 une traduction en prose de l’Iliade avec une préface très élogieuse pour l’auteur. En 1713 La Motte, qui ne savait pas le grec,. s’avisa, en utilisant la traduction de Mme Dacier, de donner une Iliade en vers réduite à x11 chants, et précédée d’un Discours sur Homère, dans lequel, sur un ton d’ailleurs modéré, il adressait des critiques à ce poète. | Mme Dacier, qui n’admettait pas qu’on touchät à son idole, protesta dans son traité des Causes de la corruption du goût Gr), où elle traitait
le doux La Motte avec la dernière violence. Celui-ci à son tour répondit, ES mais ayec une parfaite urbanité, par ses Réflexions sur la critique (1915).
Prirent également le parti de La Motte : l'abbé de Pons dans sa Lettre sur l’Iliade de La Motte (1714), l'abbé Terrasson dans sa Dissertation | critique sur l'Iliade (1715), et l’abbé d’Aubignac dans ses Conjectures académiques (x715), où, plus de cinquante ans avant l'Italien Vico (1786) et l'Allemand Wolf (x sun), il émettait des doutes sur FEHAanae même d'Homère. ,
A la demande des deux protagonistes, qui avaient essayé de le gagner . chacun à sa cause et qui tenaient au moins à avoir son avis, Fénelon exprima son opinion sur le débat dans le dixième et dernier chapitre de sa Lettre sur les occupations de l’Académie française (écrite en 1714 et publiée seulement en 1716). Comme dans sa correspondance avec La Motte, il y paraît surtout préoccupé de tenir la balance égale entre les deux partis en présence, en leur donnant tour à
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à tour tort et raison, mais en laissant voir toutefois sa préférence pour les anciens, bien naturelle chez l’auteur du Télémaque.
Fénelon, par la sérénité impartiale de ses jugements, avait réussi à calmer les esprits. Un peu plus d’un an après sa mort, qui eut lieu le 7 janvier 1715, la paix fut faite grâce à un acadé ei M. de Valincour (1653-1730), qui offrit sa médiation en réunissant à sa table le 3 avril 1716 les deux famcux champions et quelques autres convives. Mie Delaunay, qui assistait au repas, nous en a laissé le récit : « On but, dit-elle, à la santé d'Homère, et tout se passa bien. »
à quarante ans, conserva jusqu'à ses derniers jours son caractère aimable, Il fut reçu à l'Académie française en 1710, Il a beaucoup écrit: des Odes (1707), ï des Fables (1719), des pièces de théâtre diverses (opéras, tragédies, comédies, ballets), et plusieurs œuvres de critique: Discours ou Réflexions sur la poésie, l’ode, la tragédie, la fable, l’églogue, la critique.
Éditions. — OEuvres complètes de La Motte (édition de 1754, en 11 vol.). — Jullien : Paradoxes littéraires de La Motte (Hachette, 1859).
À consulter, — D'Alembert : Eloge de La Motte. — Paul Dupont : Un poète philosophe au commencement du X VIT siècle : Houdart de La Motte (Hachette, 1898)