‹ Notre paysChapitre 11 sur 25 · COMME LA MATINEE · texte numérisé non relu

COMME LA MATINEE

Les hommes vont dans leurs vêtements noirs Qu'on a sortis du fin fond des armoires Avec de grands chapeaux en entonnoirs,

Tous vont parmi les moissons qui ondoient

Et rarement devisent à mi-voix

Et semblent des familles de vieux rois,

Tous vont parmi le tintement des cloches Avec de la gaîté dans les caboches, Entre deux jours de peine et d'anicroches,

Tous vont d'un pas ni trop lent ni trop vite Dans ce beau jour aux blancheurs de lévite Que notre Dieu fait pour qu'ils en héritent,

Tous vont pensifs et dignes dans leur foi, Dans le vieux culte et dans la vieille loi, Dans la vieille âme et dans le vieil arroi,

Dans la vaillance et la paix des aïeux, Dans la jeunesse éternelle des cieux, Dans les chemins du royaume de Dieu,

Tous vont là-bas vers l'église sonnante Qui est pour eux la reine et la servante, La vieille mère et l'épouse décente,

Il est aussi

Et devant eux, derrière eux, parmi eux La foule obscure et dense des aïeux Chemine aussi à pas silencieux :

Tous les colons, fermiers et tenanciers,

Tous les bergers rugueux et besaciers

Qui n'étaient plus que poussière et poussier,

Tous les garçons robustes et noirauds, Tous les garçons tannés, un peu farauds, Qui n'étaient plus que terre et que terreau,

Tous les semeurs des anciennes semailles, Tous les sonneurs des anciennes sonnailles Qui n'étaient plus que pierre et que pierrailles,

Tous les vieillards des anciennes moissons, Tous les vieillards des anciennes chansons, Tous les vieillards de l'ancienne façon,

Tous les vieillards des anciennes tenures, Tous les vieillards des anciennes masures Qui n'étaient plus que mousse et moisissures,

Les mères grands des anciennes veillées, Les mères grands des anciennes feuillées, Qui n'étaient plus que des cendres rouillées,

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