LA JUSTICE
Justice, force. — Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force ést contredite, parce qu'il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Aïnsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût justet.
(Ibidem, section V, n° 298.)
[4. Pascal s’est manifestement souvenu ici de Montaigne, qui dans les Essais (livre Il, Apologie de Raymond Sebond) avait déjà signalé cette variabilité des idées morales : « Le meurtre des enfants, le meurtre des pères..., il n’est rien en somme si extrême qui ne se trouve reçu par l'usage de quelque nation... Quelle bonté est-ce, que je voyais hier en crédit et demain ne l'être plus et que le trajet d'une rivière fait crime ? » — 2. Ces lignes ont dû'être écrites un peu avant le traité des Pyrénées (1659). — 3. Il y a làen germe l’idée de l'arbitrage international.]
[4. Ces réflexions ont dû être inspirées à Pascal par les persécutions dont Port-Royal fut victime de la part des pouvoirs établis]
852 LE XVIIe SIÈCLE
La justice est ce qui est établi; et ainsi toutes nos lois éta blies seront nécessairement ve pour justes sans être examinées, puisqu'elles sont établies. :
(Ibidem, RS V Dr
Injustice. —'Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car d n'y obéit qu'à cause qu il les croit. justes. C’est pourquoi il lui faut dire en même temps qu'il faut obéir parce qu'elles sont lois, comme il faut obéir aux su périeurs, non pas parce qu ils sont justes, mais parce qu ils sont supérieurs. Par là, voilà toute sédition prévenue si on peut faire entendre cela, et [ce] que [c'est] proprement que la définition de la justice. :
(Ibidem, section V, n° 326.) | .