‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 88 sur 532 · RÉFLEXIONS SUR LA FIN DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LA FIN DE LOUIS XI

Vouldroit l'en © dire que ce Roy ne souffrit pas aussi bien que les autres, qui ainsi s’enfermoit et se faisoit garder, qui estait en peur de ses enfans et de tous ses prouchains parens, qui changeoit et muoit’ de jour en jour ses serviteurs et nourriz, et qui? ne tenoient biens ny honneur que de luy, et en nul d’eulx ne se osoit fier, et se enchaignoit de si estranges chaynes et clostures ? Si le lieu estoit plus grand que d’une prison commune, aussi estoit il plus grant que prisonniers communs...

Je n’ay point dit ce que dessus pour seullement parler des suspections {° de nostre Roy, mais pour dire que la patience qu'il a porté en ses passions 11, semblables de !? celles qu’il a faict porter aux autres, je le repute !? à pugnition que Nostre Seigneur luy a donnee en ce monde pour en avoir moins en l'autre, tant es # choses dont j’ay parlé, comme en ses maladies, bien grandes et douloureuses pour luy, et qu'il craignoit RTS ayant

[4. Termes, coutumes. — 2. Dès ce qu'il cuydoit, dès qu'il croyait. — 3. Asseur, en sûreté. — 4, Aussi lost, aussi facilement, — 5. Qui estoient beaucoup, qui étaient nombreux.|

[6.: Vouldroit l'on.….., prétendrait-on... — 7. Muoit, remplaçait. — 8. Nourriz, commensaux, — 9, Qui: se rapporte à serviteurs et nourris. — 10. Suspections, soupçons. — 14. Passions, souffrances. — 12. Semblables de, semblables à. — 43. Je le repute à pugnition, je regarde cela comme une punition. — 44, Tant es

choses... comme..., aussi bien dans les choses... que...|

qu'elles luy advinssent ; et aussi affin que ceulx qui viendront après luy soient ung peu plus piteux! au peuple, et moins aspres à pugnir qu'il n’avoit esté, combien? que, je ne luy vueil donner charge ?, ne dire d’avoir “ veu ung meilleur prince, car se il pressoit 5 ses subjectz, toutesfois 1l n’eust . souffert que ung autre l’eust faict, ne privé 6, ny estrange 1.

Peu d’esperance doyvent avoir les povres et menuz gens au faict® de ce monde, puisque si grant roy y a tant souffert et travaillé, et puis lisse tout ; et ne peust trouver une seulle heure à esloingner sa mort, quelque dilligence qu'il y ait

sceu faire. Je l’ay congneu et ay esté son serviteur en la fleur de son aage, et en ses grans prosperitez ; mais je ne le veiz oncques

sans peyne et sans soucy.…

Ne luy eust il point mieulx vallu et à tous aultres princes et hommes de moyen estat, qui ont vescu soubz ces grans et vivront soubz ceulx qui regnent, eslire le moyen chemyn en ces choses ? C’est assavoir moins se soucier et moins se travailler,

et entreprendre moins de choses : plus craindre à offencer Dieu,

et à persecuter le peuple et leurs voisins par tant de voyes ? cruelles que assez ay desclairees 1° par cy devant, et prendre des ayses et plaisirs honnestes ! Leurs vies en seroient plus longues ; les malladies en viendroient plus tard; et leur mort en seroit

plus regrettee et de plus de gens, et moins desiree ; et auroïent

moins de doubte ‘! de la mort.

Pourroit l’on veoir de plus beaux exemples pour congnoistre que c'est peu de chose que de l’homme, et que ceste vie est miserable et briefve, et que ce n’est riens des grans ne des petiz dès ce qu’ilz sont mors : que tout homme en a le corps en horreur et en vitupere !?, et qu'il fault que l’ame, sur l’heure qu'elle

se separe d’eulx, aille recevoir son jugement. Et ja la sentence.

est donnee selon les œuvres et merites du corps. (Commines, Mémoires, livre VI, chap. xur.)

{4. Pileux, compatissant. — 2. Combien que, quoique. — 3. Donner charge, incriminer, accabler. — 4, Ne dire d'avoir veu, ni dire que j'ai vu. — 5. Car se il pressoit, car s’il pressurait. — 6. Ni privé, ni un simple particulier. — 7. Ny estrange, ni un étranger. — 8. Au faict, aux choses. — 9, WVoyes, moyens. — 4Â0. Desclairées, clairement exposées. — 44, Double, crainte. —

Page 1