L APPEL AU SOLDAT
La seconde partie du a: Roman de l'Énergie nationale » n'étant pas encore entièrement parue dans la Revue' Hebdomadaire au jour où nous écrivons, à défaut de Tétude détaillée qu'elle commande il nous est au moins possible d'en dégager les idées essentielles.
Dans VAppel au soldat, on comprend de mieux en mieux le but qu'a poursuivi Barres en écrivant son « Roman de l'Énergie nationale ». Les idées dans lesquelles vivent la plus grande partie des Français en cette seconde moitié du XIX^ siècle ont été exprimées, ont reçu leur forme la plus puissante dans les cours de Michelet au Collège de France en 1848 et dans les Misérables de Victor Hugo. Je simplifie
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478 NOTBE MAITBI: MÂUBICE BABBÈS
évidemment rénumération, mai& on m'accordera que parmi les œuvres littéraires qui ont élé, ces derniers temps, des réservoirs d'idées et d'émotions, les œuvres dlliigo et de Michclet ont été des plus capitales. On s'est fait là un état d'esprit typique.
Eh bien ! Barrés a poursuivi d'une façon presque systématique un but analogue pour le nationalisme : il a créé le mot, il a élaboré la doctrine, aujourd'hui c'est un livre réservoir d'idées qu'il nous fournit.
Son intention est celle-ci : rattacher l'individu « à sa terre et à ses morts ». Un passé qui est encore tout proche peut servir à démontrer l'inanité des transformations nationales qui ne s'appuieraient pas sur ce principe ; c'est pourquoi l'auteur de VAppel a voulu retremper le Français et surtout le Français de l'Est qu'il affectionne plus spécialement, dans de fortes sensations anciennement subies.
VAppel au soldat est l'étude minutieuse d'une fièvre française, d'une de ces fièvres qui continuellement, dans notre histoire,
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interviennent pour nous affoler, nous mener près de l'abîme ou d'une convulsion instinctive nous rejeter loin du précipice imminent. C'est notre caractéristique nationale, reconnue par toute l'Europe, de ressentir aux moments critiques de ces frissons qui furent souvent des frissons sauveurs.
Rien n'était plus important comme étude de psychologie sociale que l'analyse du spasme boulangiste, quelque opinion que l'on ait d'ailleurs sur ce malheureux Boulanger qui n'en fut pas, comme on est tenté de le croire, l'agent déterminant. Le général Boulanger n'est pasj'objet du Hvre; l'objet c'est le boulangisme, c'est une crise de l'instinct national.
On trouve dans V Appel au soldat le morceau central des trois volumes, le magnifique chapitre intitulé a: La Vallée de la Meurthe d, la partie de son œuvre totale dont Barrés lui-même conçoit le plus de fierté : a: Dans cette centaine de pages, ditil, j'ai peut-être mis le meilleur de moimême 0). y> C'est de cette vallée qu'ont été
(1) La Vallée de la Meurthe marque peut-être l'apogée de
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180 NOTRE MAITRE MADRIGE BABRÊS
déracinés par l'aniversitaire Boateillor ]es sept jeunes héros du roman ; c'est encore, à répoque du boulangisme, sur les plantes de ce sol que Tesprit d'un Boutellier parfait son action néfaste : cette société est « dissociée et décérébrée » ; le sol et la race sont envahis, leur influence anéantie... Sturel, guidé par Saint-Phhn, parcourt sa petite patrie, retrouve à mesure qu'il avance son origine lointaine. D'heure en heure le jeune déraciné se reprend au sol natal, il en arrive à comprendre que le sol et les ancêtres collaborent puissamment aux instincts d'une
Barrés styliste. Des pages que j'en voudrais citer sont d'une poésie exquise, d'une force magnifique, d'une éloquence sublime. . . Peut-on Jjire sans être pris d'un frisson d'art et de patriotisme les lignes par lesquelles Sturel et Saint-Phlin saluent Metz infortunée ?
« — C'est, pensaient-ils, l'iphigénie de France dévouée avec le o consentement de la patrie quand les hommes de 1870 furent per- « dus de misère, sanglants, mal vêtus sous le froid et qu'eux- « mêmes, les Chanzy, les Ducrot, les Faidherbe, les Bourbaki,' les « Charette, les Jaurès, les Jauréguiberry renoncèrent. Toi et ta « sœur magnifique, Strasbourg, vous êtes les villes françaises les « plus aimées ; un jour viendra que parmi les vignes ruinées, sur « les chemins défoncés et dans les décombres nous irons vous de- « mander pardon et vous rebâtir d'or et de marbre. Ah ! les fêles « alors, l'immense pèlerinage national, toute la France accourant « baiser les fers de la captive. .. » Je doute que, dans toute notre littérature, on trouve dix lignes plus parfaitement belles que celles-là.
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nation, bien plus: qu'ils les forment... Et prévoyant la force d'une réorganisation française qui s'appuierait sur ce principe de tradition, il se rend compte que le boùlangisme fait fausse route et ne pourra être inscrit dans Thistoire que comme une agitation stérile . . .
Nulle part on n'a mieux montré ce qu'est une nation, comment elle peut mourir, comment elle peut se transformer.
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