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LA MONARCHIE HÉRÉDITAIRE

Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent le plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. Qu'y a-t-il de moins raisonnable que de choisir, pour gouverner un État, le premier fils d’une reine? On ne choisit pas pour gouverne un vaisseau celui des voyageurs qui est de la meïlleure maison !.

Cette loi serait ridicule et injuste ; mais parce qu'ils le sont? et le seront toujours, elle devient raisonnable et juste, car choisira-t-on, le plus vertueux et le plus habile? Nous voilà incontinent aux mains ?, chacun prétend être ce plus vertueux ce plus habile. Attachons donc cette qualité à quelque chose | d'incontestable. C’est le fils aîné du roi; cela est net, il n’y point de dispute. La raison ne peut ele faire, car a sus civile est le plus grand des maux‘.

(Ibidem, section V, ne ° 820.) ;

[4. Xénophon, dans les Mémorables, avait exprimé déjà cette idée que pour conduire un bateau ‘on prend habituellement le meilleur pilote. — 2. Parce les hommes sont déréglés, — 3, Nous voilà aussitôt en train de nous querelle — 4. Dans la pensée précédente Pascal avait dit aussi que pour avoir la « qui est le plus grand des biens » on a eu raison « de ne les homm par l'extérieur, plutôt que par les qualités intérieures ».] :

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j LES IDÉES POLITIQUES ET SOCIALES 853

B. — La satire sociale chez La Bruyère.

Il y a dans Les Caractères de La Bruyère deux séries de pensées sur la société, les unes presque révolutionnaires, les autres franchement conservatrices. Examinons-les tour à tour ; nous chercherons ensuite comment elles peuvent se concilier,

1° Tendances révolutionnaires.

La Bruyère a bien déclaré : « Un homme né chrétien et Français se trouve contraint dans la satire ; les grands sujets lui sont défendus. » Il n’en a pas Moins critiqué très librement les conditions et les institutions

sociales.

Il constate avec une ironie mordante que la place des grands dans l’État n’est en rapport ni avec leur valeur intellectuelle ni avec leur valeur morale, et remarque même en passant que l’antiquité de leurs titres de noblesse est toute relative,

L'avantage des grands sur les autres hommes est immense par un endroit: je leur cède leur bonne chère, leurs riches ameublements, leurs chiens, leurs chevaux, leurs singes, leurs nains ?, leurs fous et leurs flatteurs®; mais je leur envie le bonheur d’avoir à leur service des gens qui les égalent par le cœur et par l'esprit, et qui les passent‘ quelquefois.

(La Bruyère, Les Caractères, chap. 1x: Des grands.)

Les grands se piquent d’ouvrir une allée dans une forêt, de soutenir des terres par de longues murailles, de dorer des plafonds, de faire venir dix pouces d’eau, de meubler ÿ une orangerie ; mais de rendre un cœur content, de combler une âme de joie, de prévenir d’extrêmes besoins ou d’y remédier, leur curiosité6 ne s'étend point jusque-là.

(Ibidem, chap. 1x.)

4. Consulter Lange : La Bruyère critique des condilions et des institutions

sociales (Hachette, 1909). - [2. Jusqu'au xvne siècle les rois eurent à leur cour, pour les distraire, des

nains et des fous ou bouffons, — 3. La Bruyère joint ironiquement dans cette énumération les flatteurs aux chiens, chevaux, singes, etc... — 4. Passent, surpassent. — 5. Meubler une orangerie, la garnir de plantes, — 6. Curiosité, souci

(au sens du mot latin eura).]

854 LE XVIIe SIÈCLE

Les grands croient être seuls parfaits, n’admettent qu'à peinet 4 dans les autres hommes la droiture d’esprit, l’habileté, la délicatesse, et s'emparent de ces riches talents? comme de choses dues à leur naissance.… C’est cependant en eux une erreur grossière de se nourrir de si fausses préventions? : ce qu’il y a jamais eu de mieux pensé, de mieux dit, de mieux écrit, et peut-être d’une conduite plus délicate #, ne nous est pas toujours venu de leur fonds. Ils ont de grands domaines et une longue suite d’ancêtres ; cela ne leur peut être contesté. |

(Ibidem, chap. 1x.)

Si je compare ensemble les deux conditions des hommes les plus opposées, je veux dire les grands avec le peuples, ce dernier me paraît content f du nécessaire, et les autres sont inquiets et pauvres avec le superflu. Un homme du peuple ne saurait faire aucun mal ; un grand ne veut faire aucun bien et est capable de grands maux. L'un ne se forme et ne s'exerce que dans les choses qui sont utiles ; l’autre y joint les pernicieuses. Là se montrent ingénument la grossièreté et la franchise; ici se cache une sève maligne et corrompue sous l'écorce de la politesse. Le peuple n’a guère d’esprit!, et les grands n'ont point d'âme :. celui-là a un bon fond et n’a point de dehors; ceux-ci n’ont que des dehors et qu’une simple superficies. Faut-il opter ? Je ne balance pas, je veux être peuple.

ae

({bidem, chap. 1x.)

Les grands ne doivent point aimer les premiers temps”, ils ne leur sont point favorables : il est triste pour eux d’y voir que nous sortions tous du frère et de la sœur. Les hommes composent ensemble une même famille ; il n’y a que le plus ou le moins dans le degré de parenté !°. | ++

(Ibidem, chap. 1x.)

[4. À peine, avec peine. — 2. Talents a ici le sens général de « qualités». — 3. Préventions, idées préconçues. — 4. D'une conduite plus délicate. : on dirait aujourd’hui « de {a conduite /a plus délicate », — 5. L'idée seule de ce parallèle entre les grands et le peuple est déjà très hardie. — 6. Content, se contentant. — 7. ne au sens général de « valeur intellectuelle ». — 8. Superficie, surface. — 9, L premiers temps, les temps qui remontent à l’origine de l’humanité, — 40. Cette. réflexion de La Bruyère rappelle le refrain de la vieille chanson anglaise du xt siècle: « Quand Adam béchait et qu'Ëve filait, où done était le geniilhomess »

Aux privilèges non justifiés des grands il oppose avec amertume les difficultés que rencontre le mérite pour se faire reconnaître dans une s0ciété fondée sur la naissance :

Quelle horrible peine à‘ un homme qui est sans prôneurs ? et sans cabale?, qui n'est engagé dans aucun corps, mais qui est seul, et qui n'a que beaucoup de mérite pour toute recommandation, de se faire jour à travers l’obscurité où il se trouve, et de venir au niveau d’un fat qui est en crédit ?

(Ibidem, chap. 11: Du mérite personnel.)

I n’y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l’on a à peine ébauché son ouvrage 5,

à (bidem, chap. 11.)

Il s'indigne contre l’injuste répartition des biens, contre l’excès de bonheur des riches et l’excès de misère des pauvres :

Ce garçon si frais, si fleuri, et d’une si belle santé, est seigneur d'une abbaye et de dix autres bénéfices® : tous ensemble lui rapportent six vingt? mille livres de revenu, dont il n’est payé qu'en médailles $ d’or. Il y a ailleurs six vingts familles indigentes qui ne se chauffent point pendant l'hiver, qui n'ont point d’habits pour se couvrir, et qui souvent manquent de pain ; leur pauvreté est extrême et honteuse. Quel partage! Et cela ne prouve-t-1l pas clairement un avenir? ?

({bidem, chap. vi: Des biens de fortune.)

Il y a des misères sur la terre qui saisissent le cœur. Il manque à quelques-uns jusqu'aux aliments; ils redoutent lhiver, ils appréhendent de vivre. L'on mange ailleurs des fruits précoces ; l’on force la terre et les saisons pour fournir à sa délicatesse : de simples bourgeois, seulement à cause !° qu’ils étaient riches, ont

{4. À, pour. — 2. Prôneurs, gens qui louent avec excès. — 3. Cabale, coterie. — 4. Fat, sot. — 5. Dans cette pensée, comme dans la précédente, La Bruyère semble faire un retour sur lui-même, dont les débuts furent dificiles etla renemmée tardive.]

[6. Bénéfices : charges ecclésiastiques dotées de revenus (prieurés, chanoïnies, cures,...). — 7. Six vingis, six fois vingt. — 8. En médailles d'or : en louis d’or. — 9. Un avenir : une vie future. — 10. À cause que, parce que.]

856 LE XVIIe SIÈCLE

eu l'audace d’avaler en un seul morceau la nourriture de cent f milles. Tienne! qui voudra contre de si grandes extrémités ? je ne veux être, si je le puis, ni halo ni heureux ; 4 me jette et me réfugie dans la médiocrité ?.

(Ibidem, chap. 4

L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des fe— melles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brülés 4 du * soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent = avec une opiniâtreté invincible : ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face unes et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de

labourer et de recueillir ÿ pour vivre, et méritent ainsi de ne ee manquer de ce pain qu'ils ont semé.

(Ibidem, chap. x1: De l'homme.)

Il ose même s’en prendre aux erreurs et aux fautes du souverain ; il blème le luxe royal et condamne la guerre : |

Le faste et le luxe dans un souverain, c’est le berger habillé d'or et de pierreries, la houlette d'or en ses mains ; : son chien a

sert tant d’or à son troupeau ou contre les loups ?

(Ibidem, chap. x : Du souverain ou de la plu) à

Que si’ l’on vous disait que tous les chats d’un grand pay se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avon miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe; q de cette méléeil est demeuré de part et d’autre neuf à dix mill chats sur la placef, qui ont infecté l’air à dix lieues de là pa

[4. Tienne.. contre, qu'un autre résiste à... (c'est-à-dire: ne se laisse. émouvoir par...). — 2, Extrémités, excès (de bonheur et de malheur). — Médiocrité, juste milieu (sens du mot latin mediocris, moyen). — 4. Du, pa — 5. Recueillir, récolter. — 6. Ce morceau date de la 5e édition des Garactè (1689). La misère était alors très grande en France.]

[7. Que si : latinisme (quod si). — + Sur la place, s sur le ne de Batail

leur puanteur, ne diriez-vous pas : « Voilà le plus abominable sabbat! dont on ait jamais oui parler ? » Et si les loups en faisaient de même, quels hurlements! quelle boucherie ! Et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous, à détruire ainsi et à anéantir leur propre espèce ? ou, après lavoir conclu, ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l’ingénuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles, imaginé les lances, les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement : car, avec vos seules mains, que pouviez-vous. vous faire les uns aux autres que? vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d'instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies, d'où peut couler votre sang jusqu'à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d'en échapper. Mais comme vous devenez d'année? à autre plus raisonnables, vous avez bien enchéri sur cette vieille manière de vous exterminer: vous avez de petits globes‘ qui vous tuent tout d'un coup, s'ils peuvent seulement vous atteindre à la tête ou à la poitrine ; vous en avez d’autres , plus pesants et plus massifs, qui vous coupent en deux parts ou qui vous éventrent, sans compter ceux® qui, tombant sur vos toits, enfoncent les planchers, vont du grenier à la cave, en enlèvent les voûtes... : et c’est là encore où? gîtf la gloire ; elle aime le remue-ménage*, et elle est personne d’un grand fracas 10%.

(Ibidem, chap. xn1 : Des jugements.)

[4. Sabbat : ce mot, d'origine hébraïque, qui désignait chez les Juifs le dernier jour de la semaine (le samedi), consacré aux offices religieux et au repos, a désigné aussi dans le langage courant une assemblée bruyante de sorciers et de sorcières qui, d’après la croyance populaire, se tenait le samedi à minuit sous la présidence de Satan. D'où le sens, qu'a pris le mot, de tapage infernal. — 2. Que, sinon. — 3. D'année à autre, d’une année à l’autre (suppression de l'adjectif déterminatif et de l’article, fréquente au xvne sièele). — 4. Les balles de mousquet. — 5. Les boulets de canon. — 6. Les bombes. — 7, Où, que. — 8. Gît, consiste (La Bruyère a mis ce mot en italique, comme étant vieilli), — 9. Remue-ménage, bouleversement. — 40. Il faut noter, dans ce réquisitoire hardi contre la guerre, le ton humoristique employé par La

858 LE XVile SIÈCLE Ce sont des pensées de ce genre qui ont pu faire parfois regarder La Bruyère comme un précurseur des philosophes du xvnire siècle. C'était notamment l’idée de Taine qui, à propos de Îa phrase « Faut-il opter be Je ne balance pas : je veux être peuple », a écrit! : « Jusqu'à l’expression tout dans cette phrase semble et par l'esprit de la Révolution. C’est ainsi que des situations semblables font naître des passions semblables. L’oppression produit toujours la révolte, et l’on aime l'égalité cent ans d’avance, lorsque cent ans d’avance on a souffert de Pinégalité. »

2° Tendances conservatrices.

LAS LL £ au dt. x AS PAPE LE ETES DES TEE CG

A côté de ces pensées qui ont presque, il faut en convenir, un accent révolutionnaire, en voici d’autres qui attestent incontestablement un. esprit conservateur. +

La Bruyère tient au principe de la distinction des to ; et la Hot à ë leure preuve en est qu’il regrette l’ascension des « parvenus » et déplore le rapprochement des conditions :

Si certains morts revenalent au monde, et s'ils voyaient leurs grands noms portés, et leurs terres les mieux titrées, avec leurs châteaux et leurs maisons antiques, possédées par des gens dont les pères étaient peut-être leurs métayers, quelle opinion pour- É raient-ils avoir de notre siècle ?

(Ibidem, chap. vi.)

L'on dit du jeu? qu'il égale les conditions ; mais elles se trou-

Bruyère. On peut, à cet égard, comparer ce passage avec la fameuse page de Montesquieu sur l'esclavage des nègres (voir vol. IT, chap. xxvm). Ces écrivains ont employé dans ces deux morceaux cette forme d’esprit, très fréquente su tout dans la littérature anglaise, qu'on appelle l’humour, et dont M. Bergso dans son livre sur Le rire (Alcan, 1900, p. 129- 180) a donné cette définitio ; fine et profonde, en l’opposant à l'ironie : « Tantôt on énoncera ce qui devrait être en feignant de croire que c’est précisément ce qui est : en cela consi l'ironie. Tantôt, au contraire, on décrira minutieusement et méticuleusement qui est, en affectant de croire que c’est bien ainsi que les choses devraient être ainsi procède souvent l’humour. L'humour, ainsi définie, est l'inverse de l’iron Elles sont, l’une et l’autre, des formes de la satire, maïs l'ironie est de nature oratoire, tandis que l'humour a un air scientifique. »] : 4. Taine : Nouveaux essais de critique et d'histoire (p. 54). : ES [2 La passion du jeu (cartes, dés, trictrac) a sévi au xvue siècle, paris rement à la cour.]

vent quelquefois si étrangement disproportionnées, et il y a entre telle et telle condition un abime d'intervalle si immense et si profond que les yeux souffrent de voir de telles extrémités! se rapprocher : c’est comme une musique qui détonne, ce sont comme des couleurs mal assorties, comme des paroles qui jurent ? et qui offensent * l'oreille, comme de ces bruits ou de ces sons qui font frémir ; c’est, en un mot, un renversement de

toutes les bienséances..

(Ibidem, chap. vi.)

Il trouve finalement naturel et nécessaire qu’il existe des riches et des pauvres :

..S1 vous établissez que, de tous les hommes répandus dans le monde, les uns soient riches et les autres pauvres et indigents, vous faites alors que le besoin rapproche mutuellement les hommes, les lie, les réconcilie : ceux-ci servent, obéissent, inventent, travaillent, cultivent, perfectionnent ; ceux-là jouissent, nourrissent, secourent, protégent, gouvernent : tout ordre est rétabli, et Dieu se découvre.

({bidem, chap. xvr: Des esprits forts.)

Il déclare qu’il faut honorer les grands, malgré leurs défauts, par respect pour l’ordre social établi :

.. Nous devons les honorer, parce qu’ils sont grands et que nous sommes petits, et qu'il y en a d’autres plus petits que nous qui nous honorent.

(Ibidem, chap. 1x.)

Un bon roi représente encore à ses yeux l'idéal du gouvernement des peuples :

Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau, qui, répandu sur une colline vers le déclin d’un beau jour, paît tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès

[4. De telles extrémités, des conditions si opposées. — 2. Qui jurent, qui ne peuvent s’accorder ensemble, — 3, Qui offensent, qui blessent.]

860 LE XVIIe SIÈCLE

de ses brebis ; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit, il les change de pâturage ; si elles se dispersent, 1l les ras= …

“ht si un loup avide paraît, il lâche son chien, qui le met | en Bates il les nourrit, il les défend ; l'aurore le trouve déjà en : pleine campagne, d’où il ne se ue qu'avec le soleil : quels soins | quelle vigilance ! quelle servitude ! Quelle condition vous. ; paraît la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des à brebis ? Le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour ; le troupeau ? Image naïve des peuples et du prince qui les gone verne, s'il est bon prince.

(Ibidem, chap. LS N’a-t-1l pas déclaré, d’ailleurs, au début du chap. x, à propos des formes du gouvernement, que « ce qu'il ya de plus raisonnable et de

plus sûr, c’est d'estimer celle où l’on est né la meilleure de toutes, et de : s’y soumettre. »

3° Conciliation.

Bien que contradictoires en apparence, ces deux sortes de pensées sociales de La Bruyère peuvent se concilier. Remarquons d’abord que si à les secondes limitent évidemment la portée des premières, les premières « n’affaiblissent en aucune façon la valeur des secondes. Surtout n’oublion pas les croyances religieuses de La Bruyère, qui a même prétendu (voi p. 592-593) avoir voulu, en écrivant son livre, converür les incrédules.

Si d’une part l’organisation sociale choque à bien des égards son ins-. tinct de la justice, du moins il est convaincu qu’elle a été établie pa Dieu et que, par conséquent, en dépit des apparences, elle ne peut être. que juste et bonne : « Une certaine inégalité dans les conditions, qu entretient l’ordre et la subordination, est l’ouvrage de Dieu, où suppos une loi divine » (Chap. xvr). Et, d’autre part, si le cotinite entre l’opulence des uns et la misère des autres blesse son sentiment d’humanité, il croit qu'il existe une autre vie où ces inégalités seront réparées C’est le sens de ce mot parfois mal interprété : « Quel Pire E cela ne prouve-t-il pas clairement un avenir ? » (Chap. vi). R

En somme, La Bruyère est beaucoup moins un sociologue hardi qu'u satirique RH et un moraliste élevé. Peintre satirique, il relève dan l’organisation sociale tout ce qui prête à la critique, sans avoir pe cel. l’ambition de réformer la société de fond en comble. Moraliste, il s’ins pire de nobles sentiments et blâme tout ce qui n’est pas conforme à s idéal de justice et d'humanité. C’est en moraliste qu’il cherche les cau . des imperfections sociales, plutôt dues selon lui aux défauts particulier

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des hommes qu'aux vices généraux de l’organisation politique ; et en moraliste aussi qu’il en entrevoit les remèdes dans le perfectionnement du cœur humain. |

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