Chetif, malheureux. — 25. Si je vif, si je vis
chasser le vieillard et promet de le traiter désormais avec tous les égards qu'il mérite. Et l’auteur du fabliau, le poète Bernier, conclut en conseillant aux pères qui marient leurs enfants de ne pas se dépouiller pour eux de tout ce qu’ils possèdent. (On peut comparer ce fabliau avec un conte de Grimm: L'aïeul et le pelil-
fils).]
2° Le Roman de Renart!.
La fable, qui met en scène des animaux en vue de donner aux hommes des leçons, a été très cultivée au moyen âge. Nos fabulistes s’inspiraient surtout des fabulistes latins?, notamment d’Avianus (1ve siècle après J.-C.) et d’un certain Romulus, à qui l’on attribuait des fables d'Esope et de Phèdre remaniées. Les recueils de fables du moyen âge
s'appellent des Ysopets ; le plus célèbre est celui de Marie de France, dont
les fables d’ailleurs ne valent pas les lais (voir p. 34-35).
A l'exemple des fables furent composés de nombreux contes d’animaux, qui d’ailleurs différaient des apologues par leur absence de préoccupation morale. Ce sont ces contes qui en s’agglomérant ont fini par former le roman ou plutôt les romans de Renart?. Ces romans, très populaires au moyen âge, sont au nombre de quatre :
Le Roman de Renart proprement dit, collection de poèmes qui s’est constituée au cours du xrr° siècle et qui s’est augmentée jusqu’à la fin du xrr°. Les auteurs de ce roman ne nous sont pas tous connus ; deux noms seulement sont parvenus jusqu'à nous: Pierre de Saint-Cloud et Richard de Lison.
4. Éditions. — Le Roman de Renart, éd, Méon (Paris, 1825, 4 vol.), éd. Ernest Martin (Strasbourg-Paris, 1882-1887, 3 vol.), éd. Potvin (traduction en vers, Paris-Bruxelles, 1891), et d'après l’éd. P. Paris (1861) nelle éd. (Crès, 1921).
À consulter. — Roth: Les romans de Renart examinés, commentés et comparés
(Paris, 1845). — Paulin Paris : Les aventures de maître Renart et d'Ysengrin,
son compère, suivies de nouvelles recherches sur le roman de Renart (1861). — Ernest Martin : Examen des manuscrits du roman de Renart (Bâle, 1872); Observalions sur le roman de Renart (Strasbourg-Paris, 1887). = L, Sudre: Les sources du roman de Renurt (Bouillon, 1892). — Gaston Paris : Le roman de Renart (Journal des savants, 1894-95). — L. Foulet : Le roman de Renart (Champion, 1914). — G. Tilander : Lexique du roman de Renart (E. Champion, 1924).
2. À consulter. — Léopold Hervieux : Les fabulistes latins depuis le siècle d'Auguste jusqu'à la fin du moyen âge (1884, 2 vol. ; 2e éd., 1893-1899, 5 vol.).
3. Nous ne possédons pas les récits primitifs dont ces romans sont des reproductions plus ou moins fidèles ; mais nous pouvons nous en faire une idée par deux poèmes. qui sont vraisemblablement des traductions de ces récits et qui sont antérieurs à nos romans : l’un latin, /sengrinus, composé à Gand en 1147 par maître Nivard ; l’autre allemand, Reinhart Fuchs, écrit vers 1180 par l’Alsacien Henri le Glichezare (Henri le Dissimulé),
Le couronnement Renart, composé en Flandre dans la nd moitié du xrr siècle (vers 1255).
Renart le nouveau, œuvre d’un poète lillois Jacquemart Gelée, qui date | de la fin du xrri° siècle (1288). |
Renart le contrefait, composé à Troyes dans le premier quart du xrv° siècle.
Ces romans ont pour héros des bêtes, dont les noms attestent tantôt une origine germanique (Le Goupil, le renard : Ysengrin, le loup ; Hersent, la louve; Bernard, l'âne; Tibert, le chat; Tüécelin, le corbeau; Drouin, le moineau ; Grimbert, le blaireau...), tantôt une provenance française (Noble, le hou Chantecler, le coq; Couart, le lièvre; Tardif, le limaçon ; Pinte, Planthe: Noire, Roussotte, les poules...). -
Le plus intéressant des quatre est le premier. Tout l'intérêt en est concentré dans la lutte du renard et du loup, c’est-à-dire de la ruse contre la force brutale. Vainqueur des animaux plus forts que lui (loup, chien, ours, cerf...), le renard est d’ailleurs vaincu par les bêtes plus faibles ou corbeau, moineau...). A la fin il est traduit, sur la plainte :
du loup, devant le ben du lion, qui le condamne à la potence ; mais
le rusé personnage échappe encore au châtiment, en feignant avec humilité de vouloir expier ses péchés par un pos en Terrre Sainte 1,