‹ Notre maître Maurice BarrèsChapitre 6 sur 38 · SES ÉTUDES · texte numérisé non relu

SES ÉTUDES

Quand il eut dix ans, ses parents le firent entrer comme pensionnaire au collège de la Malgrange qui, situe non loin de Nancy, en pleine campagne, et tenu par des prêtres, promettait à cet enfant débile

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un régime relativement doux (*). Il y resta quatre années. Là il rencontra Stanislas de Guaita qui comptera, plus tard, de moitié dans sa vie, et Clochette, le futur brave qui mourut au service de Ménélick contre les Italiens, — et d'autres dont le souvenir lui est moins agréable. A cette période font allusion les lignes, touchantes comme un sanglot, qui commencent la fameuse oraison de Sous Vœil des Barbares :

Je me rappelle qu'à dix ans, quand je pleurais contre le poteau de gauche, sous le hangar au fond de la cour des petits, et que les cuistres, en me bourreaudant,"tn*affirmaient que j'étais ridicule, je m'interrogeais avec angoisse : « Plus tard, quand je serai une grande personne, est-ce que je rougirai de ce que je suis aujourd'hui ?» — Je ne sais rien que j'aime autant et qui me touche plus que ce gamin, trop sensible et trop raisonneur, qui m'implorait ainsi, il y a quinze ans. Petit garçon, tu n'avais pas tort...

(1) Un jour de l'été dernier, j'ai eu le plaisir de voyager avec le jeune écolier qui, celte année, a l'insigne honneur d*écrire ses thèmes latins sur le pupitre d'étude qui fut celui de Maurice Barrés ; l'authenlicilé de la relique, me dit le bonhomme, n'est pas douteuse : l'auteur des Démcinés prit soin d'y graver son nom 1 Pour les passionnés, quel pèlerinage à faire !

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Et encore celles-ci, du premier chapitre :

Il naquit dans l'Est de la France et dans un milieu où il n'y avait rien de méridional. Quand 11 eut dix ans, on le mit au collège où, dans une grande misère physique (sommeils écourtés, froids et humidité des récréations, nourriture grossière), il dut vivre parmi des enfants de son âge; fâcheux milieu, car à dit ans ce sont précisément les futurs goujats qui dominent par leurs hâbleries et leur vigueur, mais celui qui sera plus tard un galant homme ou un esprit fin, à dix ans, est encore dans les brouillards.

Il fut initié au rudiment par une personne apoplectique, le professeur le plus fort qu'on put voir^ car d'une seule main ce pédagogue arrachait Toreille d'un élève, qui de plus en devenait ridicule.

Et — que notre Maître me pardonne ! — voici que je déterre dans une vieille revue cette page très rancunière que lui-même peut-être a déjà oubliée et qui date de 4887.

J'ai passé mon enfance au collège, au milieu d'abominables imbéciles.

Au bout de cinq ans j'y trouvai une légère distraction : pour exercer notre mémoire on nous donna une anthologie des prosateurs français du XIXc siècle. Je possède encore ce gros volume bleuâtre. A chaque

fois que je l'ouvre, je retrouve cette joie aiguë et

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tremblante, joie enveloppée de tristesses, que nie faisait ce bon livre pendant les longues études du soir, quand, après une journée terrible, je me consolais parmi ces enchanteurs jusqu'à l'heure bénie du coucher. J'avais pour d'excellentes raisons une peur terrible des récréations. Et il ne faut pas sourire, si je dis que Charles Nodier (avec TrilbyJ, Alexandre Dumas (avec une Soirée chez Charles Nodier], Veuillot (avec Maître- AspicJ , quelques autres encore, étaient mes vrais camarades. Depuis ce temps, je les ai un peu mieux connus, les prosateurs français du XIX^ siècle. Tour à tour j'ai admiré ou négligé sur ma bibliothèque chacun de ces vieux maîtres. Que sont nos sympathies littéraires, nos opinions que chaque année modifie ! Mais jamais je ne cesserai, quoique dise mon esthétique, de les aimer, de les chérir avec un sourire un peu triste, de bénir en eux les bienfaiteurs de ce misérable temps-là.

Ah ! comme je les savourais, les moins ravissants de ces bouts de prose avec longues notices pleines d'anecdotes et de regrets sur le goût du siècle ! Pourtant la lecture n'en était pas aisée. Je veux dire qu'il était sévèrement défendu dé feuilleter le volume, çt dans l'étude consacrée aux leçons, le maître veillait à ce que nul ne se permît de lire une autre page que celle à apprendre par cœur. Quand on aime on devient subtil. J'avais des ruses. Donc un jour que je lisais adroitement la notice sur Augustin Thierry, elle me transportait. Cet homme fut si noble, si désintéressé, aveugle et parlant de ses souffrances

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supportées pour la science, avec une délicieuse simplicité de héros. Je ne puis vous dire combien ces détails ni^eoiplissaient do gô ne rosi té et de troul>le. Quand j'atteignis à Thistoire de ses débuts, comment il devint historien, et que j'appris comment à 15 ans Hsant le beau chant des Martyrs : « Pharamond, Pharamond, nous avons combattu avec la hache, » etc., il se leva, criant qu'il serait historien, je me mis à gesticuler d'aise, répétant moi aussi : « Pharamond, Pharamond. . . » désastre !

L'homme, le préposé, le surveillant, bondit... Je me souviens qu'il lisait alors, comme toujours. Les Faucheurs de la Mort. C'était sa lecture favorite et stupide... Par terreur et prudence, je m'étais coulé sous la table. D'un adroit coup de pied, m'en ayant fait sortir, il me précipita dans la boite à houille. C'était le lieu d'humiliation habituel. Pourquoi ce singulier et incommode pénitencier? Aujourd'hui encore je ne comprends rien à la fantaisie de l'affreux drôle. D'ailleurs, à, cette époque, je n'essayais guère Me connaître les motifs d'un dieu. Je m'agenouillais, errifié, dans la houille, et au bout de cinq minutes, l'horrible chaleur du poêle de fonte où j'étais presque adossé m'avait perdu d'apoplexie, névralgie et autres barbares douleurs, sans oublier l'humiliation.

Depuis, le cuistre ! il fut empalé par les Chinois qui ne purent s'habituer à son détestable caractère. Et je ne pense jamais à cette fin du mauvais diable sans être tout couvert d'une petite sueur de plaisir.

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Barrés exagère; je suis sûr qu'il n'a jamais poussé, même dans ses rancunes, la férocité jusqu'à si près de l'anthropophagie. Ces citations néanmoins n'évoquent pas en nous l'idée d'une époque heureuse. Aussi, comme il le dit, ce gamin était « trop sensible et trop raisonneur » : il ne pouvait avoir sous la férule des maîtres (voire dans la boîte à houille) et au contact des camarades qu'il n'avait pas choisis, une jeunesse satisfaite.

Cette gêne morale le poursuit, devenue plus précise, plus intellectuelle, au lycée de Nancy où, ayant terminé ses classes élémentaires, il fut mis interne. Il a dit :

Jusqu'à Fépoque de sa rhétorique on ne lui enseigna rien que de sec, décoloré et formaliste qu'il mâchait machinalement et sans y trouver de saveur. Dans ces mauvaises conditions matérielles et morales, par manque de globules sanguins et à se sentir différent de ses professeurs et camarades, il devint timide...

Du reste, si l'on veut savoir de façon exacte l'impression qu'il a gardée des études

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et de rorganisation du lycée, il iaut lire la première partie des Déracinés et la brochure sur Stanislas de Guaita. Il y est parlé de «- la platitude, de l'anarchie, du vague de la vie que fait à ses internes un collège français » et de « la règle monotone parmi des camaraderies qui fournissent peu et un enseignement qui éveille sans exciter. »

Mais c'est surtout de Taridité de sa morale kantienne qu'il tient rancune à l'Université, et l'on peut croire que l'impression profonde produite sur lui par Burdeau, — le Bouteiller des Déracinés^ qui, étant son professeur de philosophie, devint l'intermédiaire zélé de cette métaphysique subversive, — se rapporte à ces dernières années d'école.

Par bonheur, dans l'àme du jeune homme une influence vint bientôt s'opposer à celle des philosophes scholastiques : l'influence des lyriques modernes.

Si l'on se représente exactement cette nature - inquiète, subtile et curieuse, un peu vague, pendant des années nourrie d'idées abstraites, de formules sèches,

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sevrée de tons éléments de vie, — et k qui soudain se révèle un monde où Ton a le droit de rêver, de sentir, de s'émouvoir et d'analyser tout cela, on comprendra quelle réaction se produisit chez le lycéen quand Stanislas de Guaita lui apporta les livres de Théophile Gautier, de Flaubert, de Charles Baudelaire. A des degrés divers, tous les collégiens, — les internes surtout, — ont subi ce bouleversement.

Qui de nous, vers la quatrième, n'a pas un beau jour perdu le goût de Boileau ou de Bossuet pour avoir lu Sully Prudhomme ou Daudet ? Mais avouons que rarement les éléments d'une telle crise, — qui sont : la délicatesse du sujet, l'aridité du premier fond et la puissance du réactif, — se présentèrent avec une pareille intensité.

Barrés nous a raconté récemment ces années de vie nouvelle divisées entre les cours de morale de M. Burdeau, au lycée, et la lecture des lyriques, en certaine petite chambre de la rue de la Ravinelle où Stanislas de Guaita venait partager des

Victor Hugo ; mais Barrés était timide et c'est seulement beaucoup plus tard qu'il consentit à approcher le grand lyrique. .

Donc à partir du l^r janvier 1882, Maurice Barrés, étudiant près de (disons plutôt :

loin de) la Faculté de droit de Nancy, fait partie de la Jeune France,

Nous retrouvons son nom au sommaire du numéro d'avril; l'articre, intitulé Un mort de la « Jeune France )>, est un touchant hommage à la mémoire de Charles Hugo, le fils aîné du poète, mort en 1871.

Puisau fascicule de juin, c'est une nouvelle d'un sentiment poignant, le Chemin de Vinstitut, écrite, semble-t-il, un peu sous l'influence des Concourt; l'auteur y semble accorder une grande importance au décor, qu'il brosse d'ailleurs avec une remarquable expression artistique ; mais on n'y prévoit pas l'écrivain des années prochaines qui en deux mots situera son sujet dans une intense réahté de couleur, pour ne plus s'attacher qu'à l'idée. Il faut y reconnaître d'ailleurs une maîtresse page de début dont l'auteur des Déracinés n'a pas à rougir.

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C'est vers le même temps qu'il entra en relations avec Leconte de Lisle et Anatole France ; ces maîtres vénérés de la jeunesse studieuse étaient à cette époque bibliothécaires au Luxembourg ; Albert Allenet qui, chef d'un service administratif au Sénat, les voyait souvent, leur apporta des manuscrits de Maurice Barrés : ils lurent et déclarèrent que c'étaient là des témoignages d'une intelligence extraordinaire, que l'auteur de tels essais n'avait pas le droit de se soustraire à sa vocation et qu'il devait venir à Paris pour se consacrer à la littérature. — Quand plus tard Barrés débarquera dans la capitale, il trouvera chez ces maîtres (et particuhèrement chez Leconte de Lisle) plus que des encouragements et des marques d'intérêt, — une paternelle amitié.

... Et puis juillet, août, septembre, octobre, novembre passent : plus de Barrés à la Jeune France.

Enfin, au numéro de décembre, dans la Petite Correspondance de la couverture.

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cette note du directeur sans doute destinée à Stanislas de Guaita.

s. de G., à Nancy.' — Retrouvé le manuscrit R. Voulez-vous qu'on vous le renvoie? Et les belles choses promises ? Il faut ni'envoyer des chefs-d'œuvre. Je ne suis pas content : la section de Nancy ne va pas. J'aperçois là-bas, dans un coin, le nommé M. B. qui flâne k poings fermés. Ça ne peut pas durer comme ça !

Mais non, il ne flânait pas : il préparait ses malles.

En eff*et, sitôt expédié son premier examen de droit, en juillet, il était retourné à Charmes pour y passer le reste de l'année.

Et en janvier 18Ô3 il arrivait à Paris pour, selon la volonté de sa famille, y achever d'approfondir les pandectes.

Fit-il un peu de droit à Paris? Oui tout de même, car il me semble avoir entendu dire qu'il obtint le grade de licencié ; mais nous ne lui ferons pas l'injure de croire qu'il y accorda beaucoup de temps. Il était cette année-là fort absorbé par la préparation d'un volume de nouvelles sur

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lequel il fondait beaucoup d'espérances.

Outre le Chemin de rinstUiU le recueil devait comprendre des morceaux intitulés Les héroïsmes super; flits^ Deux misérables^ Nouvelle pour les rêveurs, et une autre nouvelle traduite de l'espagnol, etc. Et ce devait être intitulé : Le départ pour la vie.

Ses articles se faisaient de plus en plus rares kldiJewie France. Nous n'en trouvons plus que deux. L'un est de février 4883, consacré à M. Anatole France. Mais, quel immense progrès depuis l'étude sur Vacquerie ! Celle-ci est d'une admirable puissance d'analyse, d'une forme déjà magnifique, dégagée de toutes les conventions scolaires ; les lecteurs de la Jeune France durent probablement croire à une mystification quand ils lurent au bas d'une page une note de la rédaction avertissant . que Fauteur n'avait pas vingt ans !

L'autre article, dans la livraison de juin, est un bref éloge de Théodore de Banville prosateur, q. ce génie dont le crâne, admirablement nu, exprime un parfait mépris pour l'art des coiffeurs, en même temps

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qu'il est une perpétuelle épigramme pour la race chevelue des jeunes poètes... y>

Il est probable que ces années 4883-1884, Barrés les employa à semer sa prose dans les jeunes revues parisiennes; mais le moyen de réunir ces belles choses éparses? Et le pourrait-on, à quoi bon, puisque nous ne pouvons tout reproduire? Nous savons seulement qu'il ne put trouver d'éditeur à son Départ pour la vie (i). Bien plus, Leconte de Lisle lui-même ayant envoyé et chaleureusement recommandé à M"™e Adam Les Heroïsmes superflus (« Toujours triste. Amaryllis ! ») — cette harmonieuse fiction alexandrine qui paraîtra dans les Taches d'encre efplus tard dans Sous Vœil des Barbares avec le titre : « Désintéressement^ » — M™G Adam jugea cette prose indigne de la Nouvelle Revue et en refusa l'insertion.

Alors Barres, puisque les éditeurs ne voulaient pas l'imprimer, résolut de s'im-

(l) Pour celte môme raison une série d'essais sur le Nihilisme contemporain f rédigés vers celte époque, el plus lard annoncés dans les Taches cV encre , n'ont jamais paru.

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primer lui-même. Et il fonda les Taches d'encre.

Les Taches d'encre, gazette mensuelle par Maurice Barrés. — Broqhure de luxe, format in-i8 jésus, do cinquante à cent pages environ {sic) devant paraître le cinq de chaque mois, du 5 novembre 84 au 5 octobre 85. — Le numéro : un franc.

Les Taches d'encre n'auront que douze numéros et pas de collaborateurs.

Pour tout ce qui concerne l'administration, les abonnements, annonces, réclamations et la rédaction, s'adresser à M. Maurice Barrés, 76, rue Notre- Dame-des-Gliamps, Paris.

Telle se présentait, à la date du 5 novembre 1884, la première livraison du nouvel organe.

On se rappelle la façon ingénieuse dont il la lança.

M"»e Giovis Hugues, diffamée par un nommé Morin, venait de le tuer au Palais de Justice d'un coup de revolver ; ie soir même des hommes-sandwich sillonnèrent les boulevards, promenant des affiches ainsi conçues :

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Trois mois chez m. babeès 49

MORliN

NE LIRA PLUS LES ^ TACHES d'eNCRE. 1&

Malgré cette sensatioanolle publicité où je ne reconnais pas Barrés, totalement dépourvu du génie de la réclame, — ce premier fascicule n'eut aucun succès. La critique l'ignora, sauf M. Jules Claretie qui, dans sa Vie à Paris du Temps, lui consacra ces trois lignes :

a: Je reçois une petite brochure intitulée Taches d'encre et signée Maurice Barrés. Ce nom ne vous dit rien? Retenez-le : il deviendra célèbre. »

Encore, M. Claretie qui réunissait au bout de l'an tous ses articles en un volume, jugea-t-il convenable d'en retrancher sa judicieuse prophétie.

Vu l'accueil peu encourageant fait à ce premier numéro, le rédacteur ne s'empressa guère de faire paraître le second à la date promise. Il s'excusa dans une préface ironique.

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Le troisième se fit encore désirer plus longtemps ; d'où cette note liminaire :

La Rédaction ayant eu la grippe, ce numéro, comme les précédents, subit un retard.

Nous comptons nous astreindre rarement à la date fixée. Nous paraissons tous les mois, vers le cinq.

Nous ne pouvons malheureusement nous attarder à analyser chacun des articles de la curieuse gazette ; notons pourtant, dans ce troisième numéro, une effroyable tromperie sur la marchandise. Il s'agit de la nouvelle traduite de Filippe Daiguo. Apprenez donc, lecteurs crédules, que vous avez été indignement joués ; Filippe Daiguo n'a jamais existé ; cela dévoilé, si vous avez bon caractère vous allez bien rire en relisant la préface :

Nous traduisons partie d'une nouvelle publiée il y a peu, dans la Revista nova, organe du mouvement littéraire jeune au Brésil et au Portugal (1).

Avec des maladresses évidentes et une substance intellectuelle assez pauvre, cette nouvelle qui rap-

(1) Nova libraria Internacional, Lisboa, 96, rua do Arsenal. {Note de la rédaction des « Taches d'encre, »)

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TROIS MÛJS CHEZ M. BAÏARES

pelle de près nos plus sentimentales romances en même temps qu'elle trahit l'influenGe de l'effort naturaliste français, valut à son auteur, S. Filippe Daiguo, jeune magistrat brésilien, une suspension de ses pouvoirs. Au bout de quelques semaines, il fut réintégré, grâce à une pétition des plus éminents littérateurs portugais, espagnols et brésiliens.

Et pour comble de toupet, il ajoute :

La presse en fit grand tapage.

Quant à la quatrième livraison, il est visible que « la Rédaction » s'en est désintéressée. Les Héroïsmes superflus, — ce fameux chapitre du futur Sous Vœil des Barbares, qui depuis un an se morfondait au fond d'un tiroir, — escortés d'une légère « gazette du mois » et de quelques « moralités » en font l'affaire. Encore le gérant abuse-t-il de la latitude qu'il s'est octroyée dès le principe de fournir à chaque numéro « de cinquante à cent pages... environ »; ce quatrième n'en comprend que quarante.

Et puis c'est fini ! les Taches d'Encre ne paraîtront plus. J'imagine que leurs lecteurs (en eurent-elles en ce temps-là ?) ont

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dû les regretter ; d'autant plus que le rédacteur commençait à se civiliser : il s'était assuré des annonces (cours de piano, de littérature etc.) et même un a: Bulletin financier » ; il est vrai qu'à ce « Bulletin financier y> il n'eut pas été très prudent de se fier, Barrés continuant à s'affirmer, en tête de chaque numéro, le seul rédacteur de la publication.

Si les Taches d*encre ne portèrent pas bien loin le nom de leur auteur, la faute en revient pour la plus grande part à l'éditeur.

Car Barrés, en assumant à lui tout seul la rédaction de son périodique, avait voulu se décharger de toute préoccupation administrative et il s'était assuré un éditeur : un jeune homme frais émoulu du service militaire qui se prétendait une irrésistible vocation de vulgariser les idées de ses contemporains.

Cet autre débutant accepta donc de publier la ce gazette mensuelle ». Il se fit d'abord remettre l'argent nécessaire à Tim-

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pression, puis l'argent indispensable pour le service de presse et les envois aux libraires de province.

La Rédaction, ayant écrit et payé, jugea son devoir accompli et, royalement, se désintéressa de TafTaire.

Quand le quatrième et dernier numéro fut paru. Barrés s'en fut pourtant chez son éditeur réclamer les invendus; celui-ci, impirudemment, lui fit voir le stock considérable. . . Barrés compta et avec stupéfaction constata que vente, dépôts et service de presse compris, onze exemplaires manquaient au tirage intégral de chaque numéro, — les dix réclamés par le rédacteur pour ses hommages personnels, plus un :

celui de Claretie probablement. . .

L'éditeur avait borné son rôle à encaisser l'argent et à dépêcher les Taches d*encre dans sa cave.*

Depuis, elles ont été enlevées d'enthousiasme et les collections en valent très cher aujourd'hui, — celles surtout dont Barrés, à l'aide de sa fine plume, a moucheté les couvertures de taches d'encre d'une très belle venue (non signées cependant).

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