‹ Notre paysChapitre 3 sur 25 · PAREIL A LA MAISON · texte numérisé non relu

PAREIL A LA MAISON

Et c'est l'instant monastique où pénètrent

A petits pas muets de rêveries

L'ombre des temps et l'ombre des ancêtres :

La flamme rouge aux vieux doigts se marie, Des livres blancs régnent sous l'abat-jour, L'aiguille court parmi les lingeries,

La table est large et l'on se presse autour, Un long récit tombe des vieilles lèvres, Un long passé monte des oublis sourds ;

Les jeunes cœurs sautent comme des chèvres,

Les gens rassis écoutent posément,

Les chastes yeux se lèvent et s'enfièvrent...

Surtout les soirs qu'on parle en s'animant De ces aïeux qui s'en furent en guerre, De ceux aussi qui, las des cieux cléments,

Furent chercher des îles dans la mer,

De ceux qui dans les honneurs et les brigues

Ont poursuivi d'imprenables chimères,

Des inquiets, des nerveux, des prodigues (Ceux qu'on raconte à mi-mots, à mi-voix) Flots déchaînés qui renversent les digues,

.'-■'> Salomé, —

Il est aussi

Du fils prodigue absent des jours, des mois, Des ans, lâché dans la gueuse de ville, Puis revenant par quelque nuit des Rois...

Car tous ceux-là dans la maison tranquille

Sont revenus trouver un abri sûr,

De simples cœurs, la fin d'un morne exil,

L'ordre, la paix, les regards droits et purs, L'eau qui dérive et le chant des feuillées, L'ombre qui choit peu à peu des hauts murs,

Le cher silence et l'âme des veillées, Les longs récits d'hier et d'autrefois, Portraits, recoins, portes entrebâillées...

Et les vieux lits qui dorment sous la Croix.

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