‹ Notre maître Maurice BarrèsChapitre 30 sur 38 · QUELQUES ARTICLES · texte numérisé non relu

QUELQUES ARTICLES

Il y a dans Tœuvre de Barrés des articles de journaux qui ont fait autant pour sa célébrité que certains de ses volumes. Et ils sont nombreux. Cela tient à ce que Barrés n'est pas journaliste ou plutôt qu'il .est le plus parfait des journalistes : il n'écrit jamais pour le plaisir — ou l'avantage — de signer, mais pour la satisfaction d'exprimer une idée nouvelle. Et de fait chacun de ses articles roule sur une idée, forte ou subtile, toujours différente et inédite. Même au temps où, directeur de la Cocarde, il s'astreignait à un Premier-Paris quotidien, pas un seul jour il ne défaillit dans son apostolat de philosophe novateur : chaque matin il publia un article nouveau.

Une idée par jour ! Si nous qualifions

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cela de prodigieux, où est le pubticiste qui nOQS contredira ?

Et (iiielles idr^os ! De quelques- mies de ces pages rapides on a tiré la naatiêre de plusieurs beaux volumes. C'est une mine qu'on pourrait ainsi longtemps exploiter sans pouvoir l'épuiser.

Je crois qu'on ne rend pas suffisamment justice au journaliste qu'est Maurice Barrés. On s'est battu, il est vrai, autour de ses articles, mais c'était il y a dix ans ; aujourd'hui la jeunesse elle-même ne se passionne plus facilement pour des thèses d'idéal ou des méthodes d'action. Peut-être est-ce qu'on s'abuse sur les quahtés que doit réunir une colonne de journal ? Nous exigerions volontiers qu'elle soit une parfaite pièce littéraire. Sous ce rapport Barrés autrefois gâta son public. Il paraît depuis plusieurs années avoir renoncé à ce souci; les raisons qu'il nous en donne dans son premier numéro de la Cocarde sont excellentes :

Pourvu que des événements nous ayons un sentiment profond, passionné, exprimé sans hésitation, sans défaillance, sans réserve, le public nous en

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Saura gré. Et si nous savons être un abrégé du sentiment public, des passions dominantes, nous en serons nous-même un des éléments.

Un journal n'est pas une page de livre ; c'est une. action. Avant d'agir, pourquoi des mots, pourquoi des explications ?

Parmi les articles de Barrés qui eurent le plus de retentissement, il faut citer la série des Notes d'un lettré mécontent dont nous avons donné d'autre part un important fragment, puis Leurs Figures^ trois chroniques publiées par le Figaro en 1893 et qu'on retrouverait sûrement dans les magazines littéraires de l'époque ; nous n'en reproduisons rien parce qu'elles reparaîtront naturellement dans le troisième volume du d Roman de l'Energie nationale », qui s'intitulait d'abord U Appel au Juge et auquel elles donnent leur nom.

Mais voici tout au long un article qui causa en 1888 une grande émotion dans le monde littéraire. Il est intitulé : La sensibilité d'Henri Chamhige. Peut-être se rappelle-t-on la cause célèbre qui en fait le sujet ?

Un littérateur de 22 ans, Henri Chambige, était accusé d'avoir empoisonné une jeune femme du meilleur monde de Constantine, après avoir tenté lui-même de se tuer d'un coup de revolver. Ghambige prétendait que Mme Grille, devenue sa maîtresse, et luimême avaient résolu de se donner la mort ensemble. Les défenseurs de la victime voulaient au contraire qu'elle eût été attirée dans un guet-apens par le jeune littérateur qu'elle ne connaissait pas.

L'article parut la veille de l'arrêt qui envoya Ghambige au bagne (i).

Il faut aux jurés de Constantine un sens bien exquis des nuances de la sensibilité. Je me reconnais incapable de discuter une cause encore pendante aux assises.

Mais cette culture intime de ses émotions, ce dédain des lois ordinaires de la vie, cette facile acceptation de la mort que nous rencontrons chez Henr Ghambige, ce sont les traits principaux de l'âme con • temporaine la plus neuve. Des écrivains, ces jours derniers, l'ont bien vu ; je crois cependant qu'ils firent un peu vite le procès des récentes manières de sentir.

(1) Fif/aro, 11 novembre 1888.

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Je voudrais montrer que si la haute littérature de ce temps k décrit et même a créé quelques unes des façons de sentir qu'on trouve en Ghambige, du moins elle les complète d'indications essentielles, tout à fait propres à éviter des accidents aussi déplorables que ces amours tragiques de Constantine.

Henri Ghambige s'est écarté sur un point très grave de la conception de la vie que nous présentent les grands esprits de sa race. Merveilleusement doué pour sentir, très ardent à saisir des émotions nouvelles, très clairvoyant pour observer ses frissons, il n'a pas, ce me semble, la force de se dédoubler. Son âme est faite de parcelles merveilleuses, mais la méthode pour les utiliser lui fait défaut.

G'est pour avoir négligé tout un côté de l'enseignement de ses maîtres préférés qu'il a glissé dans ce drame.

Gomme Benjamin Gonstant, Ghambige a vu avec amertume que jamais deux êtres ne peuvent se connaître. Le langage a été fait pour l'ordinaire de la vie ; il ne sait exprimer que des états bien grossiers auprès des nuances infinies qui sont au fond de nous. Et quand même nous connaîtrions nos pensées les uns des autres, cela est peu pour un analyste et un sentimental, qui sait combien ce sont là des représentations imparfaites de notre moi, des images

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fragmentaires et furtives. Qt^elle mère eonoait son fils, quel amant sa maltresse?

Ce douiooreux sentiment de Finvincible IgolemoDt où cîiacun de nous est muré à jamais, Chambige l'eut avrjc intensité ; il semîile l'avoir vouUi exprimer rlatïs le livre qu'il projetait sous ce titre : VAme intransmissible. C'est le premier instant du développement des plus fines sensibilités modernes.

Ainsi réduite à soi-même, effrayée d'être seule parmi des étrangers, une âme bien née ne prend plus souci que de se cultiver, de s'augmenter, de s'embellir, de s'adorer. Dès lors, une seule chose est réelle, une seule chose importe : le Moi. Le monde extérieur n'apparaît plus que comme un champ d'expériences où l'âme, avec malaise, se hasarde pour trouver des émotions. C'est la dispersion infinitésimale du cœur, ce second volume qu'a esquissé Chambige. Il s'agit non pas de se donner aux choses, aux êtres, mais de leur prendre ce qu'ils ont de meilleur pour s'en augmenter. Aux beaux paysages, à la science, à la femme, on demandera des émotions.

Benjamin Constant, dans son Journal, et Sainte- Beuve dans Volupté sont les narrateurs les plus douloureux de VAme intransmissible ; c'est M. Renan qui a le mieux exprimé la Dispersion du. cœur, cette puissance qu'acquiert une âme cultivée de prendre conscience de tout ce qu'enferme l'univers. Grâce à sa merveilleuse méthode, M. Renan a su jouir en môme temps des voluptés du voluptueux et de i'austcrité de l'ascète.

Ces premières étapes de toute âme qui veut se développer, Chambige les a franchies : « Celle que j'aime n'est pas si belle que je la vois. En croyant aimer une femme, je n'aime que Terreur de mon propre esprit. » Il se rend compte que nous n'aimons jamais que notre propre image projetée devant nous ; nous sommes incapables de connaître rien autre que notre âme ; en baisant les mains de notre maîtresse, c'est nous-méme que nous adorons. Cependant Chambige se laisse aller à aimer, et môme il pousse l'amour à son paroxysme. C'est qu'il sait que la première loi d'une belle culture est de ne jamais être une âme de défiance. Il accepte toutes les émotions ; il veut qu'en lui toutes les notes de l'univers viennent se répercuter ; il aspire, comme les plus grands idéalistes, à faire de son âme le son total de l'humanité.

Ces côtés de la sensibilité de Chambige sont excellents. Son journal, où il se fait connaître, est tout à fait remarquable. M. Bataille, qui a étudié luimême, dans la Conquête de Lucy, des cas analogues de sentimentalité rare, a justement mis en valeur le mérite d'une telle culture chez un garçon de vingtdeux ans. Ce sont les mômes préoccupations supérieures que nous saluons avec un grand respect chez Gœthe, chez Renan, dans l'ordre intellectuel; chez le Benjamin Constant du Journal intime et chez le Sainte-Beuve de Volupté, dans l'ordre sentimental.

Ce jeune homme va donc faire une riche moisson de beautés morales ; son âme sera ornée et rare ;

peut-être son action bienfaisante !... Hélas ! voici qu'il s'écarte de la voie des maîtres !

Un principe universellement admis, c'est que M. Pasteur ne doit pas lâcher dans la rue les chiens enragés qu'il étudie dans son laboratoire. Comme les savants qui manient des' substances dangereuses ou des hypothèses troublantes, les fabricants de sensibilité rare ne doivent pas installer leurs expériences au milieu des hommes.

Depuis Benjamin Constant, qui vécut une vie de tribun libéral, et qui cultivait au fond de soi des rêves délicats de septicisme, de solitude, d'analyse presque mystique, jusqu'aux jeunes écrivains d'aujourd'hui, — Jules Tellier, par exemple, qui soutient une thèse analogue dans son traité sur Nos Poètes, — tous les maîtres doués d'une sensibilité d'exception déclarent avec M. Renan :

« La vulgarité des hommes fait de la solitude morale le* lot obligé de celui qui les dépasse par le génie ou par le cœur. Il faut donc se composer un petit monde divin à soi, se tailler un vêtement dans l'infini ; il faut pouvoir dire mon infini, comme mon Dieu. »

Les âmes très développées n'ont guère de place dans le monde actuel. Elles doivent réserver ce qu'il y a en elles de plus différent pour en meubler leurs

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rêves. C'est penser imprudemment de vouloir introduire dans l'ordre actuel des manières de sentir qui sont trop en avance. Il ne faut pas devancer les siècles ; nous n'avons pas qualité pour perfectionner brusquement le monde. J'imagine un moment où la passion telle que la comprirent Ghambige et Mn»^ Grille paraîtra à tous admirable, et même naturelle. Il est certain qu'à cette heure une telle conception de l'amour scandalise la plupart des esprits.

A l'audience, quand Henri Ghambige déclare :

« G'est une mort réputée pour déshonorante, mais c'est une mort héroïque », le public s'étonne. Et le président qui répond : « Les deux fillettes de M>"e Grille, k l'àge d'être mariées pourront apprécier tristement cet héroïsme », indique parfaitement la catastrophe que produisent certaines beautés trop neuves, encore confuses, brutalement transportées dans la réalité.

Le philosophe dans son cabinet, le sentimental dans le jardin fermé de son cœur, peuvent cultiver les plus rares sentiments. Mais il faut une délicatesse infinie pour faire que ce qui est Imaginatif devienne réel. Les meilleurs esprits, de tous temps, ont sacrifié aux dieux de l'empire : aux idées communément admises. G'est parfois un crime de vouloir faire admettre du peuple ce qui sera vertu dans plusieurs générations.

Je n'examinerai pas si le cas d'Henri Ghambige, cette déplorable catastrophe, est une erreur de théor

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ricien qui n'a pas compris la nécessité de se dédoubler et de se conformer dans sa vie extérieure aux opinions communes, — ou la défaillance d'un analyste de 22 ans, qui a été empoigné par sa passion et affolé en dépit de ses raisonnements. Je voulais seulement indiquer que les penseurs de ce temps ont trouvé un joint pour rendre inoffensives leurs plus audacieuses conceptions.

Je me plais à imaginer un Henri Chambige mieux averti, se conformant exactement à l'enseignement de ses maîtres :

Gomme l'accusé de Constantine, ce Chambige amélioré se cultive soi-même; il cherche de toutes parts des émotions pour embellir son rêve ; il n'a souci que d'être ardent et clairvoyant. Sa grande préoccupation est d'éviter ces deux écueils de l'analyste sentimental ; la stérilité et l'emballement. L'observation intérieure dessèche très vite Tàme. Il faut alors recourir à quelque émotion féconde. L'amour est peut-être l'émotion qui pénètre et baigne l'àme le plus profondément.

Mais le Chambige que j'imagine n'eût pas permis à l'amour de le dominer. Cela est essentiel. Les meilleurs analystes s'ingénient pour n'être jamais qu'à demi sincères. Ils nt3 s'autorisent pas à s'emballer, ils se tiennent vigonrenscment en main. Satisfaits du rajeunissement trouvé on quelques semaines auprès d'une femme, ils interrompant l'expérience très vite, et rentrent dans leur univei's fermé. Je crois vraiment que des délicats ne perdent guère à couper ainsi leur

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passion. C'est une période bien vulgaire, celle où Ton souffre, où Ton jouit vraiment (et de ces deux égarements, je ne sais quel est le plus pénible pour un esprit préoccupé de voir clair). Le joli plaisir ne commence que dans la mélancolie de se souvenir, quand les sourires toujours un peu communs sont épurés par la nuit qui déjà les remplit.

Pour présenter quelque agrément, il faut qu'un fait soit transformé en matière de pensée ; de môme une théorie, un sentiment, tout ce qui est imaginatif, devient vulgaire et parfois dangereux à être réalisé. Tels sont les enseignements des maîtres contemporains. Si Ghambige s'y était conformé, de grandes douleurs eussent été épargnées à six ou sept personnes, lui-môme aurait joui des dons supérieurs qu'il possède, nul doute enfin que son incontestable talent d'écrivain n'eût honoré sa génération.

On a beau nourrir contre ces théories « subversives d des préventions étroites, on ne saurait refuser à leur auteur une singulière clairvoyance et une admirable force de psychologie.

Il est intéressant de mentionner à propos de cet article sur Ghambige que Bourget a voulu le joindre au manuscrit du Disciple qu'il a offert à une amie, marquant ainsi l'importance qu'il attribuait à cette analyse

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de Barrés et la contribution qu'elle avait été à son propre travail.

Mais ce n'est pas seulement dans l'étude des sensibilités raffinées qu'excelle un Barrés ; voyez avec quelle exactitude, en la simplifiant jusqu'à la ramener à un seul trait, il fixe la physionomie du général Boulanger (^). .

... La Revanche ! Voilà son idée fixe. Cette noble manie limita sa moralité mais aussi son ambition. Il acceptait toutes les conditions que lui paraissait comporter son installation an commandement suprême de Tarmée et c'est là d'autre part qu'il bornait sa prétention.

De toutes les brigues qu'on lui supposa, je ne reconnais comme vraiment sien que le désir d'être généralissime. Faire un roi, renouveler Bonaparte, présider la République, il n'y songea point, ce véritable militaire qui ne connaissait de gloire que celle des batailles et qui ne se souciait que d'entrer dans Metz et dans Strasbourg, tandis qu'autour de lui on ne rêvait que d'Elysée et de Tuileries rebâties.

J'ai souvent pensé fju'aux pires moments de sa campagne anti-parlementaire, il eût accédé à une combinaison de couloirs lui garantissant le ministère de la guerre inamovible. Celui qu'on traitait de ré-

(1) Cocarde du 30 septembre 1891

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volté et en qui nous espérions un révolutionnaire se fût contenté de la chaise d'un Saussier ou d'un Freycinet.

Mais je crois aussi que parmi tant de récriniina- Uons, l'un d'sant : « il fallait marcher sur l'Elysée depuis la gare de Lyo» » ; l'autre : « le soir du 27 janvier » ; un troisième : « rentrer la veille des élections générales », etc., etc., lui ne se reprochait qu'une chose : « d'avoir, lors de TafTaire Schnœbelé, laissé passer l'occasion. j>

... Si la postérité est juste (ce qui n'est nullement * prouvé, car il faut des loisirs qu'elle n'aura pas, et de plus je pressens qu'elle goûtera de moins en moins le tour d'esprit militaire) si la postérité était juste, elle classerait le général Boulanger comme un ardent patriote qui s'est brisé, ainsi qu'il arrive le plus souvent, à chercher la réalisation d'un rêve — d'un noble rêve militaire.

Il n'oublie pas cependant que le journal est une arme et parfois en un article incisif où concourent l'ironie et la vigueur, il démolit avec élégance un adversaire, comme un expert amphytrion vous démembre en se jouant une volaille au bout de sa fourchette. Avec quelle dextérité est ici désossé un Jules Ferry !

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Aïlemane, dans les dernières années de l*empire, assistait à une réunion. Do hésitait, pour je ne sais quel siège, entre Ferry et un candidat ouvrier, a Parfaitement, dit L*avocat Ferry, un travailleur serait un cliûis excellent. Mais saura-t-il à la tribune tenir tête aux porte-parole de Bonaparte?... Citoyens, contre l'Empire, il faut une gueule ; eh bien ! si vous voulez, je serai cette gueule-là ! »

Vous la voyez d'ici, la scène. L'avocat, le lettré, le bourgeois qui s'humilie, fait le grotesque, — quel autre mot employer? — pour conquérir les bonnes grâces d'une foule. C'est le môme pauvre homme, aboyeur parvenu, qui plus tard le prendra de haut, et, protestant rogue, jouera les hommes de gouvernement.

« Prenez ma gueule ! » On détourne la tête devant cette dégradation d'un homme libre qui, pour obtenir l'honneur de représenter ses concitoyens et des idées généreuses, se met à quatre pattes sur l'estrade et la lèche.

Déjà opportunistes avant 70 ! En voilà qui ne perdent jamais le sentiment des réalités! Admirons-les! Ils n'ont jamais de ces rébellions intimes, de ces sursauts de dignité qui sont des manques de politique. Admirable souplesse, merveilleuse puissance d'adaptation aux milieux et aux circonstances !

Prenez ma gueule ! Sa gueule ! triste mâchoire de domestique et de bête de proie ! Dans cette supplication tient tout le programme de ceux pour qui

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BABBÈS LlTTÉRATEtTR 203

Thonneur de servir îeur pays ne fut jamais que le béQéflce du sou du franc,

La RépQbÏjqQe! Comme eiîe était belle sous l'Empire ! dît Durranc. Durraoc doit s^embroullîer dans ses souvenirs. Elle fut belle auprès de la chaire de Micbelet^ de Qui net, jadis^ au collège de France. Mais sous TEmpire, elle dut être ce que nous la voyons celte République parlementaire : une honteuse parade où se pressent deux cents Ferry criant sans plus : « Citoyens, prenez ma gueule ! »

Convient-il de citer parmi les œuvres de Barres journaliste ses polémiques ? Ce serait long. Bornons-nous à cet exemple :

Des députés collectivistes ayant, en octobre 4894, ouvert des négociations en vue de la formation d'un groupe international entre les députés socialistes de France et de l'étranger, Maurice Barrés dans la Cocarde plaisanta fort agréablement M. Edwards, directeur du Matin, qui avait prévu que cette union allait avoir pour résultat a: d'affaiblir ridée de patrie » :

« M. Edwards n'est-il pas étranger, levantin si je ne m'abuse ? Quand il s'associe avec des écrivains français, constituant ainsi une entente internationale à Paris, il nuirait

204 NOTRE MAITBE MACRIC^ ÏIARRÊS

donc, d'après sa lliénne, h Fidée de pa- Iriû 1. . . *^

M. Edwards se fâcha tout rouge ; il déclara qu'il oc ne saurait tolérer d'être qualifié d'étranger ».

« Français, je le suis triplement, Monsieur !

« Je le suis d'abord parce que né d'une mère française, j'ai été élevé à l'université de France, à Paris, que je n'ai jamais quitté.

a Je le suis ensuite parce que M. le Président de la République, sous le ministère Floquet, dont je n'étais pas précisément l'ami, a bien voulu m'accorder mes. grandes lettres de naturalisation, à titre exceptionnel, ce qui est une rare faveur, vous !e savez peut-être.

c( Je le suis enfin, parce que jamais je n'ai été boulangiste... »

Le d triplement français i> de M. Edwards eut du succès. La réponse de Maurice Barrés en eut un préférable. La théorie qu'il y formule a été maintes fois reproduite depuis :

« Monsieur,

« On entend par nation un groupe d'hommes réunis par des légendes communes, une tradition, des habitudes prises dans un même milieu durant une suite plus ou moins longue d'ancêtres.

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a La naturalisation est une fiction légale qui fait participer aux avantages d'une nation, mais ne peut en donner les caractères.

« Dans la suite des temps, vos petits-enfants arriveront à se fondre avec notre cher pays, et deviendront ainsi de véritables Français.

« Alors leur tour d'esprit sera tel que, lisant des articles modérés et de méthode françràse analogues à celui dont vous vous occupez, ils les comprendront...

« Monsieur, rien n'est plus difficile à un étranger, quelle que soit d'ailleurs sa haute valeur,- de saisir la portée exacte d'un exposé fait sans déclamation et selon notre méthode d'analyse française, qui, pour un illettré parisien, serait tout simple.

« Je vous prie d'agréer mes salutations distinguées.

« Maurice Barrés. »

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