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Il faut noter :
Que les chiffres donnés ci dessus pour les années 1899-1903 ne sont qu'approximatifs. Ils dépendent, en premier lieu, des disponibilités de main-d'œuvre dans les arsenaux, lesquelles pourront faire varier, dans une certaine mesure, la répartition des dépenses entre l'industrie privée et les chantiers de l'État; en second lieu, des crédits qui seront votés chaque année
par le Parlement au titre des constructions neuves ; Qu'en toute hypothèse, il n*est pas possible de fixer par avance la part qui reviendra à chacun des chantiers dans la somme totale des commandes faites à rindustrie privée, attendu que cette répartition dépendra des résultats donnés par les adjudications, après appel à la concurrence.
(( Dans la question qui nous occupe, a dit M. Durassier, directeur au Ministère, de la Marine, ce qui importe, c'est de classer, de sérier les intérêts selon le degré d'importance, de généralité et d'urgence par rapport à la puissance de la France. Il faut dégager l'intérêt national. Eh bien, de ces trois intérêts : celui de l'armement, auquel est intimement lié l'intérêt des marins de nos ports, celui de l'industrie et du commerce d'exportation, celui des constructions navales, je dis que le dernier, si important qu'il soit, n'est pas, dans les conjonctures présentes, celui qui doit primer les autres. Le sort de nos chantiers est moins alarmant, leurs souffrances appellent un remède moins urgent que l'armement.
(( Donc, il faut porter secours en premier lieu à l'armement; d'abord parce que c'est de lui que découle le sort des nombreux marins qu'il emploie et salarie, ensuite parce que c'est de lui que dépend aussi, dans une mesure malheureusement moins grande qu'on le souhaiterait, mais qui n'est pourtant pas négligeable, le bateau à construire ou à réparer.
(( Il ne faut pas rapetisser cette question de la marine en la réduisant seulement à l'étude d'un régime de faveur à accorder à une industrie particu-
lière. Il faut tenir compte de rimportance de la grande fonction économique à laquelle répond la marine marchande.
(( La marine marchande mérite un régime d'exception parce qu'elle n'est pas une industrie au même titre que les autres. C'est une force, une force d'expansion commerciale.
« La navire est l'instrument de propagation le plus puissant des produits d'un pays. A tort ou à raison la marchandise qui arrive sur un marché d'outremer possède, avec le pavillon qui la couvre, une sorte de solidarité qui, aux yeux du consommateur étranger, se confond avec le pays d'origine et se substitue en quelque sorte à la marque de fabrique. Que de produits de fabrication française passent à l'étranger pour des articles anglais, uniquement parce qu'ils sont apportés par des navires anglais! Et nos concurrents se gardent bien de rien faire pour dissiper une confusion qui leur profite. Grâce à cette sorte de démarquage de nos produits, ils laissent leurs clients prendre l'habitude d'adresser leurs commandes aux maisons anglaises.
(( Une saine politique commerciale, dans un pays qui, comme le nôtre, est admirablement situé pour rayonner économiquement, doit donc consister, non pas sans doute à sacrifier les autres branches d'industrie à la marine marchande, mais à ne rien négliger pour porter cet instrument de diffusion commerciale par excellence à son maximum de développement, ou tout au moins à la maintenir sur un pied d'égalité vis-à-vis de la concurrence étrangère. »
Nous partageons entièrement l'opinion de M. Du-
rassier. Nos chantiers construisent certainement avec une grande perfection, et personne plus que nous n'est disposé à le reconnaître et à le proclamer; mais ils ont deux grands défauts : la cherté et la lenteur. De plus, nous n'avons pas en France de marché de bateaux; on n'en trouve jamais de tout faits et il faut toujours les commander, ce qui entraîne de longs délais et paralyse l'armateur dans l'accomplissement de tel ou tel projet qu'il faudrait réaliser promptement pour pouvoir le mener à bien.
Nos chantiers de construction peuvent être employés par les Compagnies subventionnées ; mais ils sont matériellement inabordables pour la marine marchande libre.
Afin qu'on puisse se rendre compte du rôle joué par la prime à la construction, nous avons relevé les allocations de cette nature attribuées à neuf navires de différents tonnages, construits dans ces dernières années, et nous avons dressé le tableau suivant :