DES BARBARES AU PALAIS BOURBON
Donc ces quatre fascicules d'essai qui, produits dans des conditions plus favorables à leur mise en lumière, eussent sûrement forcé Tattention du monde littéraire et fait sacr?r leur auteur, selon la formule, oc écrivain de grand avenir, 1> ne révélèrent pas Maurice Barrés. On cite souvent Fauteur des Déracinés comme un type * de d rapide arrivé 5), la légende veut que les déboires inséparables de tout début dans la carrière des lettres lui aient été épargnés : c'est le contraire qui est vrai et son exemple peut servir à prouver qu'il ne suffit pas, pour être célèbre du jour au lendemain, d'écrire des chefs-d'œuvre.
a: Après les Taches d'Encre, écrit Jean Moréas, Barrés donna à La Vie Moderne^ à la Revue Illustrée^ à la Revue des Lettres et des Arts^ au Paris Illustré, etc., des pages savantes et spirituelles tour à tour. Dans le Voltaire, il se révéla chroniqueur brillant et combattit. . . y>
Qui retrouvera les beaux articles qu'il
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dispersa dans ces feuilles d'alors et dont l'ensemble serait si précieux pour établir par quelles étapes successives il parvint à la découverte du a: Moi d?
On nous a procuré la collection complète d'une revue mensuelle qu'il fonda en novembre 4886, de concert avec M. Charles Le Gofflc et qui est aujourd'hui bien injustement oubliée : les Chroniques. Barrés y donnait réguhèrement une spirituelle « Chronique de Paris, » et les noms qui suivaient étaient ceux Le Gofflc, Jules Tellier, Verlaine, Jules Lemaître, Paul Bourget, Henry Bérenger, Hugues Le Roux, etc.
Elle vécut juste une année ; j'imagine que sa disparition dut étonner car, à l'inverse des Taches d'Encre, jusqu'au dernier numéro elle augmenta le nombre de ses pages et multiplia celui de ses rédacteurs. . . Mais Le Gofflc, devenu agrégé de l'Université, voulait travailler à son doctorat et Barres, frappé de surmenage cérébral, était condamné au repos par son docteur.
C'est vers la fin de janvier 1887 que le cerveau de Maurice Barrés fut mis en in-
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terdit par les médecins ; Tatmosphère parisienne menaçait de désagréger ses méninges : sous le ciel bleu du Midi seulement ils se pouvaient recoaguler. Le malade s'en fut donc en Italie, où il travailla comme par le passé, et c'est là-bas qu'il jeta les plans, réunit les idées maîtresses, écrivit les pages principales de Sous Vœil des Barbares ; quand il revint à Paris, en avril, son manuscrit raturé sur toutes les plages méditerranéennes était presque entièrement terminé.
La Revue contemporaine venait de paraître sous la direction de MM. Emile Hennequin (aujourd'hui mort), et Adrien Renâcle (enfermé comme fou) ; elle fit appel au convalescent, qui offrit son œuvre nouvelle.
On la lut, — et on la lui renvoya : ça manquait d'intérêt; une autre machine de qualité plus banale ferait mieux l'affaire.
Cependant, pour lui faire plaisir, — et après tout ilfallait bien ménager un collaborateur auquel ses amis prédisaient un bel avenir, -^ on consentit à insérer un chapitre.
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Barres ne s'arrêta pas à ce niauvais augure ; il cherchait un éditeur et il le trcmvn. Sous Vœil des Barbares parut avec restanipille de Thomme qui bêche en fin 1887 (i).
Presque immédiatement, il eut des difficultés, je ne sais de quel ordre, avec M.
Alphonse Lemerre ; il semble même que l'édition ait été retirée. Elle ne figure pas sur les catalogues. En tous cas l'auteur n'en dut éprouver aucun désespoir : à l'exception de quelques jeunes revues et de journaux bien intentionnés mais sans autorité ni compétence, la presse s'entôtait à méconnaître l'œuvre, la critique à l'ignorer.
Il repartit en Italie.
Sous Vœil des Barbares, c'était condensées en une prose enveloppante et nuancée, d'une saveur inédite, cinq années d'expériences désabusées, de susceptibilités froissées, d'émotions étudiées; la résultante de toute une jeunesse rêveuse et subtile.
M) C'est donc inexactoincnl quo celle iM'cmici'e éiiitioii porle la date de 1888.
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Après rinsuccès immérité des premiers essais, Tavortement de l'œuvre si amoureusement ciselée eut découragé tout autre mais lui, la sachant bonne puisque sincère et nouvelle, persuadé que tôt ou tard on devrait lui rendre justice, il se dit simplement que c'était là un fâcheux contre temps, un retard très désagréable.
La pensée ne lui vint pas que peut-être son Idée devait n'être comprise jamais et qu'il serait prudent de brûler ce qu'il avait adoré pour adopter une éthique plus facilement populaire.
Le doute et le découragement eurent si peu de prise sur cet énergique, qu'immédiatement il s'occupa de donner à ses Barbares une suite, — qui fut, plus tard, Un homme libre.
Un de ces jours d'ennui et de sécheresse qu'il décrivit si bien dans ses livres, il se trouvait à Venise (^) dans le grand hall d'un
(1) Il avait loué à Venise un appartement situé Fondamenta di Bvafjadino, sur le quai d'un canal qui va de l'Acadcmic des Beaux- Arts au canal Jiudecca.
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hôtel; isolé, désœuvré, ses cigares lui étaient d'une fadeur écœurante ; leurs volutes bleues n'exaltaient pas les précieux enthousiasmes qu'il se plaisait à étudier, et son impuissance l'accablait. Machinalement, il saisit sur une table voisine la hampe d'un numéro du Journal des Débats.
Il le déroula et lut avec stupéfaction, en tête du premier-Paris, son nom. Un éloge émerveillé de Sous Vœil des Barbares, signé Paul Bourget.
Le grelot était attaché ; les critiques se souvinrent subitement avoir reçu des exemplaires, et déclarèrent qu'en effet le livre de ce jeune homme était très particulier ; les revues jeunes adorèrent ; Francisque Sarcey se vanta de n'y voir goutte et en profita pour éreinter l'auteur avec le volume : dès lors le succès fut complet.
En quinze jours. Barrés était devenu célèbre.
Nous verrons'plus loin comment, dès ces débuts, Maurice Barres s'affirmait le chef attendu par la jeunesse lettrée, réno-
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valeur de procédés litL'iaires ineptes et surannés, créateur d'une philosophie nouvelle et vraiment libératrice de Tesprit.
Tout de suite il eut des ennemis. Ils accordèrent que le jeune maître excellait à tirer dans une obscurité assez agréable des fusées de paradoxes à la vérité ingénieux, mais qu'il était convenable tout au plus pour les badauds de s'attarder à la contemplation de tels feux d'artifice, simplement bizarres et, — s'ils étaient destinés à durer, — bientôt monotones et fastidieux,
Une série d'articles fort commentés vint à point démontrer que Barres n'était pas l'homme d'une seule idée et qu'il était destiné non à lancer des fusées, mais à projeter de grandes nappes de lumière.
La crise boulangiste commençait à échauffer les esprits. Barrés envoya, de Venise, à la Revue Indépendante des pages sur le boulangisme qui firent sensation; la situation morale plutôt encore que politique du pays y .était envisagea avec une merveilleuse netteté. P'rancis Magnard lui demanda des articles pour le Figaro ; ce furent
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les <L Notes d'un fettré mécontent. » L'auteur en réunit plus tard quelques uns en une brochure intitulée Boulangisme, mais, toujours à la suite de déniêlés avec son éditeur, il détruisit l'édition avant la mise en vente ; un seul exemplaire en subsiste portant cette mention manuscrite :
Cette brochure était tirée et allait être mise en vente quand je m'y suis refusé à la suite de la mauvaise attitude de l'éditeur qui croyait pouvoir peser sur moi en escomptant l'intérêt moral que j'avais à publier ies idées ci-contenues. l\ n'en fut donc sauvé que cet unique exemplaire. Il n'en reste pas d'autres. — M. B.
De cette plaquette nous avons pu copier les pages suivantes qui sont en quelque sorte la préface. . Elles serviront utilement à faire connaître le ton des articles de Barrés vers cette époque :
En 1880, nous avions dans le lycée de province où je terrpinais mes études, un professeur infiniment distingué. Il remplissait nos esprits des plus brillantes hypothèses de la pensée contemporaine ; il fortifiait nos jeunes ambitions dans des entretiens amicaux et graves. Tous ses élèves furent consternés quand,
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un peu pâle d'émotion, il nous apprit qu'un ministre l'appelait à Paris. La dernière classe fut une belle causerie. A chacun de nous, cet homme supérieur indiqua la carrière où nous pourrions nous honorer. Gomme il aimait à ne décourager personne, il me parla de la vie littéraire. Tous nous étions debout, quand solennellement il nous assura qu'à quelque heure de la vie que nous l'abordassions il se souviendrait de cette année de noble amitié.
Quatre ans plus tard, j'étais à Paris, et nous publiions avec quelques camarades la Bévue Coniemporalne. Nous gardons une certaine fieité de ce recueil où Rod publia son admirable Course à la Mort, Hennequin ses critiques scientifiques, Garaguel un Vallès très fort, Jean Moréas, Jean Lorrain, Morhardt, Charles Morice, des vers qui ont fait école, Paul Adam, Remacle, G. Sarrazin des pages savantes ou précieuses. Il fallait aller jusqu'au public. Chacun de nous utilisait ses relations. Mon ancien professeur, devenu député, presque ministre (l), considérable dans diverses feuilles, me reçut affectueusement :
— Comment, me dit-il, votre revue ne renferme-t-elle pas une chronique politique?
— Nous sommes des artistes simplement, qu'agite peu la chose publique.
— Des jeunes gens de valeur et d'énergie peuvent-
(1) On a deviné qu'il s'agit ici de M. Hurdcau On remarquera quelle analogie existe entre ce récit et le début des Dét^acinés. (Noie de l'auteur.)
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ils négliger leur devoir qui est de contribuer à l'éducation nationale ?
— C'est que nous n'avons de talent et d'entrain que pour les belles phrases et les idées pas vulgaires.
— Voil^ qui est peu !
— ... Nous croyons, laissez-moi vous le dire, que si nous réussissons à mettre sur pied deux cents pages élégantes et pleines,, chaque mris, nous aurons mieux servi notre pays qu'en faisant le maître d'école.
— Le maître d'école, monsieur (et il se leva), je le tiens supérieur au plus grand artiste qui s'enferme dans son œuvre. La génération que vous êtes inquiète les francs républicains : ceux de naissance — et ceux môme de raisonnement, que je n'aime guère. On vous voit une secrète aristocratie de pensée ; cela est malsain. L'école primaire d'un petit village est supérieure au bureau de revue où l'on ne se plait qu'à orner des rêves.
... Cet esprit d'une merveilleuse culture, dans la fièvre de son intrigue politique, en quelques années, s'était desséché jusqu'à n'être plus qu'un fanatique. Je le dis avec netteté : le livre, la parole, toute la pensée humaine, pour lui, n'ont plus d'autre but que de produire des électeurs.
Ce n'est pas un cas particulier. Nos hommes politiques e.i arrivent à croire qu'apprendre la règle de trois et donner une vague idée de l'évolution à mille individus est un résultat infiniment plus important qu'une expérience de Claude Bernard ou qu'une sta-
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tue de Falguière. L'erreur épouvantable ! Un peuple est plus certainement grand si l'un des siens arrive à une belle découverte scientifique que si le nonibre des citoyens sachant signer leur contrat de njariage est augmenté de 2 %. Ce qui est indispensable à la France, c'est qu'un Taine, un Berthelot, un Puvis de Chavannes existent.
... Savants, artistes et professeurs du haut enseignement savent bien que la liste est inépuisable des injures faites à la haute culture par deux mille médiocres qui assourdissent et déshonorent la troisième République.
Les barbares ont si fort maltraité nos maîtres que ces grands esprits lassé.î n'ont plus confiance en quelque changement que ce soit. Qu'ils continuent à s'attrister sans agir, soit! Leur amertume nous enseigne suffisamment quelle attitude joyeuse nous devons prendre devant les soubresauts de ce parlementarisme qui agonise.
Bavards du Palais-Bourbon, il vous plait d'affirmer au peuple que vous fûtes martyrs sous l'inquisition, martyrs à la Bastille, héros en 93 et martyrs sous Napoléon III ; mais cela prouve simplement que vous avez la vie très dure et que, cette fois-ci, il convient de s'appliquer avec un soin minutieux à vous étoufl'er définitivement. La jeunesse intellectuelle y veillera.
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Uardeur de ce jeune philosophe clairvoyant et combatif, dont un public choisi faisait grand cas, avait attiré Tattention du général Boulanger, qui pria Laguerre de solliciter sa collaboration à la Presse. L'année suivante — exactement le l^^ janvier 1889, — invité par des personnalités lorraines à prendre la direction d'un journal nancéien, le Courrier de Meurthe-et-Moselle^ il accepta et vint à Nancy installer comme rédacteur en chef de son organe M. Paul Adam. Il paraît que ce ne fut pas sans difficultés; témoin l'article que nous trouvons dans le Figaro à la date du 10 janvier 1890 et dont nous détachons les passages suivants :
J'ai une ou deux idées, deux ou trois sentiments que Tordre des choses actuel ne satisfait pas. Il en résulte que j'aime le général Boulanger ; ce qui s'appelle être révisionniste.
Je pourrais me contenter de discuter tous les soirs, une heure ou deux, sur la meilleure des constitutions, mais je suis naturellement doué pour rédiger mes opinions. . .
Des citoyens de l'Est me firent l'honneur de m'appeler dans leur région où l'opportuniste est encore intact. Précisément, à Nancy, le rédacteur oppor-
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tuniste du Courrier de Meurthe et Moselle est un libraire qui, très fatigué de son double conomerCe, cherchait à se défaire de son journal. Le prince Edmond de Polignac et moi nous accueillîmes ses propositions. Et, au ier janvier, j'arrivai passer quelques jours à Nancy pour installer au journal mon ami Paul Adam.
Manifestant une vive joie de ce qu'il pouvait se consacrer exclusivement à la vente de ses maroquins de nouvelle année, M. Sordoillet nous céda la place. Je m'étais assuré la collaboration d'écrivains parisiens ; le concours des groupes révisionnistes de la Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et des Vosges ne me fit pas défaut et nous publiâmes trois numéros. Puis un samedi, vers midi, je dis à Paul Adam : a Le journal d'aujourd'hui est bâti, les épreuves corrigées ; allons patiner tout le jour et dîner à la campagne avant que je reparte pour Paris. »
Quelle ne fut pas au soir la stupeur de nos amis ! en première page du journal, au lieu des justes quolibets antiparlementaires qu'ils attendaient, s'étalait un article violemment antiboulangiste. On m'appela, j'accourus, j'appris qu'uri individu, sitôt notre départ, s'était introduit dans nos bureaux, avait imposé aux lieu et place de notre bulletin une longue tartine (simplement copiée dans le Temps), puis avait pour toute explication glissé dans un coin du journal cette phrase singulière, pareille à celles qui harcèlent le fou dans ses pires cauchemars : a La politique ne veut pas me lâcher. » Et, signe plus particuher de
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démence, l'inconnu avait ajouté : « Inutile de donner des explications. »
J'accorde que cette dernière phrase, au cas particulier, dépassait en comique tout le répertoire des Ghivot et Duru. Aussi, je l'avoue, je me crus halluciné. « Mais c'est un dément, » disais-je. — « C'est un opportuniste », me répliquèrent avec un grand sens les Nancéiéns. Je voulais prévenir un médecin, ils allèrent chercher le gendarme. Cependant nous frappions à la porte close de mes bureaux. L'inconnu fit le muet; on n'entendait que des papiers froissés et un léger souffle d'enfant : c'était mon prédécesseur opportuniste...
Nous allâmes devant le juge. J'entendis un avocat déclamer ses souvenirs anecdotiques du 2 décembre ; et un avoué me fatigua par l'intempérance de sa mauvaise éducation.
Au reste, après trois jours, je fus triomphalement restitué dans mon journal et dans ma correspondance, que mon impérieux suppléant avait tout à fait négligé de me faire tenir.
... J'invitai M.* Sordoillet à m'exposer les mobiles de son acte. Lui et son conseiller, un notable opportuniste du lieu, je les reçus dans mon cabinet :
« Avouez, me dirent-ils, avouez que c'était un tour audacieux. » La franchise de ce début m'enchanta. Ils me firent savoir qu'ils étaient prêts à aller en appel, à traîner le procès au-delà des élections générales ; ils s'adressèrent à mon bon sens. « Vos droits, disaient-ils, sont incontestables; mais
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la dépense nous importe peu ! Que vous allez avoir de difficultés ! Le tribunal, dans la suite, vous accordera des dommages-intérêts ! Sans doute. Mais en serez-vous bien avancés s'il vous faut renoncer à faire paraître votre journal précisément à cette heure de rutte? »
C'est ainsi qu'ayant triomphé près du juge, je suis pourtant contraint de transiger avec les ingénieux opportunistes de Nancy. . .
. . . J'ajouterai que l'homme de goût se consolerait avec peine d'être privé de l'anecdote que j'ai contée, où des journalistes fortifient leur escrime d'une savate aussi particulière.
Entre temps, il faisait paraître sa brochure Huit jours chez M. Renan ^ un chefd'œuvre de critique ironique et de fine observation qui eut un succès énorme.
Renan, mal informé sur le caractère de l'auteur, s'offensa et dans un banquet celtique protesta non sans amertume contre le tour que lui jouait un prétendu disciple.
Plus tard, édifié sur les intentions de Barrés, il revint à de meilleurs sentiments et apprécia comme il convenait la déUcate et spirituelle fantaisie. Cette plaquette devait être la première d'une série intitulée
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« Les Dialogues Parisiens » ; celles à venir auraient eu pour titres : Le Banquet, M.
Taine en voyage, etc. Mais l'expérience ayant fait craindre au jeune écrivain que des personnages qu'il aimait ne fussent froissés de telles boutades, il résolut de ne pas les publier (i).
i Et tout cela ne l'empêchait pas de mettre la dernière main au second volume de la trilogie du Moi, U71 homme libre^ qui parut dans les premiers mois de 1889. Ah ! les médecins en virent de drôles avec leur « anémie cérébrale ! ^
L'époque approchait des élections législatives où deux partis puissants allaient se donner mutuellement l'assaut. Des Nancéiens influents vinrent à Barrés et lui proposèrent de s'engager comme champion dans la bataille prochaine ; des groupes populaires le pressaient d'accepter et de porter sur un terrain réel la-lutte qu'il avait si
(1) Quelques fragments cependant de la plaquette projetée sur M. Taine ont été refondus dans un chapitre de Du sang, de la volupté et de la mort. (Les Jardins de Lombardie).
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bien commencée dans les domaines de ridée. Dure perspective, car l'opportunisme s'était solidement installé dans le pays et déjà il rugissait comme le tigre qu'on fait mine de vouloir déranger de sa curée !
Barrés n'hésita pas : il pensa que de toutes les méthodes d'action celle-là était la meilleure puisqu'elle lui permettait de servir ses idées en même temps que son pays ; .
de plus c'était l'occasion d'une lutte en elle-même assez passionnante...
Quelques mois après, à la suite d'une campagne menée avec une énergie qui est demeurée légendaire là-bas, il était député de Nancy.