CES DIX DERNIÈRES ANNÉES
Les vingt-cinq ans du nouveau député, l'importance de la circonscription qui l'avait élu, le prestige d'un nom déjà célèbre dans les lettres, firent de son entrée à la Chambre un événement parisien. Il y arriva un bras en écharpe, à cause d'un coup d'épée reçu quelques jours auparavant, — dernier souvenir d'une campagne turbulente, — et ce petit détail défraya la chronique.
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Mais le groupe boulangiste par son petit nombre était voué à Timpuissance, sinon au silence. Barrés ne put aborder la tribune aussi souvent qu'il l'eût désiré; tout au moins les quelques fois qu'il parla sut-il se faire écouter (^).
Ses adversaires ne pouvaient lui refuser la tribune du journal. Quelques articles sur la terreur panamiste à la Chambre, publiés dans le Figaro sous le titre de Leurs figures, sont restés célèbres dans les annales du journalisme ; Francisque Sarcey lui-même les comprit et il déclara que depuis Saint- Simon la littérature française n'avait pas produit de pages aussi vigoureusement burinées.
Toutefois la vie active n'absorbait pas complètement le député. Il donna en 1890 (2) son dernier volume d'études du Moi : le Jardin de Bérénice, dont la délicatesse profonde gagna même la foule de ceux qui ne pouvaient en apprécier le sens symbolique.
Ce petit livre tendre et touchant devint
(1) Voir plus loin § Pourquoi il voulut être député,
(2) La première édition porte à jort la date de 1891.
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7â NOTRE MAITBE MAUBICE BARRÉS
bientôt pour les mondaines, les petites femmes élégantes, le manuel à la mode. Je ne pense pas, du reste^ que rauteur Fait écrit eo vue de ce public spécial, qu'il ne dédaigne ni ne recherche. Barres a été sûrement plus touché d'apprendre que rimpératrice d'Autriche en avait fait son hvre favori, qu'elle le savait presque par cœur et y recourait souvent.
Puis ce furent des brochures très minces, mais essentielles pour Fintelligence du Moi : Examen des trois volumes (janvier 1891) ; Trois stations de psychothérapie (1891) ; Toute Licence sauf contre Vamour (1892).
L'Ennemi des lois^ publié en 1892, eut un succès moindre près du grand public, — à cause probablement d'un développement de doctrines en faveur desquelles il est mal prévenu.
Aux élections de 1893, il ne sollicita pas de ses électeurs de Nancy le renouvellement de son mandat, mais posa sa candidature à Neuilly, oii il arriva en tête au premier tour et échoua de 45 voix.
Cet échec ne le fit pas renoncer à la
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TROIS BIOIS CHEZ M. B AERES 73
politique. Quand on a des idées à propager des doctrines à comljattre^ tons les moyens honorables sont bons, pourv^u qu'on réussisse. Le chemin du Palais-Bourbon lui étant barré, il prit celui du théâtre. Ceux même qui sont étrangers aux événements des lettres ont encore présents à la mémoire rémotion que causèrent dans le public en février 1894, les triomphes que furent pour Maurice Barrés les représentations d'Une journée parlementaire, et les discussions que suscita l'interdiction, par le gouvernement, de ce terrible tableau des mœurs panamistes. . .
Un succès plus délicat l'attendait avec ce merveilleux bréviaire du dilettante : Bu sang, de la volupté et de la mort où sont enfermées tant de déhcates idées et de fortes couleurs.
Mais cette vie passive ne satisfait plus son besoin d'action. Le 5 septembre 1894, il prend la direction de la Cocarde. Ce journal « avec ses grands titres qui offensent le typographe classique, avec ses éditions successives, ses crieurs sur le boulevard, »
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lui fut un admirable instrument. Il y mena une vigoureuse campagne en faveur des idées de décentralisation et groupa autour de lui toute une élite de jeunes publicistes. Individualisme et solidarité, telle fut la devise du nouvel organe; le but de son action fut de concilier ces deux termes où Ton a tort de voir une irréductible antinomie : rindividu et la collectivité, et c'est le système fédéral qu'il préconisait comme unique moyen de régénération sociale.
Les amis de Barrés ne lui pardonnaient pas de délaisser la littérature pour le journalisme ; après le sixième mois (6 mai 1895), ayant orienté vers des horizons précis une génération de jeunes idéologues et publié des doctrines qui depuis n'ont pas cessé de se développer dans l'élite, puis dans la foule. Barrés quitta la Cocarde.
Dès cette époque, il se passionna pour cette question de réorganisation nationale, — qui fat toujours sienne, du reste, même dès ses débuts — et il ne quitta le journal que pour se prodiguer en conférences. A Marseille^ à Bordeaux, on le vit remporter
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des succès qui montrèrent combien les moyens qu'il proposait d'une renaissance nationale répondaient aux vœux et aux besoins de la province.
Et ce sont encore les mêmes idées qu'il exprime sous une forme moins abstraite dans le ^i Roman de l'Energie nationale ».
Le premier volume de cette nouvelle trilogie, paru en 1897, les Déracinés, fît apprécier Barres des profondes masses où n'avaient pu pénétrer (sauf peut-être le Jardin de Bérénice) les manuels trop spéciaux de la culture du Moi. C'était d'ailleurs comme un nouvel écrivain qui se révélait, non plus rêveur et ironique, mais remueur (ordonnateur serait plus juste) d'idées précises, enfermées dans des phrases d'une éloquence vigoureuse.
Puis c'est l'affaire Dreyfus ; des paquets d'articles de journaux, dont un entre autres, le premier de la série, sur le rôle des « intellectuels » dans l'affaire lui valut les injures de tout le camp révisionniste. Ah !
les petits amis, comme depuis ce jour-là ils ont été tendres pour leur maître, et tou-
chants de reconnaissance, et désintéressés dans leur débauche de philosophie ! . . .
Arrive Tannée 1898 et la période électorale . . . Mais n'anticipons pas.
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