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II. — LES POÈTES DU XIVe ET DU XVe SIÈCLE

Eustache Deschamps. — Christine de Pisan. — Alain Chartier. — Charles d'Orléans. — François Villon.

La production lyrique, au xrv® siècle, ést plus abondante qu'au xve ;mais le xv®siècle, tout en étant moins fécond, compte de plus grands poètes.

[4 R'a fait, a fait de nouveau. — 2. Bonne gent : les croisades de saint Louis - avaient.éloigné les nobles, qui protégeaient le poète, — 3, Tunes, Tunis, — 4, Leus, … lieu. —5. Male, méchante, — 6. Renoiée, renégate. — 7, Qu'a vous faille, qu’à vous je manque. — 8, Ai je failli sans faille, j'ai manqué sans faute. — 9, Vivres me faut et est failli, il me faut des vivres et j'en manque, — 10, Nus ne me tent, nul ne me tend (la main). — 44. Baille, donne. — 42, Tous, tousse, — 43. Mors, mordu (du verbe mordre). — 44, Maubaillis, maltraité. — 45, Sans cotes et sans Lis, sans couverture et sans lit. — 16. Quel part aille, de quel côté je puis aller, — 47. Mes costés, mon côté. — 18. Le paillis, le matelas de paille, — 49. V'a fors la paille, il n'y a rien si ce n’est de la paille.] | 20. A consulter. — P, Champion : Histoire poélique du XVe siècle (E. Champion, 2 vol., 1923).

Les principaux poètes du xiv® siècle sont: Guillaume de Machaut (vers 1300-1377), aüteur du Voir dit (Histoire vraie), roman d'amour en 9000 vers; Philippe de Vitry (1291-1361), que Pétrarque appelait « poela unicus Galliarum », mais dont il nous reste seulement 32 vers ; Chrétien Legouais, auteur d’Ovide moralisé, longtemps attribué à Philippe de Vitry; Jean Froissart, dont les chroniques (voir p. 110) ont fait oublier les poèmes ! (L’Epinette amoureuse, Buisson de jeunesse, Méliador); et surtout Eustache Deschamps ? dont l’œuvre très volumineuse (environ 80 000 vers) comprend 1 200 ballades, 200 rondeaux, 50 autres pièces légères et un long poème inachevé en 13000 vers, Miroir de Mariage, qui est une satire des femmes.

Au xve siècle il y eut quelques poètes de valeur : Christine de Pisan, > Alain Chartier, Charles d'Orléans, et le plus grand de tous, François Villon.

Christine de Pisan * a laissé de nombreuses poésies légères (ballades, rondeaux, complaintes...) et de plus longs poèmes : Le chemin de long estüude, 1402; Mutation de Fortune, 1403. (Pour ses ouvrages en Pro voir p. 10Q et 122).

4. Éditions. — Poésies de Froissart, publiées par Scheler (Bruxelles, 1870- 1872, 3 vol.). — Le roman en vers de Méliador, publié par A. Longnon (Paris, Didot, 1895-1899, 3 vol.).

2. Biographie. — Eustache Deschamps, né à Vertus, en Champagne, vers 1340, mort vers 1410, occupa différentes fonctions auprès du roi Charles V et du Dauphin, et fut chargé de plusieurs missions à l'étranger.

Outre ses vers, il a écrit un art poétique, en prose, le premier en date des . nombreux arts poétiques français qui virent le jour avantla Renaissance : L'art

de dictier et de fere chançons, balades, virelais et rondeaulx, 1392 (le mot dec-. er — composer, parce qu'il était d'usage de dicter à des secrétaires les œuvres que l’on composait). Il a aussi laissé des œuvres comiques (voir p. 98).

Edition. — OEuvres complètes d'Eustache Deschamps, édition commencée par le marquis de Saint Hilaire et continuée par Gaston Raynaud (Société des Anciens textes français, 1878-1901, 10 vol.).

À consulter. — Sarradin : Eustache Deschamps (Versailles, 1870). |

3. Biographie. — Christine de Pisan, née à Venise en 1364, vint toute jeune en France, où son père, Thomas de Pisan, astrologue et médecin, avait été appelé à la cour de Charles V. Restée veuve à 25 ans avec trois enfants et sans ressource, elle écrivit pour vivre ; et, comme les livres rapportaient peu, elle en composa un très grand nombre, dont la plupart sont encore inédits. Elle mourut en 1430. Bien qu Italienne de naissance, elle aimait beaucoup la France et con-. sacra ses derniers vers à célébrer Jeanne PA (Dubé à la louange de Jeanne d'Arc).

Édition. — Ofuvres poéliques de Christine de Pisan, par Maurice Roy He des Anciens textes français, 1886-1895, 3 vol.).

A consulter. — Robincau : Christine de Pisan (Saint-Omer, 1882). —

P. G. C. Campbell : Étude sur les sources de Christine de Pisan (1924). — Mme Marie-Josèphe Pinet: Christine de Pisan (H. Champion, 1928).

Alain Chartier (né vers 1390, mort entre 1430 et 1440) est plus connu! par sa prose (voir p. 122-124) que par ses vers, qui ne la valent pas, il est vrai: Le livre des Quatre Dames, Débat du Réveille-Matin, Lay de plaisance, Débat des deux Fortunés d'amour, Belle Dame sans mercy…

Charles d'Orléans ? a laissé une œuvre poétique qui se compose uniquement de petites pièces (rondeaux, chansons, ballades, complaintes..….). Ses vers sont de forme très soignée.

De François Villon? nous avons deux recueils de vers : Le Petit Testament

4. IL est d’ailleurs encore moins connu par ses œuvres que par le légendaire baiser qu'il aurait reçu de la dauphine, Marguerite d'Écosse. Cette légende du baiser, qui a fourni au vicomte de Borelli le sujet d’une comédie Alain Chartier (1889), a été racontée pour la première fois dans les Annales d'Aquitaine, de Guillaumé Bouchet, en 1524:

« Au dit an (1436) le 24° jour de juin, monseigneur le dauphin Louis espousa, en la ville de Tours, Madame Marguerite, fille du Roi d’Escosse, qui estoit une honneste dame, et qui fort aymoit les orateurs de la langue vulgaire, et entre autres maistre Alain Chartier, qui est le peré d’Eloquence françoise. Lequel elle eut en fort grande estime, au moyen des belles et bonnes œuvres qu'il avoit composées. Tellement qu’un jour, ainsi qu'elle passait une salle où le dit maistre Alain s’estoit endormi sur un banc, comme il dormoit, le fut baiser devant toute la compaignie; dont celuy qui la menoit fut envieux et luy dit : « Madame, je suis esbahy comme avés baisé cest homme qui est si laid », car à la vérité il n'avait pas beau visaige. Et elle fit response: «Je n’ay pas baisé l’homme, mais la précieuse bouche de la quelle sont yssus tant Pi, bons mots et vertueuses paroles. »

2. Biographie. — Charles d'Orléans (1394-1465), fils de Louis d'Orléans, frère de Charles VI, et de Valentine de Milan, connut dans sa vie les pires contrastes. A seize ans, il vit son père assassiné par des envoyés de Jean sans Peur; l’année suivante il perdit sa mère, qui mourut de douleur, et, quelques mois après, sa première femme, Isabelle de France, veuve de Richard II, roi d'Angleterre. En 1410 ilse remaria avec la fille du comte d'Armagnac, La guerre civile reprit; Henri V d'Angleterre envahit la France en 1415. Prisonnier à la bataille d’Azincourt, Charles d'Orléans fut emmené en Angleterre, où il resta captif pendant 25 ans, trouvant sa consolation dans la poésie. Remis en liberté en 1440, il passa lereste de sa vie surtout dans son château de Blois, où il avait réuni une petite cour d'artistes et de poètes,

Éditions. — Poésies complètes de Ch. d'Orléans, par Ch. d'Héricault (Lemerre, 1874, 2 vol.). — Poésies de Ch. d'Orléans, 2 vol., par P. Champion (1924-28).

À consulter. — Beaufils : Ætude sur la vie et les poésies de Charles d'Orléans (1861). — P. Champion : Le manuscrit autographe de Ch. d'Orléans (H. Champion, 1907); La librairie de Ch. d'Orléans (H. Champion, 1910); Vie de Ch. d'Orléans, 1394-1465 (H. Champion, 1911).

3. Biographie. — François de Montcorbier ou des Loges (on ne connaît pas sûrement son nom de famille) est né en 1431 ou 32 de parents pauvres. Il fut recueilli par un ecclésiastique, Guillaume de Villon, qui lui donna son nom et lui fit faire de bonnes études. Bachelier en 49, licencié, maître ès arts en 52, il se gâte par

(1456), composé de 4o huitains exprimant des legs comiques; et Le Grand Testament (1461-1462), de 173 huitains et d’une vingtaine de ballades

et rondeaux insérés parmi les huitains. Dans ce dernier recueil se trou

vent, à côté de satires bouffonnes, des accents vrais et touchants, qui font de lui un grand poète, le plus grand sans aucun doute du xy® siècle et même de tout le moyen âge.

Parmi les poètes secondaires du xv® siècle on peut citer: Martin Lefranc (vers 1410-vers 1461), auteur d’un poème en l'honneur des femmes, Le Champion des Dames, dont les vers, un peu trop nombreux (24 000 environ), ont du moins le mérite d’une excellente facture (Martin Lefranc perfectionna le vers comme Alain Chartier perfectionna la phrase) ; et Martial d'Auvergne (mort en 1508, âgé d’environ 95 ans), qui, — outre son ouvrage en prose Les Arrêts d'Amour, recueil de jugements imaginaires et amusants sur des questions de galanterie, — a composé Les Vigiles de Charles VIT, poème historique en 15000 vers, et à qui on attribue aussi un poème plus court (1872 vers): L’Amant rendu - Cordelier à l’observance d'Amour.

Il faut également signaler quelques poètes qui furent de savants versificateurs : Georges Chastelain (vers 1403-1475), Jean Meschinot (1420 ou 1429-1491), Octavien de Saint-Gelais (1466-1502), Jean Molinet (mort en 1507). Îls se rattachent à l’école des Grands Rhéloriqueurs, qui reconnaissait pour chef Alain Chartier, et dont l'influence s’exercera sur la poésie française dans la première moitié du xvi* siècle (voir p. 252),

ses mauvaises fréquentations, Le 5 juin 1455, au cours d’une querelle avec un prêtre, Philippe de Sermoise, il le tue. Condamné à mort pour ce meurtre, ül en appelle au Parlement qui commue la peine capitale en celle de bannissement. Il quitte alors Paris et mène une existence vagabonde, jusqu’à ce qu’il obtienne, grâce à ses protecteurs, des lettres de rémission (janvier 1456). Maïs compromis dans l’affaire d’un vol de 500 écus d’or au Collège de Navarre, il disparaît encore en 57. On le retrouve en prison à Orléans en 60, puis, en 61, à Meung-sur- Loire. Gracié par Louis XI, qui peu après son avènement était passé par cette ville, il revient à Paris, où il a encore aflaire avec la justice en novembre 62. Nouvelle condamnation à mort en 63, d’ailleurs annulée; nouvel exil en janvier 64. Il meurt à quelque temps de là, on ne sait quand ni où.

Éditions. — Les plus anciennes éd. des œuvres de Villon sont celle de 1489 (chez Pierre Levet) et celle de Marot (1532). Parmi les éd. modernes il faut citer l'éd. A. Longnon (Lemerre, 1892), revue par L. Foulet (E. Champion, 1914); et l’éd. L. Faisons (A. Picard, 1923, en 3 vol.; petite éd. en un vol.).

À consulter. — A. Campaux : François Vito sa vie, ses œuvres (1859). — A. Longnon : Étude biographique sur François Villon(1877). — M. Schwob: articles sur Villon publ. dans la Rev. des Deux Mondes (1892); François Villon, rédaclions el notes (1913). — G. Paris : François Villon (Coll. des grands écrivainsfr., Hachette, 1901). — P. Champion : Fr. Villon, sa vie el son temps (Champion, 1914, 2 vol.). — P. d’Alheïm : La Passion de maïlre Fr. Villon (Grès, 2 vol., 1924).

LE CHAT ET LA SOURIS Ballade.

Je treuve qu'entre les souris Ot! un merveilleus parlement 2 Contre les chas leurs ennemis

À veoir ? maniere comment

Elles vesquissent * seurement Sanz demourer en tel debat ; L'une dist lors en arguant 6 :

« Qui pendra la sonnette au chat? »

Ciz consaus? fu conclus et pris :

Lors se partent $ communement.

Une souris du plat païs

Les encontre, et va demandant

Qu ?’on a fait. Lors vont respondant Que leur ennemi seront mat 10.

Sonnette avront!! au cou pendant ; « Qui pendra la sonnette au chat?

— C'est le plus fort !? », dit un rat gris.

Elle demande saigement

Par qui sera cis fais fournis.

Lors s’en va chascune excusant :

Il n'i ot point d’executant, S'en va leur besoigne de platt#.

Bien fut dit, mais, au demourant ‘5,

Qui pendra la sonnette au chat)

Envoi.

Prince !5, on conseille bien souvent, Mais on puet dire, com le rat,

[4. Où, il ÿ eut. — 2. Parlement, délibération, assemblée, — 3. À veoir, pour

voir, pour chercher. — 4, Vesquissent, vécussent. — 5, Débat, difficulté. — 6. En arguant, en raisonnant. — 7. Ciz consaus, ce conseil. — 8, Se partent, se séparent. — 9. Que, te que. — 10. Mat, abattus, vaincus. — 44, Avront, ils auront, — 42. C'est le plus fort, c'est le point délicat, difficile. — 43. Sera cis fais fournis, ce fait sera accompli. — 44. S'en va leur besoigne de plat, leur entreprise tombe

à plat. — 45. Au demourant, au reste, — 46. Prince :

voir p. 62, note 2.]

so LE MOYEN AGE

Du conseil qui sa fin ne prent :

« Qui pendra la sonnette au chat»

(Eustache Deschamps.)

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