LA VÉRITABLE NOBLESSE
[Le poème de Jean de Meung, où la satire sociale tient une grande place, renferme des idées très hardies sur l’origine de la royauté et la valeur de la
noblesse.] Et se nus! contredire m'ose Qui de gentillece ‘© s’alose!T, Et die que li gentil! ome, Si com!° li pueples les renome, Sont de meilleur condicion, Par noblece de nacion ?!,
[4. Ains, maïs. — 2. Te garni, prends garde de. — 3. Ors mos, vilains mots (or vient de horridus). — 4, Ribaudies, mots de ribaud.— 5. Ja, jamais. — 6. Desclose, ouverte. — 7. Je ne liens pas a, je ne regarde pas comme... — 8. Poine et labeure, peine et travaille. — 9, Os, entends. — 40. Nul, quelque. — 11. Desprisant, méprisant. — 42. Pues, peux. — 13. Si qu'elles oient, si bien
qu'elles entendent. — 44. Pour ce, par cela.] [45. Se nus, si quelqu'un. — 46. Gentillece, noblesse. — 17. S'alose, se vante. — 18. Li gentil ome, les gentilshommes. — 19. Si com, ainsi que. — 20. Macion,
naissance.]
Que cil! qui les terres cultivent
Ou qui de leur labeur se vivent,
Je respon que nus n'est gentis?
S'il n’est aus vertus ententis?,
Ne n’est vilains* fors par ses vices Dont il pert f outrageus ? et nices . Noblece vient de bon courage ? ;
Car gentillece de lignage;!°
N'est pas gentillece qui vaille
Pour quoi !t bonté de cuer i faille ?? :
Pour quoi ‘* doit estre en li parans ‘* La prouece de ses parens
Qui la gentillece conquistrent
Par les travaus que grans i mistrent t5.
Et quant deu siecle ! trespasserent, Toutes leur vertus emporterent,
Et laissierent aus oirs {7 l'avoir ;
Que !# plus ne peurent d’eus avoir :
L’avoir ont, plus riens n’i a leur‘”, Ne gentillece ne valeur,
Se tant? ne font que gentil soient Par sens?! ou par vertu qu'il aient ??.
(Jean de Meung, Le Roman de la Rose.)