‹ Notre maître Maurice BarrèsChapitre 31 sur 38 · CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES

C'est à rOdéon, le 40 décembre 1890, que Maurice Barrés débuta comme conférencier..

Avant une représentation de Tartuffe, devant un nombreux auditoire d'élégantes mondaines, d'universitaires et d'étudiants, il parla pendant trois quarts d'heure sur ce Saint Ignace de Loyola et l'esprit jésuitique ». Sujet qui n'avait rien d'étonnant, choisi par l'auteur d'Un homme libre. Il le développa du reste à un point de vue purement littéraire, sans y rien montrer de passion religieuse ou politique. Commentant les Exercices spirituels, il rappela les instruments dont se servit Loyola pour recruter des défenseurs au catholicisme et dominer les âmes dont le fond est chrétien et prit texte de la fameuse casuistique pour revenir au Tartuffe de Molière.

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« Tartuffe, dit-il, est par le fait du partipris de l'auteur, non pas un portrait, mais un pamphlet. Il Ta traité de façon si intolérable qu'on se sent Tenvie de trouver au pauvre homme au moins deux ou trois quaUtés. . . Libre à lui ; quant à nous, nous savons devoir aux jésuites certaines façons littéraires très délicates et nous tenons leur fondateur pour un grand manieur d'hommes, un grand psychologue, parce qu'il déclare à la dernière ligne de ses Exercices ou suite de mécaniques pour donner la paix à Fàme : « Et maintenant, le fidèle n'a plus qu'à recommencer. »

« Ce fut, dit le Gaulois^ un excellent début. Lorsque le jeune député quitta la scène une double salve d'applaudissements l'a rappelé, et les barrèsiens, venus en nombre à la conférence, ont fait à Maurice Barrés une longue ovation. Quelques critiques, parmi lesquels MM. Francisque Sarcey, Jules Lemaître, Ferdinand Brunetière ont écouté l'éloge de l'esprit jésuitique avec intérêt et applaudi à différentes reprises. »

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BARRÉS LITTÉRATEUR â09

Huit jours après, Barrés faisait au Théâtre d'Application une conférence sur le Jeune Homme moderne. Partant de cette idée que pour se rendre compte de Tétat d'esprit du jeune homme moderne, c'est moins lui qu'il faut interroger que les directeurs préférés de sa conscience, il divise son sujet en trois classes : 1« l'élève de M. Paul Bourget, 2« l'élève de M. de Vogué, 3° l'élève de M. Lavisse.

Le premier, mis en scène dans le Disciple, philosophe incomplet, échoue sur. les bancs de la Cour d'assises. (Cf. Henri Chambige).

Le second pourrait être sauvé par la morale évangélique ; mais il ne sait pas s'y astreindre.

Le troisième a des ressources précieuses dans l'association universitaire ; c'est bien insuffisant comme bouée de sauvetage !

Si vraiment le jeune homme moderne est malade, il doit chercher son remède en lui-même, s'étudier, se cultiver, se regarder pousser. (Cf. les trois- volumes du Culte du Moi),

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Un an après (48 novembre 1894) le député de Nancy fit une tournée de conférences à Anvers, à Bruxelles, à Liège, à Bruges etc., sur les « Antinomies de la pensée et de Faction d. Ce thème lui valut avec les ovations enthousiastes des jeunes, Tadmiration de la vieille école, assez rébarbative pourtant à ces méditations subtiles basées sur l'analyse philosophique de rhomme intérieur (i).

Citons pour mémoire les conférences qu'il fit en 4895 à Bordeaux (Fédéralisme et assainissement) puis à Marseille {La Commune laboratoire de sociologie) et dont nous parlerons plus loin dans le chapitre « Décentralisation » malheureusement sans les développements qu'elles comportent.

Nous nous attarderons un peu plus à celle qu'il pubha l'année dernière sous les

(1) Ces conférences ont été résumées dans la brochure Toute licence sauf contre V amour ; le chapitre III, « Synthèse », en contient surtout les éléments importants.

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BAnRKS LîTTÊRÂTEÏJn 211

auspices de la Ligue de la Patrie Fraiiçaiso et que des raisons indépendantes de sa volonté l'empêchèrent de prononcer en public : La Terre et les Morts. Cette petite brochure de 32 pages doit être tenue par les admirateurs de Maurice Barres comme une partie très importante de son œuvre, car elle est l'expression la plus mûrie en même temps que la plus condensée des idéesnationalistesauxquellesils'estconsacré.

a: Nous sommes les prolongements, la suite de nos parents. » Voilà résumé non seulement le plaidoyer de la Patrie Française, mais encore les Déracinés^ Un Homme Libre et cinq ans de journalisme. Les hommes sont dans leur patrie comme des arbres qui par les racines puisent la substance même des morts et par les feuilles aspirent leur âme éparse dans Tair. Voulons-nous connaître et suivre sûrement notre destinée? Evoquons la voix de la race qui chante encore dans nos instincts, en un mot relions notre avenir à notre passé. « Que Tinfluence des ancêtres soit permanente, les fils seront énergiques et droits, la nation une. »

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