COMME UNE RONDE AU BOIS
Ces belles-là dont vous êtes issues, Ces belles-là, pauvresses ou cossues, Avaient chanté dans les forêts moussues,
Avaient chanté, s'étaient serré les doigts, Avaient tourné dans le demi-jour coi Sous les rameaux muets du chêne-roi,
Ces belles-là depuis l'ombre païenne. Depuis les dieux cachés dans la fontaine, Depuis la nymphe éparse dans les chênes
Avaient chanté, dansé les douces rondes, Laissé la nuit coiffer leurs tresses blondes, Jeté des cris sous les voûtes profondes ;
La lune avait, perçant le lourd feuillage, Teinté d'argent leurs grâces de village, Embruinant leurs flottantes images...
Cela sans lin depuis la nuit des temps, Depuis les dieux qui hantent les étangs, Depuis la nymphe au grand chêne gîlant,
Cela sans fin depuis notre Sauveur, Depuis qu'au bois les arbres et les fleurs Ont appris Dieu de leurs saints visiteurs,
Il est aussi
Depuis qu'en robe de communiante Illuminant la niche doux-fleurante Que Dieu lui fit dans l'écorce béante,
La Vierge entre les feuilles de dentelle, Lorsque la ronde à la lune se mêle, Sourit aux jeux de l'Enfance éternelle.
II est aussi comme la matinée D'un beau jour de fête carillonnée Où cet hiver mon âme est retournée,
Les filles vont en se donnant la main Le long des blés qui bordent les chemins Et sans penser aux maigres lendemains,
Les femmes vont, plus graves et plus fières Portant missels et livres de prières, Leurs blancs bonnets dans la fine lumière,