‹ Notre planèteChapitre 14 sur 73 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l’humanité

Le perfectionnement de la vie animale a suivi la succession chronologique des âges de notre Planète. A l’époque ignée , aucun animal ne vit ; à l’époque intermédiaire ou de transition, âge primaire de l’animalité, apparaissent les zoophytes, les mollusques, les crustacés, tous invertébrés; ses étages supérieurs contiennent des insectes, les premiers invertébrés , les poissons. L’époque secondaire enfante les grands reptiles. L’époque tertiaire produit les premières générations des oiseaux, des mammifères carnassiers et herbivores. L’époque quaternaire multiplie les types les plus avancés du règne animal, en tête desquels apparaît un nouvel être, l’homme, qui par sa conformation n’est qu’un anneau extrême de la série animale, mais qui la domine tout entière par la supériorité de son intelligence et de sa volonté. De même que son organisation physique fait de lui le résumé de tous les êtres antérieurs et inférieurs, des facultés psychologiques nouvelles font de cet être, le produit le plus parfait de la puissance créatrice, un agent qui est créateur lui-même, dans le cercle de son action et dans la mesure de ses forces.

A quelle date précise l’homme apparut-il sur la terre? Nul ne saurait le dire. Quelques savants pensent que les plus anciens fossiles humains remontent à l’époque tertiaire, et celte hypothèse n’est pas opposée au système de genèse que constatent les autres fossiles : à chaque époque en

effet s’annoncent, en quelque sorte à litre d’ébauches, les types qui, en plein essor, caractériseront l’époque suivante. Mais s’il reste beaucoup d’incertitude à cet égard, des découvertes récentes permettent au moins de rapporter à l’époque quaternaire l’existence certaine des premiers humains. Des ossements entiers ou en fragments , des armes et des ustensiles travaillés , des empreintes et dessins représentant des animaux (le cette époque , des traces d’incision et de blessures sur des squelettes animaux, se sont accumulés en tel nombre dans les musées publics et les collections particulières ; ils ont été l’objet d’observations si exactes, de dissertations si savantes et de polémiques si vives que les derniers doutes sur l’antiquité de l’homme se sont dissipés, — Il a été reconnu contemporain de l’ours des cavernes , du rhinocéros à narines cloisonnées , du mammouth et des autres grands mammifères , les uns éteints , les autres vivant encore. Cette coexistence a été établie aussi bien dans l’Amérique du Nord et du Sud et en Australie que dans l’Europe.

D’autres questions sont encore discutées. Dans quels lieux l’homme a-t-il d’abord apparu ? En un seul centre de création ou en divers? Sous la forme d’un seul couple ou de plusieurs? Constitue-t-il une seule espèce, ce qui est l’avis des monogénistes, ou des espèces multiples , suivant les polygénistes? L’autorité des noms qui soutiennent, sous ces divers points, des doctrines opposées , laisse l’esprit en suspens.

L’accord est plus avancé sur la division des périodes entre lesquelles se partage l’histoire de l’homme antique : les âges de pierre brute ou polie , de bronze et de fer classent, d’une manière satisfaisante, tous les témoignages qui ont été recueillis de l’industrie primitive , aussi bien dans les cavernes et les sépultures que dans les marais , les tourbières et les villages lacustres. De ces débuts, dont la plupart sont grossiers , mais dont quelques-uns ne manquent pas de délicatesse , jusqu’aux merveilles de la civilisation actuelle , les progrès de l’industrie et de l’art se suivent, en correspondance avec les progrès de la socia-

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bilité , chez les races et les peuples duat l’ensemble constitue l’humanité.

Les diverses races humaines se groupent autour de trois types fondamentaux : le type blanc ou caucasique, le type jaune ou mongolique, le type nègre ou éthiopique. Quelques indices autorisent à supposer la race blanche moins ancienne que les deux autres, entre lesquelles la priorité d’origine reste douteuse, si même elles ne sont tout à fait contemporaines. Chacune d’elles s’étant croisée avec les deux autres en proportions inégales, il en est dérivé des métis, qui, se mêlant à leur tour entre eux et se greffant sur les types souches, ont donné naissance à cette multitude de sous-races dont l’anthropologie s’applique à déterminer les caractères et les différences. A la diversité des origines et des sangs, les milieux divers, sol et atmosphère, puis la variété des habitudes et des institutions, ont ajouté leur influence, ce qui n’a pu qu’accroître la complication des apparences et la difficulté des classifications. Aussi l’accord est-il loin d’être encore fait dans cette partie de la science anthropologique.

Sous le rapport géographique, les races humaines ont leur cadre d’existence et de développement circonscrit par les contrées où elles sont fixées et par celles où elles se transplantent.

La race jaune ou mongolique s’est établie et développée d’abord à l’orient de la grande barrière montagneuse qui se dresse du sud-ouest de 1 Hindouslan au sud-est de la Sibérie, comme un mur qui sépare deux mondes; elle a gardé tout le plateau central de l’Asie, mais perdu en grande partie l’Hindoustan conquis et occupé par la race blanche. Des émigrations en ont porté quelques essaims au nord-ouest, et probablement aussi jusqu’en Amérique par la même voie. Dans le bassin du lac Baïkal se conserve encore dans sa pureté le type mongol primitif. On le retrouve chez les Kalmouks, qui s’étendent depuis les bords du fleuve chinois Hoang-ho et l’extrémité du grand désert de Gobi jusqu’aux rives du Yolga où une émigration conduisit une partie de la nation dans le cours du xvn 8 siècle : au siècle

suivant (1771), les Kalmouks reprirent, en grand nombre, le chemin de leur patrie et se fixèrent dans la Dzoungarie, avec la permission de l’empereur chinois, Khian-houng. A cette famille se rattachent, par l’affinité du voisinage et du sang, les Toungouses qui habitent la Mandchourie dont les ancêtres fournirent ces hordes de lluns qui se répandirent au nord de la Chine, en Sibérie, en Europe même dont ils firent la conquête, et où ils établirent le peuple hongrois, fortement modifié aujourd’hui par le contact des populations blanches. La famille turque remonte aux mêmes sources. Originaire de la Mandchourie, elle comprend les Kirghiz et les Usbecks du Turkestan, les Turcomans du bassin de la Caspienne, les Tartares de Kazan, inclinant déjà vers le type européen. En pénétrant dans l’Asie Mineure et en Europe, les Turcs se sont mêlés aux races occidentales et ont perdu une partie de leurs caractères primitifs. Ces trois familles mongole, toungouse et turque forment la souche touranienne, qui occupe la partie centrale (touran) de l’Asie, dévolue à la race jaune. Autour de ce tronc de formation primitive se sont développés le rameau sinique ou méridional, et le rameau ougrien ou boréal.

Le rameau sinique s’épanouit en quatre principales familles : chinoise, japonaise, indo-chinoise et thibélaine. Établis depuis un temps immémorial dans le bassin du Hoang-ho, les Chinois ne cessent d’agrandir leurs domaines. Par-dessus la mer ils donnent la main aux Coréens et se répandent dans l’archipel Malais, où ils constituent des groupes mixtes d’un nouveau caractère. Les Japonais diffèrent des Chinois par beaucoup de traits physiques, moraux et sociaux qui en font un peuple plus avancé; ils sont superposés à des aborigènes, les Aïnos, au corps velu, qui touchent à des races inférieures. La famille indo-chinoise, peu homogène, comprend les Annamites de la Cochinchinc, les Siamois ou Thaï, les Birmans, des tribus sauvages du pays d’Assam, et généralement toutes les populations éparses dans les bassins du Mékong, du Meïnam, de l’Iraouaddy, du Salouen. Plus homogène , la famille thibétaine est établie dans la vaste province du Thibet, d’où elle rayonne

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dans le Népaul, sur les flancs et dans les vallées de l’Himalaya. Les Thibélains sont intermédiaires entre les Chinois du nord et les Mongols proprement dits; mais avec une tendance vers un type secondaire , lé malais. D’autres caractères rapprochent la famille thibétaine d’un groupe appelé proto-hindou ou dravidien, débris de la population primitive de l’Inde.

En contraste avec le rameau sinique, installé dans l’Asie centrale et méridionale, le rameau ougrien ou boréal s’est déployé au nord dans les régions polaires de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique, où il forme diverses familles. Les Samoiédes venus de la région de l’Altaï , d’où les avaient chassés les Turcs, ont repoussé à leur tour à l’ouest les Finnois ou Tchoudes, et se sont avancés en Europe jusque dans le gouvernement d’Arkhangel. Les Vogouls, peuplades de chasseurs, sont répandus vers l’Oural septentrional. Parmi les Ostiaks, les uns, nomades, campent dans les steppes sibériennes; les autres, pêcheurs, vivent sur les rives de l’Obi et de l’Iénisseï. Les Tchérémises, les Mordvines, les Tchouvaches sont échelonnés sur la rive gauche du Volga, comme les Zyréniens dans le bassin de la Dwina, les Permiens et les Votiaks dans ceux de Perm et de Viatka. Enfin la famille tchoude renferme les populations de souche ougrienne qui ont le plus subi l’influence européenne, à savoir, les Eslhoniens, les Finlandais, les Lapons : cette race paraît avoir émigré à une très-ancienne époque des toundras ou landes humides des bords de lTénisseï, et par étapes successives s’être arrêtée en diverses stations; elle est incorporée aujourd’hui dans la Russie (gouvernement de Revel), en Finlande, en Suède et Norvège. D’après quelques indices, les Esthoniens présenteraient un des types les plus anciens de l’humanité. Les Lapons, après avoir occupé une grande partie de la Finlande, ont reculé devant les invasions; ils constituent au nord de l’Europe l’avant-garde de la race jaune comme les Hongrois au centre, les Osmanlis au sud.

Les Esquimaux prolongent en Amérique la famille ougrienne, qui, après avoir occupé la presqu’île du Kamtchatka,

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a du atteindre, par les îles Aléoutiennes et le détroit de fiehring, le nouveau continent. Là, ne trouvant plus le renne, elle a changé' sa vie nomade en vie de chasse et de pèche.

Ainsi divisée, et sans parler encore des embranchements qu’elle a jetés dans l’Océanie et en Amérique même, en dehors des régions arctiques, la race jaune se présente comme occupant dès la plus haute antiquité la plus grande partie de l’Asie, tantôt nomade, tantôt sédentaire, ou sauvage , ou barbare, ailleurs à demi civilisée. Les langues très-nombreuses qu’elle parle relèvent de deux systèmes inférieurs : elles sont monosyllabiques chez les Chinois,

Jes Siamois, les Thibétains ; agglutinantes dans les groupes dravidiens (tamoul, télinga, etc.) : elles n’approchent que par exception, dans quelques idiomes touraniens, du mécanisme des langues à flexion.

Les religions présentent le même double caractère : développement considérable par le nombre des idées, arrêt intellectuel à des formes inférieures. Un naturalisme grossier fait le fond des croyances, aux formules très-variées, des tribus asiatiques de race mongole : elles adorent de soleil, la lune, les montagnes, les fleuves, etc., ou les esprits , qui président à ces objets matériels et y résident : un petit nombre d’intelligences d’élite s’élèvent jusqu’à la notion d’un Dieu suprême et unique. En éliminantquelques-unesde ces pratiques idolàtriques, les Chinois les ont remplacées par d’autres superstitions, ou par une moralité sans base, ou par un quiétisme négatif et indifférent : pour eux, le culte des aïeux est devenu une cause d’immobilité sociale. Les Japonais, dans leur religion nationale, restent fidèles à une mythologie remplie de dieux de tous les degrés, qui s’incarnent dans leurs chefs sacrés et presque invisibles. En un mot, la série des peuples de race jaune, partout où lui a manqué l’initiation des peuples de race blanche, n’a pas dépassé, dans les conceptions de l’ordre religieux, un niveau des plus médiocres, où l’imagination et la crédulité remplacent la foi raisonnée et la science. Aussi sa destinée n’at-elle eu jusqu’à présent rien de bien élevé. Ses hordes

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guerrières ont envahi et détruit plus que fécondé et fondé. Des tribus pastorales ont multiplié en nombre sans croître en puissance et en richesse ; mais les peuplades sédentaires ont pu cultiver la terre, nourrir par le travail une population croissante, instituer des sociétés qui durent depuis plus de siècles qu’aucune autre, et qui ne sont pas restées étrangères aux progrès des lettres et des sciences, aux inventions de l’industrie et des arts : ce sont là des titres d’honneur, bien qu’ils n’ôtent pas la suprématie à la race blanche.

Cette race aristocratique , que Cuvier nomma aussi caucasique parce qu’il la croyait sortie de la région du Caucase, ne justifie plus cette appellation depuis que sou berceau a été rapporté plus avant dans l’intérieur de l’Asie r vers les plateaux de l’Iran et de la Bactriane : cependant ce' nom lui reste parce que c’est dans le Caucase que s’eu trouvent les plus beaux types. De son point de départ, où elle subsiste encore, ses essaims se sont répandus dans une' aire qui s’étend du midi à l’occident : au midi dans l’Inde,, au sud-ouest dans l’Arabie, à l’ouest dans la Syrie, l’Asie Mineure et l’Europe. De bonne heure la race blanche apparaît divisée .entre deux grandes familles, très-voisines par leurs caractères physiques, mais profondément distinctes par leur histoire, leurs croyances, leurs mœurs et surtout par leurs langues : la famille sémitique et la japétique ou indo-européenne.

Les Sémites furent représentés dans l’antiquité par les Chananéens , les Syriens, les Juifs, les Phéniciens, les Carthaginois ; de nos jours, ils le sont encore par les Juifs et par les Arabes. Dans la contrée subtropicale limitrophe des déserts où les Sémites s’établirent primitivement, toutûnvite à la vie nomade : la rareté des sources et des courants d’eau, l’étendue des dunes de sables, la clémence du ciel r les herbages tour à tour verdoyants ou desséchés. De cesconditions naturelles découle la prédominance de la vie pastorale qui plante, déploie, replie sa tente suivant le coursdes astres, et fait consister la richesse dans la possession de nombreux troupeaux : dans ses domaines le patriarche

règne sans partage sur les femmes et les enfants, sur les esclaves et les serviteurs ; son héritage se transmet intact du père au fils aîné, et les générations, en se succédant, sont fidèles au respect de l’autorité paternelle, sacrée entre toutes. La famille sémitique ne resta pas cantonnée dans son pays d’origine : entraînée par l’instinct particulier de toute la race blanche, autant que par ses habitudes nomades, elle s’adonna volontiers aux voyages et à l’émigration. Dès les plus anciens temps historiques, des groupes juifs se trouvent implantés dans l’Afrique septentrionale. Les Tyriens et leurs descendants les Carthaginois fondent, sur les plages de la Méditerranée, des comptoirs de commerce qui deviennent des cités fameuses pour le commerce et la richesse : dans le monde ancien ils sont les chercheurs d’or et d’argent, les trafiquants de toute marchandise. Franchissant le détroit qui, du nom d’un de leur héros, fut longtemps appelé les colonnes d’Hercule, ils longent, au nord, le littoral de l’Europe jusqu’aux îles Cassitérides (les Sorlingues) d’où ils rapportent l'étain ; et vers le sud, guidés par Hannon, ils contournent l’Afrique occidentale en s’avançant vers l’équateur. Vaincu par Rome, dans ses deux principaux foyers, à Carthage et à Jérusalem, le génie sémitique parut s’éclipser pendant quelques siècles ; mais le prestige que la force guerrière lui avait enlevé, la force religieuse ne tarda pas à le lui rendre. Eclose au cœur de la Palestine, prêchée pacifiquement le long de la mer de Galilée et des rives du Jourdain, enseignée au monde païen avec un zèle qui bravait le martyre, la foi au Christ a, depuis dix-neuf siècles, pris possession des sociétés les plus civilisées et règne aujourd’hui sur les deux mondes. Propagée avec plus de violence, la foi de Mahomet a soumis des peuples qui restaient rebelles au christianisme, dans une partie de l’Asie, d’où elle a envahi l’Afrique et pénétré en Europe. Enfin la foi de Moïse survit en tout pays, dans la personne et le culte des Israléites, opposant à toutes les tendances idolàtriques son dogme immuable du Dieu unique. Par ses trois livres, la Bible, l’Evangile, le Coran, le génie sémitique participe à l’éducation de toutes les nations

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de race blanche et de quelques-unes parmi les autres ; il leur explique les mystères du monde invisible, leur entr’ouvre les perspectives du passé et de l’avenir: accepté comme leur maître dans l’ordre fondamental des idées religieuses, il est le guide de leur conduite morale et n’est pas étranger à leur destinée politique et économique.

C’est par là que depuis quinze siècles le gouvernement supérieur du monde appartient à l’esprit sémitique, quoique les deux branches ethnographiques qui le représentent soient amoindries et comprimées.

De ces deux branches, la juive est disséminée au septentrion et au midi, à l’orient et à l’occident, dans l’ancien et le nouveau monde; elle a porté sa foi fixe et ses pas errants jusque dans les îles de l’Océanie : partout se montrant douée d’une puissance particulière d'acclimatation et de vitalité. Quant à la branche arabe, le fanatisme religieux et l’ardeur guerrière ont conduit ses tribus en Egypte et dans toute l’Afrique septentrionale, où elle s’est implantée au milieu des peuplades berbères, et jusqu’en Espagne : la côte orientale d’Afrique a reçu aussi ses marchands qui ont envoyé leurs caravanes fort avant dans l’intérieur. En Asie, elle a rayonné autour de l’Arabie, son berceau, dans tous les sens : vers la Syrie et l’Asie Mineure, vers la Perse, l’Afghanistan, le Beloutchistan, le plateau central : ses marins et ses commerçants se sont avancés jusque dans l’Inde, la Chine même et l’archipel malais, imprimant partout à leur influence un cachet de supériorité et souvent de domination.

La famille japétique, ou indo-européenne, se ramifia aussi, dès les temps anciens, en deux principales branches. Sous le nom d’Aryas, les premiers Japétiens, parlant de leur berceau, situé sur les plateaux de la Bactriane, s’avancèrent au sud jusque vers l’Hindo-kuch et le Pendjab, dont ils franchirent les sommets et les versants, pour descendre dans les vastes plaines du Gange, où ils trouvèrent déjà installée une race dite dravidienne à nuance jaune, qu’ils refoulèrent et vainquirent. Maintenue par les rigueurs du principe des castes, à travers bien des siècles, la

'distinction de celte race antique des Aryas fait la beauté des Brahmanes qui, entre tous les Hindous, sont restés les plus purs de toute alliance, surtout dans les cantons de î’Himalaya. Sous le nom d’iraniens, d’autres fds de Japet * s’implantèrent dans l’Iran (Perse), le Khoraçan et la région qui s’étend entre la mer Caspienne et le Tigre : là, ils constituèrent la nation des Modes et des Perses, organisés, plusieurs siècles avant Jésus-Christ, en un puissant •empire. Quelques rameaux s’entre-croisantavec les Sémites, déjà installés en Mésopotamie , fondèrent le royaume assyrien, dont les monuments de Khorsabad et de Ninive rappellent les temps glorieux, et dont les populations se sont fondues avec les Arabes, les Kurdes et les Persans ou Tadjiks : le type iranien, qui survit chez ces derniers avec le plus de fidélité, se fond graduellement avec celui des Hindous dans l’Afghanistan.

De cette seconde branche proviennent cinq groupes qui,

A des dates et par des voies encore entourées d’hypothcses, marchèrent à l’occident, pénétrèrent dans l’Asie Mineure et s’avancèrent vers l’Europe : ce sont les Hellènes, les Latins,

Jes Celtes, les Germains, les Slaves.

Les Hellènes ou Grecs — que les Pélasges d’origine bien •obscure pour nous, probablement une première lignée de frères aînés, avaient précédés sur les bords de la Méditerranée — déployèrent en Asie et en Europe les brillantes qualités de leur race : leurs chefs-d’œuvre dans les lettres et •les arts ont mérité de servir de modèles à tous les peuples civilisés. La Grèce moderne leur doit l’auréole qui brille autour de son nom et qui lui a valu sa renaissance, dont ‘Athènes est le foyer, comme elle fut le foyer de l’antique splendeur de ce peuple.

Le groupe latin, précédé aussi sur le sol italique par des tribus pélasgiques et étrusques, se forma de peuplades resserrées dans le Latium, que des victoires successives répandirent dans le reste de l’Italie. Rome en est la capitale depuis vingt-cinq siècles, et la campagne romaine •conserve, presque sans altération, l’ancien type romain, tel que les statues nous l’ont transmis; par la langue latine, le

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groupe latin préside à l’initiation intellectuelle de tous les peuples civilisés et de toutes les églises chrétiennes.

Les Celtes ou Gaulois occupèrent l'Kurope occidentale : on dirait les premiers émigrants qui auraient été acculés aux bords de l’Océan et dans les îles atlantiques par les •émigrations postérieures. Ils sont la souche commune, bien que divisée en plusieurs rejetons, d’où sont sortis les Français, les Irlandais, les Ecossais, les Gallois » autant de groupes qui se sont croisés avec des Ibères plus anciens qu’eux, d’origine mystérieuse (comme les Etrusques et les Pélasges), avec les Romains, avec les Germains.

Les Germains pénétrèrent dans l’occident par le Caucase, et se répandirent dans les plaines de l’Europe centrale du sud au nord, depuis la Dacie et la Pannonie (Provinces danubiennes, Thrace) jusqu’aux sources de l’Elbe. Plus tard, s’élançant dans toutes les directions, ils atteignirent au midi l’Espagne, vers le septentrion les régions Scandinaves et britanniques. Ils enveloppèrent la Gaule sur la frontière orientale, et les Francs, l’une de leurs tribus les plus guerrières, soumirent les Gaulois. Les Germains furent les principaux parmi ces barbares dont les invasions mirent fin à l’empire romain d’Occident ; de leurs rangs sortirent ces Normands, ces Danois dont les pirateries remplirent de terreur les populations sédentaires. L’Allemagne, dans sa plus large acception, reste leur patrie, avec des rameaux qui se projettent vers la Suisse, la France, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, le Danemark , la Suède et la Norvège, vers la Pologne et la Russie enfin, où le rameau germain rencontre le rameau slave.

Les Slaves forment dans l’Europe orientale, où ils sont venus par la région Caspienne, des groupes entre lesquels se sont interposées des bandes de Germains, de Magyars (Hongrois) et de Roumains; au nord, les Lettes ou Lithuaniens, type si ancien que son lien avec les groupes actuels est contesté ; les Polonais , les Rulhènes (Russes blancs, petits Russes), les Bohémiens ou Tchèques ; au sud, les Serbes, les Bulgares, les Esclavons, les Croates, les Dalmates. Sur ces frontières la pureté du sang s’est effacée dans

des mélanges. Dans la grande Russie ou Moscovie, le sang ougro-mongol est assez abondant pour se reconnaître çà et là dans les populations et les mœurs ; vers le nord, les Varègues, de souche Scandinave, ont fondé des villes ; en Finlande, le croisement s’est fait avec les Finnois et les Lapons ; en Bohême et en Moravie, avec l’élément germanique;, en Hongrie, avec l’élément magyar; en Roumanie, avec les colons d’origine italique. Le gouvernement de Saint-Pétersbourg a élevé à la hauteur d’un grand dessein politique la réunion sous son autorité , ou son influence directe tout au moins, de toutes les variétés slaves : c’est le panslavisme.

Telle apparaît, dans sa patrie d’origine et dans ses principaux centres d’établissement, la race blanche, avec ses deux grandes et fondamentales divisions, les Sémites et les Indo-Européens. Dans l’un comme dans l’autre type, elle se montre hautement supérieure à la race jaune. Ses idiomes, plus riches et plus souples, sont tous doués de cette flexibilité de formes qui marque la perfection du langage : ses religions, quel que soit le caractère polythéiste ou monothéiste qui y domine, dépassent toutes les autres par la grandeur et la perfection de l’idéal infini qu’elles personnifient sous la forme de divinités multiples ou du Dieu unique, ainsi que par leur conception de l’ordre universel dans le temps et dans l’espace.

Plus manifeste encore est leur suprématie dans l'organisation politique, dans les monuments de la littérature ou de l’art, dans la culture des sciences, dans les travaux de l industrie. Plus que toute autre, la race blanche a le goût et l’aptitude des émigrations lointaines : elle seule fonde de vraies colonies, et prend possession des terres et des mers, les plus éloignées de son aire de naissance. Depuis quatre siècles elle a passé de l’ancien continent dans le nouveau, qu’elle soumet à son empire. Ainsi affermie, par le témoignage de l’histoire, dans le sentiment de sa suprématie, elle s’attribue le gouvernement des affaires du monde, sans que nulle autre lui en conteste le droit : au besoin, elle s’impose par la force, ce qui est un autre mode de supé-

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riorité. Elle est la tête de l’humanité dont les autres races ne sont que les bras.

La race noire ne vient qu’au troisième rang. Dès les premiers temps historiques, on la trouve fixée en Afrique, sauf sur la lisière septentrionale ; elle parait s’être étendue dans toute la zone intertropicale , d’occident en orient, jusque dans l’Océanie. C’est au centre et à l’ouest du continent africain, dans le Soudan, la Sénégambie, la Guinée, que se trouvent réunis avec le plus d’ensemble les caractères du type nègre : même en ces parages, comme ailleurs, les traits varient en raison des croisements et aussi en raison de la nourriture animale ou végétale, de l’altitude de la demeure, de la température, de l’humidité ou de la sécheresse du climat, peut-être aussi en raison de la composition du sol granitique, calcaire ou alluvial. Un groupe, qui tranche sur le fond noir par quelques traits supérieurs, est celui des Cafres, qui occupent une grande partie de l’Afrique australe, tandis que sur ses frontières le groupe des Hottentots et des Boschimans marque, avec quelques tribus de l'Australie, le dernier degré de la série humaine.

Dans le trajet d’occident en orient, Madagascar forme une seconde station de la race noire : à elle appartiennent les Sakalaves qui sont les indigènes de cette île, dominant par le nombre, sinon par la puissance. Dans l’Océanie, les noirs forment deux groupes principaux , les Australiens et les Papous, distribués entre les vastes terres et les nombreuses îles qui, de la couleur des habitants, sont appelées la Mélanésie. Ce sont, outre la Nouvelle-Hollande, ou Australie proprement dite, la Nouvelle-Calédonie, les îles Fidgi, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle -Irlande, la Louisiane, les îles Salomon. On soupçonne que cette famille noire a primitivement habité les deux presqu’îles indiennes, en deçà et au delà du Gange, d’où elle a été refoulée par les tribus jaunes et blanches qui en ont laissé subsister des vestiges dans quelques peuplades sauvages. Rejetés vers la mer , ces noirs s’établirent à Sumatra, Bornéo et autres îles de l’archipel de la Sonde , dont ils formèrent la population primitive et

qu’ils abandonnèrent encore, refoulés plus au loin par de nouvelles invasions de la race jaune.

Quoique inférieure à ses deux sœurs par beaucoup de . traits, et surtout par un dégradant fétichisme, la race noire se recommande à une sympathie fraternelle par les facultés aimantes et dévouées qui sont en elle fort développées et dont elle donne des preuves, même dans l’état d’esclavage où Ta réduite, en beaucoup de lieux, l’abus criminel de la force matérielle et intellectuelle des blancs et des jaunes. Elle n’est pas d’ailleurs incapable de progrès intellectuel, ainsi que l'attestent une impartiale observation et le souvenir même d’écoles savantes qui, au moyen âge, existaient dans le Soudan, à Tombouctou; mais pareille à ces plantes qui ne s’élèvent qu’appuyées sur des supports, elle a besoin, plus que les deux autresj d’être initiée, soutenue et guidée.

Cette division primaire de l’humanité en trois grandes races laisse en dehors un assez grand nombre de groupes importants, qu’il semble difficile d’y rattacher, soit à cause d’une antiquité qui se perd dans la nuit des âges géologiques, soit par l’effet de croisements opérés à des dates et en des proportions obscures entre les souches primordiales. Parmi les principaux de ces groupes primitifs et indécis, nous nommerons les Ibères, que l’on trouve dans l’Europe occidentale avant les Celles et dontles Basques avec les Ligures de la côte de Gênes, de la Corse et de la Sardaigne sont les représentants survivants. Il faut citer encore, pour le mystère de leur origine, les Pélasges et les Etrusques que nous avons déjà mentionnés comme devanciers des Hellènes et des Latins. L’Afrique nous pose l’énigme des Berbères qui, dès la plus haute antiquité, parcourent toute l’Afrique septentrionale, depuis la mer Rouge jusqu’à l’océan Atlantique; et dans l’intérieur cette autre énigme des Ethiopiens, des Gallas, des Peuls ou Fellatahs, qui contrastent avec les races noires ambiantes. En Asie, nous retrouvons des familles antiques ou mixtes, d’une origine aussi incertaine, dans les Dravidiens déjà nommés; dans les Arméniens, race jadis pastorale, aujourd’hui plus adonnée au commerce; dans les Géorgiens, les Tcherkesses et quel-

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ques autres tribus croisées du Caucase, dans les montagnards de l’Indo-Chine et de la Chine; dans les Aïnos du Japon et des îles Kouriles. Une famille malayo-polynésienne, formée du mélange du sang jaune et du sang noir et dont le berceau probable fut dans le bassin de l’Iraouaddy et la presqu’île malaye , peuple toute la Malaisie, et parait avoir été, dans le principe, des plus barbares; à la longue, beaucoup de ses peuplades se sont un peu élevées en civilisation, tant par leur propre travail que par l’initiation des Indous, qui les rencontrèrent d’abord à Sumatra et les refoulèrent devant eux. Les Alforous de Bornéo, des Moluques, de Célèbes, de Mindanao, de Formose, apparaissent au milieu de ténèbres pareilles. A mesure que l’on avance vers l’est, le type malais s’efface, .et une nouvelle race assez homogène se dessine depuis l’archipel des Carolines jusqu’aux îles Marquises, depuis les îles Sandwich jusqu’à la Nouvelle-Zélande : c’est la race polynésienne, distincte du type noir et du type malais par une coloration et des traits qui, en quelques lieux, aux îles de la Société entre autres, la rapprochent du type caucasique. Des croisements multiples combinés avec l’action des milieux ambiants expliqueraient ces variétés; on les soupçonne plus qu’on ne les établit.

Il nous reste à mentionner, parmi les races douteuses, la rouge, qui dominait en Amérique avant l’arrivée des Européens, et qui y survit encore dans de nombreuses peuplades qualifiées d’indiennes. Les nombreuses variétés qu’elle constitue, et qui présentent toutes, les nuances colorées, ont entre elles un air de parenté qui les distingue des races de l’ancien monde, au point que certains savants les considèrent comme autochthones; il est entendu que l’on classe en dehors de cette famille les Esquimaux, dont nous avons constaté les affinités avec la race jaune boréale.

Ainsi délimitée, la race rouge se divise, sans trop d’arbitraire, en sept branches. L’indienne, ou rouge proprement dite, embrasse toutes les tribus indiennes réparties jadis sur le territoire des Etats-Unis et le Canada; ce sont là les vrais Peaux-Rouges, dont les mœurs et l’aspect tranchent d’une

manière frappante avec les races européennes . Par des transitions insensibles, ce type passe à la branche californienne, où se font déjà sentir quelques influences des races polynésiennes et des races nord-asiatiques. La branche mexicaine s’est développée sur le plateau d’Anahuac et du Mexique, livrant à l’histoire le nom de quelques-uns de ses rameaux (Toltèques, Aztèques) et les traces d’une civilisation qui unissait à une barbarie cruelle certaine élévation des sentiments, certaines pratiques des arts. La branche caraïbe ou brasilio-guaranienne, s’étendant jadis depuis les petites Antilles jusqu’au Paraguay, a disparu en entier des îles et en partie du continent, au contact des Européens : ce qui survit est réfugié dans les forêts. La branche pampéenne s’étend, à l’est de la Cordillère des Andes, depuis le Paraguay jusqu’à la pointe du continent ; elle comprend les Patagons, renommés par leur haute stature. La branche ando-péruvienne, qui habite en partie sur les plateaux et les hauts versants de la grande Cordillère , en partie sur les côtes et les îles occidentales de l’Amérique méridionale, avait atteint, lors de l’arrivée des Espagnols, un assez haut degré de civilisation, dont les Incas du-Pérou sont restés le souvenir le plus considérable. La branche araucanienne, qui n’est en quelque sorte qu’une expansion méridionale de la précédente, a résisté davantage à l’influence étrangère : elle occupe les Andes du Chili, et pousse ses ramifications jusqu’au voisinage de la Terre de Feu, où existe le rameau le plus dégénéré : les Pêcherais répandus sur les deux rives du détroit de Magellan.

Enfin, pour terminer cette esquisse sommaire des races principales qui composent l’humanité, il convient de mentionner les variétés que, dans les temps modernes, la colonisation et l’immigration ont semées sur les divers points du globe : ce sont des métis, participant aux propriétés des types générateurs et que désigne, assez généralement, l’appellation de mulâtres ou hommes de couleur, outre le nom que porte chaque degré de croisement. L’Amérique principalement et ensuite l’Asie et l’Océanie ont été, depuis trois ou quatresiècles, les théâtres de ces croisements.

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d’où sont issues des populations qui prennent une part de plus en plus considérable dans l’histoire, la politique et l’économie industrielle de ces pays.

Par l’essence même des lois de la vie, qui font naître l’enfant de l’union de l’homme et de la femme et ne lui permettent de vivre, pendant plusieurs années, que du lait de sa mère et des aliments fournis par les parents, la famille est la.molécule constituante de l’humanité : base nécessaire de toutes les agrégations plus nombreuses qui rapprochent les hommes en corps de société , tribus et hordes, peuplades et communes, Etats et nations. L’égalité numérique, à peu près constante, des individus des deux sexes suffirait à fonder la famille sur la monogamie, quand même des raisons morales n’y inviteraient pas : aussi le mariage monogame et durable est-il le caractère des races et des civilisations les plus avancées.

Au point de vue de l’état social, les sociétés humaines se rangent en quatre formes principales suivant qu’elles sont sauvages, patriarcales, barbares ou civilisées. Dans la sauvagerie domine l’indépendance individuelle, poussée jusqu’à l’entier isolement des familles; c’est l’état le plus rudimentaire de la sociabilité. Quand les familles restent associées, sous la conduite du père de famille, dont l’autorité plane sur plusieurs générations de descendants, c’est l’état patriarcal. Quand les familles, trop nombreuses ou trop ennemies pour suivre la direction d’un patriarche, se séparent et se dispersent, elles ne lardent pas à subir le pouvoir d’un chef, dont la violence et la force sanctionnent les commandements : c’est l’état barbare. Mais bientôt, au milieu des peuples soumis à son joug, se développent les facultés individuelles, les associations partielles qui font contre-poids au despotisme du maître : c’est la civilisation. Beaucoup de variétés-, d’exceptions et d’entre-croisements modifient les types constitutifs qui rappellent exactement les âges primaires, secondaires, tertiaires et quaternaires de la géologie : comme font ceux-ci pour l’évolution cosmogonique de notre planète , ils répondent à des degrés successifs de l’évolution économique des sociétés. Uniquement

chasseurs et pasteurs, les hommes tendent à vivre sauvages, par couples et groupes de familles, que des besoins communs poussent souvent à des fédérations réglées par les conventions et les mœurs. Dès qu’ils élèvent des troupeaux,, la vie pastorale détermine la société patriarcale . Avec l’accroissement des individus et des besoins, des rudiments de culture se multiplient dans les champs; la petite industrie et le petit commerce se rapprochent dans des bourgades qui, en grandissant, deviennent des villes : c’est la naissance et le développement de la période barbare, qui s’appuie sur la force des armes et la discipline des travailleurs, double germe de civilisation. Enfin de nouveaux progrès impriment un puissant essor à la culture et à l’industrie, au commerce et à la navigation, aux sciences et aux arts : alors la civilisation se manifeste dans les villes, tandis que la barbarie se prolonge encore dans les campagnes. Dans ce mouvement ascendant, les phases se dessinent suivant une double voie concentrique : d’une part, la confédération qui unit dans un pacte d’alliance les éléments dispersés ; de l’autre, l’unité qui les fond plus intimement dans un corps spécial ou état politique, dont les nations sont la plus haute expression. Pour former cette haute unité, la race ne fournit qu’une partie des matériaux : le sang, qui est d’ordinaire associé à la langue et à la religion. C’est le ferment seul des traditions, des épreuves, des aspirations communes qui éveille le sentiment du moi collectif ou national et scelle en une unité vivante et compacte des éléments souvent hétérogènes. Aussi les vraies nations sont-elles bien moins nombreuses que les races et les variétés humaines, et trèsrarement coïncident-elles ensemble.

Installée à l’origine en un petit nombre d’individus ou de couples sur la terre, l’espèce humaine n’a cessé d’y croître en nombre et en puissance, malgré de nombreuses défaillances circonscrites à certains temps et à certains pays. Quel est le nombre actuel des habitants de notre planète? A défaut de dénombrements qui manquent dans beaucoup de contrées, les calculs les plus probables que l’on ait pu faire donnent le résultat approximatif de

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1,300 millions d’âmes, réparties à peu près comme suit :

En Europe

290 millions

En Afrique

En Asie

7 iO —

En Océanie

En Amérique

A adopter pour la population totale de la terre le chiffre de 1 ,300 millions d’habitants, et une vie moyenne de 38 ans, il meurt approximativement :

Chaque année 33,000,000 d’individus.

Chaque jour 90,000 —

Chaque heure 3,750 —

Chaque minute 60 —

Chaque seconde, un peu plus de . 1 —

Ainsi, à chaque seconde, du tronc de l’humanité une feuille se détache, remplacée aussitôt par une feuille nouvelle. Entre le monde visible et le monde invisible s’établit une procession continue de vivants et de morts, où la vie gagne cependant de jour en jour un peu de terrain sur la mort, puisque le chiffre des naissances dépasse celui des décès !

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