COMME UNE RONDE AU BOIS
Pendant que sur la haute cheminée, Saint Jean, celui qui prêchait au désert, Saint Jean, rustique image enluminée,
Bénit la table et les mets et les verres, Et la fatigue et les lourdes paupières Et les aïeux invisibles dans l'air,
Bénit ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier, Et celte enfance aux grâces matinales Et ce pain bis que dorent les lumières...
D'un geste évangélique et baptismal.
Il est aussi comme une ronde au bois, Doigts enlacés, blonds cheveux, douces voix, Blancheurs de linge entre les chênes cois,
3^ Salomé.
77 est aussi
Lorsque le soir calme plantes et bêtes Et lentement vient reposer sa tête Sur le coussin des mousses violettes,
Il est aussi comme ces enfants blondes Qui font glisser le glissement des rondes Dans leur oubli des rudesses du monde,
Chantant la fleur et la feuille et les eaux, Chantant l'été qui dore ses fuseaux, Chantant la nuit qui ouate les roseaux...
Comme une ronde en la forêt prochaine, Qui se détend, se resserre et s'enchaîne Sous les rameaux d'un vénérable chêne,
Avec un chant mesuré qu'enseignèrent Au coin du feu les osseuses grand mères Se remembrant leurs enfances premières,
Elles aussi, jadis, les vieilles fées, Dans les lueurs par le soir étouffées Ayant dansé, de jacinthes coiffées...
Et tout autant, petites, avant elles, En avaient fait des belles et des belles Qui figuraient dans les rondes mortelles.