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2. À cet égard les idées et les usages différaient alors beaucoup de ceux d’au jourd’hui. Pendant longtemps on regarda comme indigne d’un auteur Ja . recherche d’un gain. Boileau est peut-être le premier à avoir reconnu en 1674, dans L'Art poétique (IV, 127) qu'il n’est pas déshonorant pour un écrivain de tirer profit de sa plume :
Je sais qu’un noble esprit peut, sans honte et sans crime, Tirer de son travail un tribut légitime.
Mais Boileau lui-même donnait ses ouvrages au libraire Barbin, comme La Bruyère faisait cadeau des Caractères au libraire Michallet. Corneille fut mal vu pour avoir voulu obtenir quelque argent de ses ouvrages. Quand ils étaient payés, les écrivains l’étaient fort peu : Barbin paye 5oo écus à La Fontaine Les Amours de Psyché, 200 pistoles à Molière Le Tartuffe. Pour les pièces de théâtre les acteurs distribuaient aux auteurs une faible somme; et dès que l’œuvre était imprimée, l'écrivain ne pouvait plus rien exiger des troupes qui jouaient sa pièce. Au xvin® siècle les éditeurs ne se montraient guère plus généreux envers les écrivains. Le droit de propriété littéraire ne commencera à être reconnu
On comprend donc que les écrivains du xvrie siècle ne se soient. jamais attaqués à la personne royale ni au pouvoir monarchique, À défaut de la reconnaissance due à la protection et aux faveurs du roi, ils avaient, au demeurant, pour les dissuader de s'engager dans cette voie, la crainte salutaire que leur inspirait la censure. Celle-ci fut d’abord appliquée aux livres de religion et, pour ce motif, exercée par la Faculté de théologie. Mais en 1658 le chancelier Séguier créa quatre censeurs pris en dehors de la faculté ; plus tard le nombre en fut augmenté. Ces censeurs étaient chargés d'examiner si dans les ouvrages ne se trouvait, suivant la formule, « rien de contraire à la religion, au gouvernement et aux mœurs ». C’est seulement après l’examen de la censure que le. lieutenant de police autorisait la publication d’un livre,
Pourtant, malgré le fidèle attachement du xvzr® siècle pour le roi et pour la royauté, il y eut à deux reprises dans la littérature des manifestations assez vives du mécontentement populaire. Pendant la Fronde des pamphlets violents et hardis, sans mettre en question le principe monar-. chique, critiquèrent le gouvernement de Mazarin. Et quand à la fin du règne de Louis XIV l’abus des guerres et l’excès des dépenses eurent cntrainé la misère du peuple, on entendit monter vers le roi comme un concert de plaintes, où se mêlèrent des voix bien différentes : voix des écrivains, comme Fénelon et Racine, qui composèrent l’un une Leitre à Louis XIV dont l’authenticité et la date (4 mai 1693) paraissent aujourd’hui établies ! (sans qu’on sache d’ailleurs si le document parvint à la connaissance du roi au moins sous le voile de l’anonyme), l’autre un Mémoire où il exposait les souffrances publiques et qui, surpris, paraît-il, entre les mains de Mme de Maintenon, fut cause de sa disgrâce?; voix des économistes, comme Boisguillebert, l’auteur du Détail de la France. sous le règne de Louis XIV (1695, 1696, 1699; 1707) et Vauban ?, l’auteur du Projet d'une dîme royale (1707) ; voix des prédicateurs, comme Massillon, qui dans son Oraison funèbre de Louis XIV (1715) condamna éloquemment les fautes commises par le roi.
en France qu’en 1777 et 1793, et il faudra même attendre le xt siècle pour qu'il soit nettement consacré par la législation (lois de 1854 et de 1866). Aussi peut- on dire que, sous l’ancien régime, il fallait, pour exercer la profession d'écrivain, avoir des rentes ou jouir d’une pension,
: 4. Il en existe un manuscrit, retrouvé en 1825, qui semble. ne être autographe.
2. « Parce qu'il sait faire parfaitement des vers, aurait dit le roi, croit-il tout. savoir? Et, parce qu'il est grand poète, veut-il être ministre ? »