IV. — DERNIERS ÉCHOS DE LA LUTTE
__ Avec la réconciliation de La Motte et de Mme Dacier la Querelle des anciens et des modernes paraissait cette fois définitivement terminée. Mais les échos s’en prolongèrent dans les esprits bien au delà de cette date.
L'ouvrage, où nous trouvons la trace la plus visible de ces débats littéraires, encore récents quand il parut, est le livre injustement oublié de
4. En essayant de se montrer impartial, Fénelon avait craint de ne contenter personne. Il écrivait à La Motte le 4 mai 1714: « Je vois bien qu’en rendant compte de mon goût, je cours risque de déplaire aux admirateurs passionnés et des anciens et des modernes. » Mais La Motte, dans une lettre du 3 novembre 1714, le félicitait au contraire d’avoir rencontré des approbations dans les deux camps: « Je passe au discours que vous avez envoyé à l’Académie française. Tout le monde fut également charmé des idées justes que vous y donnez de chaque chose. Il n'appartient qu'à vous d'unir tant de solidité à tant de grâces : mais je vous dirai que, sur Homère, les deux partis se flattaient de vous avoir chacun de son côté. » À quoi Fénelon, heureusement surpris de son succès, répondait à La Motte le 22 novembre 1714: « Je me trouve plus heureux que je né l'espérais : est-il possible que je contente les deux partis des anciens et des modernes, moi qui craignais tant de les fâcher tous deux! Me voilà tenté de croire que je ne suis pas loin du juste milieu, puisque chacun des deux partis me fait l'honneur de supposer que j’entre dans son véritable sentiment. C'est ce que je puis désirer de mieux, étant fort éloigné de l'esprit de critique et de partialité. »
BRAUNSCHVIG, == NOTRE LITTÉRATURE. 27
l'abbé Du Bos! : Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture Giro.
D’autres écrivains, au cours du xvrn® siècle 2, toucheront de nouveau à cette question des anciens et des modernes, qui pour eux se confondra avec la question que ce siècle a le plus souvent agitée, celle du progrès: Rollin dans son Traité des études (1725), Vauvenargues dans son Discours sur le caractère des différents siècles (1745), Turgot dans son Second discours sorbennique sur les progrès de l’esprit humain (1750), Marivaux dans le Miroir (1755), Voltaire dans le chapitre du Dictionnaire philosophique sur les anciens et dans le dialogue intitulé Les anciens et Les modernes où La toilette de Madame de Pompadour (1765), Marmontel dans l’article Anciens de l'Encyclopédie (1776), Condorcet dans son Fsquisse historique des progrès de l'esprit humain (1703).