COMME LE DOUX SOURIRE
Dans le dortoir ces malades assis,
Ce parloir sombre où la Vierge rayonne,
Ces longs couloirs et cette pharmacie
Où travaillaient sans cesse les trois nonnes, Regards baissés, doigts de nacre ou d'ivoire, Grâce de sainte et pâleur d'anémones...
Là bien rangés aux planches des armoires, Des pots d'étain, des pots de porcelaine Écussonnés se vêtent de grimoires.
j'entrevoyais les époques lointaines Où le droguiste au creux des alambics Faisait bouillir la sauge et la verveine ;
Mais, à sa place, entre ces pots antiques Si recherchés des dames impudiques Pour y loger des lampes électriques,
Entre les pots de gomme ou d'émétique,
J'ai vu. ces Filles de la Charité
Qui souriaient d'un sourire gothique,
Sourire doux et paisible, hérité
De la Très-sainte et Très-modeste Vierge
Qui est leur Mère en Son Éternité ;
Il est aussi
Sourire uni comme la robe en serge, Gomme ce lin qui les recouvre d'ailes, Gomme ce jour, ce demi-jour de cierges ;
Un lent sourire où des pudeurs se mêlent, Un mouvement de naissante prière, L'humilité qui germe sur le zèle ;
Le persistant sourire de la pierre
Dont autrefois nos Saintes étaient faites,
Roses et lys de nos grands sanctuaires ;
Le clair sourire où la grâce simplette
D'un cœur d'enfant comme une aube s'éveille
Sont-elles pas Luce, Agnès et Colette ?
Elles sourient en maniant bouteilles, Mortiers, pilons, coupelles et fioles Entre ces pots datant du Roi-soleil,
Et sur l'armoire où ces choses somnolent, Tout blanc parmi la lumière de cire Entre les bras de Celle qui console,
L'Enfant Jésus les regarde sourire.