I. — LES CHRONIQUEURS
Jusqu'au xrr* siècle les chroniqueurs écrivent en latin : tels, aux vie et vni siècles, Grégoire de Tours (544-595), auteur d’une Historia Francorum, continuée par Frédégaire (mort vers 660); au ixe siècle, Eginhard (770-840) et le moine de Saint-Gall, historiens de Charlemagne, Nithard (mort en 844) et Thégan, historiens de Louis le Débonnaire; aux xr° et xu® siècles, Raoul Glaber (mort en 1050), dont la Chronique va de 900 à 1046, Guillaume de Jumièges (x1° siècle) et Orderic Vital (1075-1142), qui racontent l’histoire des Normands, Guillaume de Tyr (vers 1130- 1184), qui raconte celle des croisades. Jusqu'au xiv* siècle on continua à écrire l’histoire en latin dans les monastères.
L'histoire en langue vulgaire commence avec les croisades, c’est-à-dire au x11° siècle (la première croisade eut lieu de 1096 à 1099): ceux qui prirent part à ces expéditions lointaines éprouvèrent le désir d’en faire le récit. Jusque-là les chansons de gestes avaient servi d'histoire aux lecteurs profanes qui ne comprenaient pas le latin.
Il y a eu au moyen âge quatre grands chroniqueurs : au xn° siècle, Villehardouïin ; au xuie, Joinville; au xiv*, Froissart; au xve, Commines. En dehors de leurs ouvrages, quelques œuvres historiques secondaires méritent d’être signalées :
Dès le xrre siècle on avait réuni à Saint-Denis sous le nom d’Historia regum Francorum diverses chroniques latines qui concernaient les siècles antérieurs et que l’on continuait à mesure. Ces chroniques, traduites en français dans la seconde moitié du xrri® siècle, devinrent les Chroniques de Saint-Denis, qui depuisle milieu du x1ve siècle jusqu’au temps de Louis XI furent une sorte d’histoire officielle, rédigée par des laïques à l’aide de documents fournis par le roi, et prirent alors le nom de Grandes chroniques de France.
Presque aussi importantes que les Grandes chroniques de France furent les Grandes chroniques de Flandre, qui avaient également un caractère officiel et étaient rédigées en Artois. Elles s'arrêtent en l'an 1342.
Citons ensuite le Livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V, écrit par Christine de Pisan! de 1404 à 1405 à la demande du frère cadet du roi, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.
Parmi les historiens de la cour de Bourgogne il faut mentionner Georges Chastelain (vers 1403-1475) avec sa Chronique des choses de ce temps, qui fut entreprise en 1455 et qui va de 1419 à 1474, et Olivier de la Marche (1422-1502), qui écrivit en 1475 un ouvrage intitulé : Estat de la maison du duc Charles de Bourgogne, dit le Hardy.
Signalons enfin le Journal d'un bourgeois de Paris?, qui malgré son titre est l’œuvre d’un écrivain, ou peut-être de deux, appartenant à l'église, et qui nous présente le tableau du Paris révolutionnaire du xv® siècle, de 1405 à 1449 ; ainsi que la Chronique de Charles VI, qui va de 1380 à 1422, et qui est une simple traduction, faite en 1430 par Jean Jouvenel des Ursins (mort en 1473), d’une chronique latine de Saint-Denis.
Villehardouin. — Joinville. — Froissart. — Commines :.
GEOFFROY DE ViLLEHARDOUIN #, maréchal de Champagne (né vers 1165 à Villehardouin, entre Arcis-sur-Aube et Bar-sur-Aube, mort vers 1213), a