‹ Notre paysChapitre 2 sur 25 · PAREIL A. LA MAISON · texte numérisé non relu

PAREIL A. LA MAISON

En sûreté dans les pénombres douces,

Près du foyer, des fenêtres, des lampes,

Du chat, du chien, des bouillotes qui gloussent,

L'enfance rit ou pleure ou quête ou rampe, Les hommes las s'enfoncent dans les choses, Les vieux ont pris des figures d'estampes;

Les femmes sont des ombres qui disposent En jeux précis la matière et les heures, Le réseau flou des effets et des causes,

Pour que Dieu reste en la douce demeure Avec la paix, la logique, l'entente, Les souvenirs austères et charmeurs,

Le soir qui prie et le matin qui chante,

Les longs travaux des mains et des pensées,

L'oreiller chaud des âmes confidentes,

Le baume pur des vaillances blessées,

Les mots d'amour, de grâce et de simplesse,

Le bon exemple aux discrètes poussées,

Le jugement qui stimule et redresse,

Le long regard qui perce et qui déclenche,

Le repas calme et lent comme une messe,

Il est aussi

Le glissement paisible des Dimanches, Un vague rire, un jet d'eau qui murmure, Un rayon bleu sur des écharpes blanches,

Mais, avant tout, les silences qui durent Jusqu'à minuit quand on veille en hiver, Que geint la bise et grincent les ferrures,

Ou bien les voix prudentes et sévères,

Les voix un peu sourdes, un peu rouillées,

Les voix des temps qui dormaient dans les pierres,

L'écoulement de la tiède veillée

(Gomme d'une eau qui caresse des fleurs)

Pendant que craque une branche effeuillée,

Le sentiment que les murs et les cœurs, Les toits, les gonds, les profondes assises Résisteront à ces démons qui pleurent

Et qu'on est là comme dans une église Tout contre Dieu, bien clos, bien abrité, Loin de ce qui déprime ou scandalise,

En plein repos, en pleine sûreté,

Malgré ces heurts de l'huis et des fenêtres,

Malgré ce bruit lointain des vanités...

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