‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 503 sur 532 · TABLEAU DE LA FRANCE A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA FRANCE A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XIV

. Cependant vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée ; les villes et la campagne se dépeuplent; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre État, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l’aumône et le nourrir. La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans pro-

. vision!. Les magistrats sont avilis et épuisés. La noblesse, dont

tout le bien est en décret ?, ne vit que de lettres d'État’. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, ire, qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu’on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serait en effet si les conseils flatteurs ne l’avaient point empoisonné.

Le peuple même (il faut tout dire), qui vous à tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d’aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts... Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité ou de laisser la sédition impunie, et de l’accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en

[4. Sans provision, sans réserve. — 2. En décret, sur lequel pèse une ordonnance de saisie, — 3, Les lettres d'État étaient des lettres de chancellerie qui suepéndalont pendant six mois les procédures judiciaires.]

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leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu ils : tâchent de gagner à la sueur de leurs visages. .

… Vous craignez d'ouvrir les yeux ; vous craignez qu'on ne vous. les ouvre ; vous craignez d’être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire: Cette gloire, qui endurcit votre cœur, vous est plus chère que la si. que votre propre repos, que la conservation de vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine, enfin que votre salut éternel incompatible avec cette idole de Maire: s

(Fénelon, Lettre à Louis XIV.)

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