LA TRADUCTION DE PLUTARQUE
Au très puissant et très chrétien roi de France, : Henri, deuxième de ce nom.
Je me suis mis à revoir ce que de long temps j'avais traduit de grec en français des Vies de Plutarque, et à continuer de traduire ce qui m’en restait, tant que finalement, ayant conduit l’œuvre totale à chef, j'ai pris la hardiesse de la présenter imprimée et la faire sortir à la sauvegarde * de votre illustre nom en public... Je confesse avoir plus étudié à rendre fidèlement ce que l’auteur a voulu dire, que non pas à orner ou polir le langage, ainsi que lui-même a mieux aimé écrire doctement et gravement en sa langue que non pas doucement n1 facilement. Mais en récompense il y a tant de plaisir, d'instruction et de profit en la substance du livre, qu’en quelque style qu'il soit mis, pourvu qu'il s’entende, il ne peut failli ° à être bien reçu de toute personne de bon jugement, pource ? que c'est en somme un recueil abrégé de tout ce qui a été de plus mémorable et de
çaises du XVI siècle (1851). — R. Sturel: Amyot traducteur des Vies Parallèles de Plutarque (Bibliothèque littéraire de la Renaïssance, 1909).
4. C'est le roman que Racine lisait en cachette à Port Royal (voir p. 654).
2. Voir vol. II, p. 389-392, l’histoire de la fameuse tache d'encre faite par P. L. Courier sur un manuscrit de Longus à Florence.
[3. À chef, à son achèvemént. — 4. À la sauvegarde, sous la protection. — 5. S’entende, se comprenne. — 6. Faillir à,. manquer de. — 7. Pource que,
parce que.|
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plus digne fait ou dit par les plus grands rois, plus excellents capitaines ou plus sages hommes des deux plus nobles, plus vertueuses et plus puissantes nations ! qui jamais furent au monde. Vous aurez pour agréable l’humble affection que j'ai eue en ce faisant, de recommander à la postérité la mémoire de votre glorieux règne, de servir au bien public de vos sujets et d'enrichir notre langue française, selon la faible portée de mon peu de sens et de littérature, pource que je m’assure que d'ici à longues années, quand les survivants trouveront tant de beaux et bons livres translatés ? des langues grecque et latine en la française, durant votre heureux règne, et sous l’inscription de votre très illustre nom, l’on vous donnera la louange d’avoir glorieusement couronné et achevé l’œuvre que ce grand roi François votre feu père avait heureusement fondé et commencé, de faire renaître et florir ? en ce noble royaume les bonnes lettres...
En votre Royale maison de Fontainebleau, au mois de Février MDLIN.
(Amyot, Vies des hommes illustres grecs et romains,
préface.)