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LES PAUVRES ET LES RICHES

.… Les pauvres ont leur fardeau, et les riches aussi ont le leur. Les pauvres ont leur fardeau : qui ne le sait pas? Quand nous les voyons suer et gémir, pouvons-nous ne pas reconnaître que tant de misères pressantes sont un fardeau très pesant, dont leurs épaules sont accablées ? Mais encore que les riches marchent à leur aise, et semblent n'avoir rien qui leur pèse, sachez qu’ils ont aussi leur fardeau. Et quel est ce fardeau des riches? Chrétiens, le pourrez-vous croire? ce sont leurs propres richesses. Quel est le fardeau des pauvres ? c’est le besoin. Quel est le fardeau des riches? c’est l'abondance. « Le fardeau des pauvres, dit saint Augustin !, c'est de n'avoir pas ce qu’il faut ; et le fardeau des riches, c’est d’avoir plus qu'il ne faut. » Onus pauper- ‘tatis non habere, divitiarum onus plus [quam opus est] habere. Quoi

(4. De verbo apostoli (sermo CLXIX, 9).]

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donc ! est-ce un fardeau incommode que d’avoir trop de biens ? Ah ! que j'entends de mondains qui désirent un tel fardeau dans le secret de leurs cœurs ! Mais qu'ils arrêtent ces désirs inconsidérés. Si les injustes préjugés du siècle les empêchent de concevoir en ce monde combien l'abondance pèse, quand ils viendront en ce pays où il nuira d’être trop riches, quand ils comparai- … tront à ce tribunal où il faudra rendre compte non seulement des talents dispensés #, 1, mais encore des talents enfouis?, et répondre à ce juge {néxorahle non seulement de la dépense, mais encore de l'épargne et du ménage? ; alors, messieurs, ils reconnaîtront que les richesses sont un grand poids, et ils se repentiront vainement de ne s’en être pas déchargés.

Mais n’attendons pas cette heure fatale, et, pendant que le temps le permet, pratiquons ce conseil de saint Paul* : Alter | alterius onera portale : & Portez vos fardeaux les uns les autres.» Riches, portez le fardeau du pauvre, soulagez sa nécessité, aidez-le à soutenir les afflictions sous le poids desquelles il gémit : mais sachez qu’en le déchargeant vous travaillez à votre décharge ; lorsque vous lui donnez, vous diminuez son fardeau, et il diminue le vôtre; vous portez le besoin qui le presse,- “11° porte l'abondance qui voté surcharge.

(Bossuet, Sermon sur l’éminente dignité des pauvres dans l'Église, 2° point.)

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