PORTRAIT
Maurice Barrés est né en 4862 ; il a par conséquent, au jour où j'écris ces lignes, trente-huit ans. Sur sa physionomie on lui en attribue couramment vingt-cinq. Quand, en 4889, il sollicita des électeurs de Nancy un mandat législatif, une des grandes difficultés qu'il rencontra fut de les persuader qu'il était éligible.
Et il lui arrivait des aventures de ce genre :
Un jour, vers le début des hostilités électorales, il fut, accompagné d'un ami influent, M. S..., visiter le maire d'une grosse commune de la circonscription. Le compagnon de Barrés jugea superflue toute présentation, et le maire, négligeant absolument le jeune candidat, réserva toutes
ses prévenances pour M. S... qu'il connaissait de longue date. Tant qu'enfin celui-ci hasarda': « J'ai jugé inutile de vous
présenter Vous connaissez bien M.
Barrés,' n'est-ce pas ?. . . — Ah ! fit l'autre, vraiement, c'est M. Barrés ? Eh bien !
M. Barrés, je suis content de faire votre connaissance : vous voudrez bien présenter mes hommages à monsieur votre père ; je ne l'ai jamais vu, mais on dit que c'est un homme de beaucoup de talent et nous serions charmés de l'avoir pour député. . . » Du reste, à Dombasle comme à Champigneulles et à Saint-Nicolas, le « petit Maurice » était vite devenu populaire, — même parmi le beau sexe !
Un docteur qui passe, à juste raison, pour excellent physiologiste, parlant de Barrés disait : « Une tête ainsi conformée ne pouvait contenir qu'une cervelle de génie. » Mon ignorance de la phrénologie ne me permet pas d'apprécier ce diagnostic, mais il est remarquable que, dès le
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TilCYÏS MOIS CHEZ M* DiVBRÈS
premier abord j les personnes les moins prévennes, qu'un hasard fait approdier Barrés, ont le sentiment d'être en présence d'un homme extraordinalrG,
Il est grand et très mince. De longs cheveux noirs encadrent de bandeaux soyeux une face si pâle qu'elle en paraît exsangue, illuminée par des yeux d'un brun amorti, aux paupières épaisses ; le nez est fortement aquihn ; une moustache d'éphèbe, comme dessinée au fusain, ombre à peine la lèvre supérieure.
« Un grand garçon à la figure de proconsul, — disait, il y a dix ans, Jean Moréas. — Un proconsul qui aurait lu Stendhal et M. Renan... y>
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