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LE DIFFICILE MÉTIER DE ROI

… Idoménée!,ilest vrai, a été nourri ? dans des idées de faste. et de han mais quel philosophe pourrait se défendre de la. flatterie, s’il avait été en sa place ? Il est vrai qu’il s’est laissé trop. prévenir? par ceux qui ont eu sa confiance ; mais les plus sages rois sont souvent trompés, quelques précautions e ils PIATESE pour ne l'être pas.

« Plus on a de peuples à gouverner, plus il faut de ministres, pour faire par eux ce qu'on ne peut faire soi-même ; et plus on a besoin d'hommes à qui on confie l’autorité, plus est exposé à se tromper dans de tels choix. Tel a aujourd’hui i impi= toyablement les rois, qui gouvernerait demain beaucoup moins bien qu'eux, et qui feraitles cime fautes, avec d’autres infiniment plus grandes, si on lui confiait la même puissance...

« La grandeur est comme certains verres qui grossissent * tous. les objets. Tous les défauts paraissent croître dans ces hautes

[4. Idoménée, roi de Salente, à propos duquel Mentor tient ce long discours | à Télémaque. — 2. Nourri, élevé. — 3. Prévenir, inspirer des opinions préconçues. — 4. On peut s'étonner de voir Mentor parler de verres Ces dont l'invention date du xmi siècle.]

places, où les moindres choses ont de grandes conséquences, et où les plus légères fautes ont de violents contre-coups. Le monde entier est occupé à observer un seul homme à toute heure, et à le juger en toute rigueur. Ceux qui le jugent n’ont aucune expérience de l’état où il est. [ls n’en sentent point les difficultés, et ils ne veulent plus qu’il soit homme, tant ils exigent de perfection de lui. Un roi, quelque bon et sage qu’il soit, est encore homme. Son esprit a des bornes, et sa vertu en a aussi. [l a de l'humeur ‘, des passions, des habitudes, dont il n’est pas tout à fait le maître... À peine a-t-il réparé une faute qu'il retombe dans une Étire. Telle est la condition des rois les plus éclairés et les plus vertueux.

« Les plus longs et les meilleurs règnes sont trop courts et trop imparfaits pour réparer à la fin ce qu'on a gâté, sans le vouloir, dans les commencements... Pour parler franchement, les hommes sont fort à plaindre d’avoir à être gouvernés par un roi, qui n’est qu'un homme semblable à eux : car il faudrait des dieux pour redresser les hommes. Mais les rois ne sont pas moins à plaindre, n'étant qu'hommes, c’est-à-dire faibles et imparfaits, d’avoir à gouverner cette multitude innombrable d'hommes corrompus et trompeurs. »

(Fénelon, Les Aventures de Télémaque, livre X.)

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