‹ Notre maître Maurice BarrèsChapitre 36 sur 38 · NATIONALISME · texte numérisé non relu

NATIONALISME

Le mot vient-il de Barrés?

Charles Maurras et après lui d'autres personnes autorisées l'affirmaient naguère.

Jean de Mitty, résumant ces déclarations, écrivait récemment dans le Journal :

Puisque aussi bien, à cette heure, en regard de tant d'anciens et de récents partis politiques, un grand nfiouvennent entraîne le pays entier, qui s'appelle le mouvement nationaliste, il est intéressant, — il est môme utile, — de rechercher la date exacte à laquelle le mot nationalisme apparut avec la signification qu'il comporte actuellement.

Il a existé, naguère, dans la terminologie un peu creuse du reportage étranger. Mais il n'y avait qu'une acception étroite. On disait, en l'appliquant aux querelles extérieures : nationalisme arnjénien, grec, bulgare, austro-hongrois. . .

C'est Maurice Barrés qui détourna le vocable de

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son sens européen et lui acquit ses véritables titres de noblesse. Il l'employa, pour la première fois, en 1892, dans un article intitulé : a La querelle des nationalistes et des cosmopolites. » [29 juillet).

Un peu plus tard, dans une série d'études sur « Les ouvriers étrangers en France et le Nationalisme », il définissait, au milieu de la méfiance générale, cette grande doctrine aujourd'hui accréditée.

Jamais mot n'eut une fortune aussi brillante — et aussi légitime. Il exprime non seulement une idée haute^ mais encore le sentiment profond, les traditions, les rêves et les énergies de toute une race.

Il était bon que les honneurs fussent rendus au penseur qui, en dotant la langue d'une expression aussi éloquente, a obligé la France à reprendre conscience d'elle-même.

Le sens profond du mot « nationalisme »

nous avons dit quel il est : toute une doctrine patriotique fondée sur des réalités. Racinons-nous dans notre terre parce que d'elle nous tenons tout et que hors d'elle rien ne vaut pour raffermir les destinées d'un peuple.

Mais édifier des doctrines, dégager des principes généraux, ce n'est pas suffisant :

il faut pour être pratique jusqu'au bout leur adjoindre une méthode d'application.

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Et pour commencer il importait de battre en brèche Torganisation centralisatrice actuelle, qui draine vers la capitale tous les éléments vitaux de la nation. « Négligent ■des grandes affaires et trop soucieux des petites, cet Etat centralisateur pousse la France à ranarchisme et la détache de toute idée de patrie, » constatait-il avec Charles Maurras. La centralisation à outrance a ruiné dans notre pays Tesprit de race qui en était la sauvegarde : le premier remède c'est donc la décentralisation.

Sur Barrés zélateur des idées de décentralisation, il y aurait un gros volume à écrire. Charles Maurras y a consacré une grande partie de sa remarquable brochure Décentralisation Q) ; c'est là qu'il faut suivre la campagne fédéraliste : on constatera que, dès le début, Maurice Barres fut à la tête du mouvement comme il l'est aujourd'hui.

Mais, puisque les longs discours me sont par moi-même interdits, je serai bien venu à les remplacer par un article de lu. Nouvelle

(I) Eililîon (le la Hevue EftCf/chpiiiifjKe.

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Retme., — à tort ou à raison attribué à Léon Baudet, ^ où il est rendu compte d'une conrérGiice de Maurice Bari'ès à Bordeaux, intitulée Fédéralisme et assainissement; son programme et son rôle dans les manifestations qui, vers 1895, eurent pour but la résurrection du provincialisme y sont résumés en termes fort exacts :

On savait que Fauteur d'Un'homme libre comptaLit parmi les défenseurs du systènne fédératif, et il avait développé tout un programme à cet égard, dans ses articles presque quotidiens de cette curieuse Cocarde qu'il dirigea pendant six mois. Un peu isolé tout d'abord, il se trouva bientôt entouré de l'adhésion, soutenu du concours de tous les esprits jeunes et réfléchis. Le dernier numéro de la Cocarde de Barrés reste comme un document significatif pour Fhistoire des nouveaux Girondins. Pas un des rédacteurs qui prirent part à ce défilé de retraite n'oublia de marquer avec force son attachement aux idées de décentralisation. La campagne de la Cocarde donna, d'ailleurs, des résultats plus généraux : le lendemain même de la disparition du journal, eut lieu au Grand-Hôtel, avec le concours de plusieurs des collaborateurs de M. liarrès la fondation de la « Ligue nationale républicaine de décentralisation », que préside notre collaborateur >\r. de Marcère.

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Mais sî Ton voulait remonter aux principes du fédéralisme de M. Barrés, peut-être faudrait-il conseiller de relire le chapitre d'Un homme libre où l'auteur fait le compte des éléments constitutifs de sa pensée e\ de sa censibilité : une place considérable y est faite à ses origines lorraines. Le pays vosgien est décrit avec une netteté amoureuse et une précision pleine de sentiment. Il y a mille sortes de fédéralismes. Mais la. meilleure est sans nul doute celle qui sort de ce vif sentiment provincial. Proudhon Tavait. Gela ne nuisait point à son internationalisme humanitaire.

La conférence de Bordeaux n'avait donc rien de . proprement nouveau pour le public, mais elle a réussi parce qu'elle synthétisait sous une forme saisissante tout ce que l'orateur avait dit et pensé de meilleur sur ce point. Ces quelques pages représentent mieux qu'un programme de parti : elles forment un véritable traité du gouvernement de l'avenir. Au début, l'orateur montre comment ]a pression et la corruption électorales sortent directement de la centralisation administrative. Un cabinet a les députés qu'il demande, parce que le régime actuel remet en son pouvoir toutes les forces économiques de la nation. Et d'autre part, la centralisation nous soumet à un système d'administration uniforme, qui arrête l'expansion de toute énergie nouvelle, de toute transformation de notre état social. Liberté politique, liberté sociale, voilà ce que M. Barrés attend du régime fédératif.

Il donne ensuite aux « petits-fils des Girondins »

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244 NOTRE MAÎTRE MAUniCE BARRK?

une image rapide des forces actuelles du parti de la décentralisation qui, né des confins du proudhonisme, gagne jusqu'aux disciples de Le Play et de Comte. Ce parti défini, il en explique la pensée, en ébauche le plan idéal d'une Constitution française dans laquelle les affaires municipales seraient réglées exclusivement par les conseils municipaux, les affaires régionales par les conseils régionaux, tandis que les affaires nationales continueraient d'appartenir, comme l'exigent la logique et le bon sens, au gouvernement national.

Telles sont, d'ailleurs, les tendances historiques, les traditions indestructibles du sang français. M. Barres les montre vivantes dans la Gaule protohistorique, au moyen-âge et jusque dans l'histoire de la Révolution. Il réfute chemin faisant l'opinion de M. Hanotaux et montre que dans la doctrine républicaine, la centralisation est un simple contre-sens intéressé défendu par le petit groupe des néo-gambettistes, détenteurs du pouvoir.

En dernier lieu, M. Barrés a démontré comment une France fédérative, plus vivante à l'intérieur, serait nécessairement plus grande et plus forte au dehors, au point de devenir l'arbitre de la paix en Europe. Il a terminé par l'éloquente formule que nous citerons, nous aussi, en manière de conclusion, et sans affaiblir de commentaires les paroles d'une si juste philosophie politique : « Familles d'individus, voilà lés communes ; familles de communes, voilà la région ; .familles de régions, voilà la nation. . . »

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Convient-il, dans ce livre, de nommer l'affaire Dreyfus ? Je serais pourtant incomplet si je fermais ce chapitre sans parler de rinfluence de Barrés, pendant la néfaste période, sur l'action nationale.

Aux sophismes, aux arguments de « raison pure » des philosophes adverses, il opposa ce principe d'une impérieuse simplicité « la loi du relatif». La justice effective .dans un Etat, dans une société, ne saurait prendre pour base la raison pure, parce que la raison pure n'est pas une base solide ; un :* gouverhem'ent, une nation sont des choses réelles qui ne peuvent avoir comuie assises que des réalités. Le droit fondé sur la raison, c'esC l'anarchie. Et il définit merveilleusement l'affaire Dreyfus a: une orgie de philosophes ».

Est-ce que de tous les diagnostics portés sur cette douloureuse convulsion que fut pour notre pays l'affaire Dreyfus ne voilà pas le plus net, le plus profond, le plus sainement plausible ?

Il est vrai que du jour où il se permit de telles appréciations, Barrés perdit Tamitié

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de quelques « intellectuels 1> qui, ayant la veille encore protesté de leur indéfectible admiration, collaborèrent avec ses ennemis pour accoler à son nom les épithètes les plus grossières ; mais, comme il le dit, « l'homme capable de quelque philosophie prend l'habitude de mépriser les individus dont il ne partage pas les idées et de les mépriser au point que leurs injures soient inexistantes ; d'autant plus que des insultes imprimées sont, après tout, moins impressionnantes que les aboiements d'un chien :

elles n'empêchent pas de dormir. . . »

Notons enfin la fondation, en février 1900, d'une Association de la Jeunesse nationaliste qui, sous la direction active de Barrés, très florissante dès le début, consacre ses. soirées à l'étude des questions sociales.

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