COMME L HEURE DERNIERE
Guillaume a vu ses hommes disparaître
Parmi les flots de la paiennerie
En combattant pour Jésus, notre Maître :
Tous ces Chrétiens dans la Mahommerie, Tous ces Français dans les Sarrasinois, Tous ces féaux dans la félonnerie...
Et maintenant, les membres déjà froids, Vivien meurt sous ce hêtre, à la nuit... Guillaume est triste et parle à demi-voix :
M'entendez-vous, neveu, que j'ai conduit,
Quand vous étiez tout petit, autrefois,
Dans ma cité, dans Orange aux beaux fruits?
M'entendez-vous, neveu muet et coi,
Hier si gai, si leste et si hardi,
Bien que modeste et fidèle à la croix?...
M'entendez-vous, blond neveu, bel ami?
Ou si votre âme a quitté votre corps Avant que vos péchés vous soient remis?
Je viens trop tard, bel ami, vos yeux clore : J'aurais reçu vos paroles dernières Et vous aurais délié de vos torts...
Il est aussi
Et là sur moi, j'ai dans cette aumônière Du pain bénit sur l'autel Saint- Germain. J'aurais sur vous récité mes prières,
Puis vous aurais fait manger de ce pain,
Afin que Dieu se mêle à votre chair
Et vous nettoie de tout mauvais levain...
L'enfant sourit ; un reste de lumière S'allume au fond de ses yeux demi-clos Où s'amassait une noire poussière ;
Sa voix s'exhale en des souffles de mots Oncle hardi, Fièrebrace et Court-Nez, Grâce à Jésus, vous venez assez tôt,
Grâce à Jésus pour notre âme incarné, Grâce à Jésus, grâce à sainte Marie, Grâce aux patrons que virent nos aînés..
Vous apportez le bon pain qui guérit La lèpre obscure et les secrètes plaies... Le Dieu clément me laisse mon hoirie.
Sire Guillaume, agenouillé, le fait, Avec un bras, dossier rude et solide, Se relever vers les Anges de paix...