‹ Notre marine marchandeChapitre 9 sur 83 · Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

Voir aux Annexes

soit sur les étangs ou canaux salés compris dans le domaine public maritime, soit dans les fleuves, rivières et canaux jusqu'au point où remonte la marée et, pour ceux où il n'y a pas de marée, jusqu'à l'endroit où les bâtiments de mer peuvent remonter.

Tous ces ressortissants à l'inscription maritime sont soumis à un régime particulier qui comporte des dérogations profondes au statut personnel civil, militaire et même social du reste des Français. A des obligations très étroites et de longue durée correspondent des avantages sérieux, qui font véritablement des marins une classe à part. Si nous en avions la place et le loisir, il nous serait possible de tirer de l'étude complète de quelques uns de ces articles' un parallèle intéressant entre ce qui a été fait par notre population maritime et les projets que d'aucuns voudraient réaliser en faveur de notre population ouvrière. Nous aurions à relever des analogies frappantes, par exemple, entre l'organisation adoptée pour les pensions et secours sur la caisse des invalides de la marine et les pensions pour les travailleurs que l'on désirerait créer sous un nom ou sous un titre quelconque.

En vertu de l'article 12 de la loi du 30 janvier 1893, il est prélevé sur le montant des primes instituées par ladite loi une retenue de 4 p. 100 pour être versée à la caisse des invalides de la marine. Le produit de cette retenue est affecté à l'allocation de secours aux marins français victimes des naufrages et autres accidents ou à leurs familles, soit à des subventions aux chambres de commerce ou à des établissements d'utilité publique, pour la création et l'entretien dans les

ports français d^hôtels de marine destinés à faciliter à la population maritime le logement, Texistence et le placement ou de toutes autres institutions analogues.

D'autre part, une loi récemment votée a décidé la création d'une caisse de prévoyance entre les marins contre les risques et accidents de leur profession.

D'après cette loi, la caisse de prévoyance est alimentée :

Par la cotisation des participants, c'est-à-dire des inscrits maritimes, fixée à la moitié des taxes perçues sur leurs gains de salaires en faveur de la caisse des invalides ;

Par les apports des propriétaires ou armateurs de navires, apports qui seront égaux au montant de ceux acquittés par leurs équipages ;

Par les dons ou legs des particuliers et par les subsides éventuels des départements, des communes, etc. ;

Lorsqu'il y a lieu, par des avances de l'Etat.

La caisse de prévoyance payera une pension viagère dite (( demi-solde d'infirmité » aux inscrits maritimes atteints de blessures ou de maladies ayant pour cause directe un accident ou un risque de leur profession.

Les veuves des inscrits morts de blessures ou de mala dies provenant d'accidents professionnels auront droit à une pension ; les orphelins recevront des secours.

Lorsque les inscrits ne laisseront après eux ni veuves, ni orphelins, un secours annuel et viager sera accordé à leurs ascendants au premier degré et, à défaut, le secours sera reporté sur les ascendants de degrés supérieurs de la même branche, s'il en existe.

Les pensions et autres allocations accordées par la caisse de prévoyance seront incessibles et insaisissables.

Le Ministre de la marine est chargé de la gestion de la caisse de prévoyance avec le concours des fonctionnaires et agents ayant l'administration et la gestion de la caisse des invalides de la marine.

Telle est Toeuvre du législateur et de l'État.

Mais l'initiative privée avait su prendre les devants et nous tenons h dire quelques mots sur deux sociétés, dont nous avons le très grand honneur d'être administrateur, et qui rendent les plus cminents services : nous voulons parler de la Société centrale de sauvetage des naufragés^ présidée par le vice-amiral Lafont, et qui date de 1865, — et de la Société de secours aux familles des marins français naufragés, présidée par M. Henri Desprez, fondée par M. Alfred de Courcy et reconnue d'utilité pubUque en 1880.

Loin de faire double emploi, les sociétés se complè-^ tent l'une par l'autre.

La première a pour objet de porter assistance aux naufragés sur les côtes de France, de propager les principes et les procédés de nature à sauvegarder l'existence des navigateurs en danger et d'étudier les mesures à prendre pour diminuer le nombre des sinistres. La seconde a pour but de secourir l'indigence des veuves, enfants et ascendants des marins français qui, embarqués sur des navires français, barques de pêche, bateaux-pilotes ou autres embarcations, auront péri par suite de naufrage ou de tout autre accident de mer. La lecture des comptes rendus de ces sociétés prouve avec quelle sollicitude pour nos marins elles sont dirigées et avec quelle intelligence sont distribués les fonds importants dont elles disposent.

« A l'heure obscure où nous sommes, car il ne

fait pas très beau dans la politique — disait M. Lavissedans Téloquent discours qu'il a prononcé à la dernière assemblée générale de la Société centrale le 8 mai 1898, — ces braves gens (les sauveteurs) . vous prouvent que la France est là toujours, si vaillante, si humaine, la vieille France héroïque, la vieille France immortelle. Remerciez Tœuvre qui vous a préparé une émotion réconfortante. Après avoir applaudi les sauveteurs de cette année, pensez à ceux de Tannée prochaine, de Tannée d'après, des années qui se succéderont sans fin, car encore et toujours des hommes tomberont à la mer, et le vent soufflera en tempête, et, sous le ciel obscurci, la vague fouettée par la grêle poussera le navire à la côte ou au récif, et le canon d'alarme réveillera le sauvete^ir endormi après la rude journée dans la chaumière, et le sauveteur, pour s'en aller au péril de la mer, se lèvera encore et toujours ! »

Tels sont les termes généraux de l'évolution qui s'est produite dans l'industrie maritime. Peu sensible au point de vue du personnel, celle-ci a été profonde pour ce qui concerne le matériel et l'outil naval. Aucune nation n'a pu s'y soustraire. L'éviter eût été se condamner à disparaître du monde commercial. Mais pour suivre ces changements, utiliser les avantages qu'ils présentent, un effort continu et considérable était nécessaire. L'avons-nous fait dans une mesure suffisante? Ne nous sommes-nous pas laissés devancer par nos concurrents, plus actifs, plus entreprenants? Voilà ce que nous devons examiner et dont nous pourrons juger d'après les résultats.

Page 1