STANISLAS DE GUAITA, — UN AMÂ- TEUR D'AMES
La brochure sur Stanislas de Guaita, en même temps qu'un hommage ému à la mémoire de Tami qui fut de moitié dans sa jeunesse, a été pour Maurice Barrés l'occasion de prouver par l'expérience d'un être cher combien est profondément vraie la doctrine « de la terre et des morts ».
En Stanislas de Guaita, issu d'ancêtres germains émigrés en ItaUe, se continuaient des âmes allemandes et italiennes, tandis que Lorrain par l'ascendance maternelle, il participait aux instincts français. Cette âme composite devait sentir et penser « en dehors des conditions générales de notre époque. » Aussi se dirigea-t-il tout droit vers l'occultisme et les études kabbalistiques.
On trouvera dans cette plaquette de 32 pages de précieuses indications sur les années que passa Barrés au lycée de Nancy et sur la révolution que causa dans cet esprit jeune et subtil, Tinitiation aux idéalistes modernes.
Un amateur d'âmes est pareillement une application de la thèse de l'instinct héréditaire. C'est l'histoire de l'empoisonnement d'une âme par une influence terrienne opposée à sa nature intime.
« La Pia, toute petite, avait dû partir pour l'Egypte avec sa mère chassée pour ses déportements. Orphehne maintenant, elle vivait chez des parents à Dresde. Elle accepta de quitter la terrasse de Bruhl pour la sierra tolédane. » Le philosophe Delrio, ignorant que « l'énergie de l'individu est une addition de l'âme de ses morts et que cette addition ne s'accomplit que par la permanence de l'influence de la terre », pensa développer, perfectionner le petit
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être en lui imposant les atmosphères violentes de TEspagne, ^ qui est le pays le plus effréné du monde ». L'enfant en fut si désorientée, si bouleversée, elle se sentit si malheureuse que « comprenant d'une manière confuse et avec désespoir qu'elle s'était égarée de sa véritable destinée », elle se donna la mort.
Un amateur d'âmes fut d'abord publié en tête de Du sang^ de la volupté et de la mort en 4893 ; l'année dernière (1899), l'auteur m étant retourné sur les lieux qu'il avait décrits pour redoubler ses sentiments et coUationner ses images », nous a donné une nouvelle version du petit livret, publiée par les soins de la Société des Graveurs sur Bois « l'Image », et curieusement illustrée par L. Dunki.
A propos de cette réédition, un critique de la Revue blanche qu'une telle franchise, en un moment où les esprits étaient surexcités par l'odieuse Affaire, honore grandement, écrivait les lignes suivantes :
M. Maurice Barrés vient de rééditer, en une plaquette élégante et carrée, une nouvelle fort célèbre
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déjà : Un amateur d'âmes, qui formait l'entrée de son volume Du Sang, de la Volupté, de la Mort. On Ta orhéo de gravures sur bois dont l'art, presque toujours, m'échappa, et dont je n'ai senti vivement que le mauvais goût (1). Quelle prose d'ailleurs appelait moins « l'illustration » que cette nouvelle profonde, ardente et glacée ?
Ce qui est plus important, c'est que M. Maurice Barrés, en même temps qu'un nouveau livre, nous a donné un nouveau texte. J'ai donc agi comme il convient avec les textes classique??', c'est-à-dire que, la plume en main, j'ai relu et collationné. C'est une. heure de travail un peu myope, mais dont je ne perdrai ni la mémoire, ni le profit.
Quel écrivain admirable que M. Barrés! Faut-il dire toute ma pensée? Si l'invention révèle mieux le génie, c'est la correction qui accuse Tart plus sûrement. Prenez, dans Chateaubriand, les deux ou trois versions de la préface aux Mémoires d'Outre- Tombe. La plus ancienne est la meilleure. Chaque correction affaiblit. Ici, je n'en vois guère plus de deux ou trois que je veuille regretter. Toutes les autres ajoutent, resserrent ou fortifient.
M. Barrés n'a épargné aucune de ces expressions molles, inconsistantes, qui se glissent sournoisement dans les styles les plus concentrés et les plus tendus. Il a élagué des détails douteux ou simplement inu-
(1) Nous rcgrellons de n'être pas sur ce point du même avis que l'estinié critique. (Note de l'auteur).
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tiles. Quelle incomparable leçon de style ! Il n'est pas un verbe trop usuel, ou simplement défraîchi, qu'un substantif dru et coloré ne remplace. Parfois l'action du verbe ressort plus droite et plus vigoureuse de Tabsence du complément supprimé. Il n'est pas jusqu'à des changements d'adverbe, hors de au lieu de sans, encore au lieu de aussi, qui n'ajoutent à la beauté et à la pensée. Veut-on, au hasard, un exemple ? Au lieu de robes d'une simplicité exquise, n'est-il pas meilleur d'avoir écrit des robes évasées et claires? Souvent aussi quelques mots développés sont devenus une phrase charmante.
Rien n'est venu modifier le sens premier de la nouvelle. La composition, en un ou deux endroits, a été très légèrement mais heureusement modifiée. Le portrait de Simone s'est enrichi de quelques détails délicieux. Je passe sur quelques additions de détail, mais M. Barrés est retourné en Espagne, il a « redoubla ses sentiments et coUationné ses images » et le paysage s'est singulièrement précisé et enrichi. Il n'est presque point de pages où une touche nouvelle n'en ait avivé et détaillé la couleur : les ciyarreras de Tirso de Molino, et les genêts à l'odeur amère, une vue de nuit dans la cathédrale de Tolède, une inscription sur une plaque de cuivre, un voyage plus détaillé dans les défilés d'Andalousie. Un chapitre entier est neuf; c'est la terrasse de San-Juan de los Reyes à Tolède, l'abattoir, la prison. Un autre s'est doublé de quelques pages ardentes et troubléas sur Grenade, le
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188 NOTRK MAITRE MAUBICE îlAllflÈS
petit roi BoabdU et les roses du Gênéralife. Soqs cette forme développée, et sans rien perdre de sa beauté intérieure, VAmateur d'âmes est devenu une étude plus riche et plus réelle. Jadis elle nie semblait bien proche de la perfection. Elle me paraît aujourd'hui
plus parfaite
Je ne m'excuse pas d'avoir parlé de VAmateur d'dmes avec une précision si méticuleuse et si peu expliquée. J'ai supposé que chacun connaissait ces pages aussi bien que moi. Je le répète, elles sont classiques.
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