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L’ANGLETERRE

Le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l’Irlande s’est formé de l’union successive des peuples de l’Angleterre proprement dite, du pays de Galles, de l'Ecosse et de l’Irlande, et chacun est résulté lui-même de l'agrégation d’éléments ethniques très-divers , dont les groupes subsistent encore avec une remarquable fixité. Dans l’Angleterre les habitants primitifs étaient les Bretons, dont le poète disait :

Et penitus toto divisos orbe Britannos.

L’origine gauloise de ces frères des Bretons de la Gaule est attestée , par le nom même, pour les habitants du pays de Galles. Les peuplades de l’Ecosse, dont les Scols et les Pietés sont les plus connues, appartenaient comme les Bretons à la race celtique : ils se disent Gaëls. Enfin l’Irlande, plus certainement encore, était peuplée d’anciens Kymris , branche celtique. Outre les témoignages de l’histoire, les idiomes nationaux constatent cette origine : le kymrique ou welche, qui est la langue du pays de Galles et de Cornouailles ; le gaélique ou erse, langue de la haute Ecosse ; le manx, dialecte de l’île de Man ; l’irlandais enfin, ont la plus grande affinité avec le bas breton de l’Armorique. — Dans les congrès celtiques leurs membres se

reconnaissent pour frères et se comprennent à peu près.

Probablement les tribus celtiques avaient été précédées par des aborigènes, peut-être des Ibères ou des Ligures, dont on entrevoit quelques vestiges ; et plusieurs d’entre elles, celles qui occupaient le sud de Pile principale, subirent la conquête romaine, qui poursuivit ses progrès pendant quatre siècles, sans atteindre le nord ni l’ouest. Après le départ des Romains, rappelés sur le continent par l’invasion barbare, des pirates et des marchands abordent la Bretagne : c’étaient des Saxons, de souche germanique, que suivirent les Angles, de même race. Ennemis d’abord et bientôt unis, ils formèrent le peuple nouveau des Anglo- Saxons, qui devint maître du pays. A son tour, il fut vaincu par les pirates danois, de souche Scandinave, qui régnèrent pendant près de trois siècles (787-1048). Au xi e siècle, Guillaume, duc de Normandie, en sa qualité d’héritier et de sixième descendant de Rollon, fit la conquête de l’Angleterre à la tête d’une nombreuse armée de marins et de guerriers : il fonda la dynastie normande , qui pénétra de sa forte empreinte les institutions, les mœurs et les lois de l’île soumise. Encore aujourd’hui, le sang normand prévaut dans la noblesse britannique et la langue anglaise est toute mélangée de mots français.

A la maison royale de Normandie succédèrent, par les femmes, celle d’Anjou, des Tudors, des Stuarts , des Brunswick-Hanovre. Ce fut Jacques I er , fils de Marie Stuart, d’abord roi d’Ecosse sous le nom de Jacques VI, qui unit à sa couronne celle d’Angleterre. L’union avec l’Irlande, accomplie d’abord par la force guerrière , scellée ensuite par l’oppression religieuse, puis régularisée par un parlement national (1782), fut imposée, à la fin du dernier siècle (1800), par la représentation accordée à l’Irlande au sein du parlement anglais. Dans ces vicissitudes se trouve la clef des révolutions et des partis du Royaume-Uni, qui ont fondé sur la lutte intestine des éléments les plus disparates, et souvent violents jusqu’au meurtre, la puissance politique du pays.

Cette puissance est aujourd’hui représentée par un gou-

vernement constitutionnel, composé d’un souverain (roi ou reine), d’une chambre des communes et d’une chambre des lords : pénétrée de l’esprit le plus libéral, la constitution anglaise résume toute l’histoire de la nation, qui roule sur l’union des communes et des seigneurs contre les prétentions des rois.

De tous côtés circonscrit par les eaux de l’Océan, qui le divisent en deux grandes îles, et environ 170 petites îles et îlots habités *, le Royaume-Uni compte environ 30 millions d’habitants, presque deux fois plus qu’au commencement du siècle, malgré un courant considérable d’émigration, ou plutôt grâce à ce courant, qui encourage la fécondité, en ôtant toute inquiétude aux nombreuses familles. Cette population est répartie sur un territoire de 313,000 kilomètres carrés, les trois cinquièmes seulement de l’étendue de la France : aussi la densité en est-elle plus grande : 95 habitants par kilomètre carré, au lieu de 70. Le budget de l’État oscille autour de 1,700 millions de francs en recettes et en dépenses ; il faut le grossir de 5 à 600,000 francs de taxes locales et municipales, ce qui le laisse encore de quelques centaines de millions au-des-ous de l’ensemble des budgets delà France : c’est le douzième environ du revenu de la nation, qui est évalué à une vingtaine de milliards de francs.

Sur les 31 millions d’hectares du sol britannique, l’agriculture en exploite 18 millions, qu’elle répartit entre les céréales, les plantes sarclées, les prairies artificielles, les légumes secs, la jachère , enfin les pâturages, qui occupent à peu près la moitié. La forte proportion des herbages et des racines, déterminée par l'humidité du climat maritime, correspond à un grand développement du bétail, qui est en effet la partie la plus brillante et la plus lucrative de l’industrie agricole, et qui, par la production du fumier, élève le rendement et le profit des cultures proprement dites,

1 Groupe des Hébrides, 80; des Orcades, 20; des Shetland, 40; des Sorlingues,6; et une douzaine d'autres îles disséminées, sans parler des nombreuses îles inhabitées.

moins variées du reste et d’un perfectionnement plus régulier et plus facile que sur le continent.

Mieux encore que l’agriculture, l’industrie atteint dans le Royaume-Uni une supériorité incontestée sur le reste de l’Europe dans un grand nombre de branches, dont les mines sont la plus florissante. L’extraction de la houille seule dépasse 400 millions de tonnes; la fabrication du fer, 4 millions. Le cuivre, le plomb, l’étain, le zinc, se travaillent par milliers de tonnes, dans des usines qui élaborent les minerais apportés des diverses régions de la terre. La valeur de la production minière dans son ensemble n’est pas évaluée à moins d’un milliard de francs ; et elle n’est qu’une branche du faisceau de mille autres industries, parmi lesquelles les manufactures de textiles et la pêche tiennent les premiers rangs. Enfin le commerce ajoute à ces sources de prospérité son mouvement, qui dépasse 42 milliards et demi de francs, dont 6 milliards 800 pour l’importation et 5 milliards G00 pour l’exportation.

Par l’effet de sa position insulaire, le pays doit donner la meilleure part de ses transports à la navigation, sans compter le cabotage. Le tonnage total des cargaisons, divisé par moitiés à peu près égales entre les arrivages et les sorties, s’élève à 35 millions de tonnes , dont 40 millions seulement sous le pavillon étranger.

L’instruction primaire, jusqu’à présent abandonnée aux familles et aux communes, n’y est guère plus avancée qu’en France et l’instruction supérieure y est plus concentrée sur la classe aristocratique. C’est de l’enseignement moyen ou professionnel, libre et avidement recherché par le commerce et l’industrie, que provient la puissante impulsion donnée aux affaires et encore plus à la presse périodique et non périodique.

Dans la voie des sciences et des lettres, l’Angleterre s’inspire de son passé, car elle a livré sa part d’œuvres immortelles à l’admiration de la postérité. Fils du xvi c siècle, Shakspcare semble grandir avec l’éloignement, et l’esprit de Bacon ne cesse de présider aux recherches de la science moderne. Locke et Milton planent sur l’âge suivant, suivis

île près par une pléiade de moralistes et de romanciers, d’historiens et d’économistes : Addisson et Pope, Richardson et Gibbon, Robertson et Hume, Adam Srnith et Reid; en notre siècle, Walter Scott, lord Byron, Macaulay, maîtres à leur tour dans le roman, la poésie , l’histoire. Au-dessus de ces noms illustres s’élève le nom plus illustre encore de Newton qui , en découvrant les lois de l’attraction sidérale, a renouvelé l’astronomie sur une base jusqu’à ce jour immuable, et inspiré la vocation des Herschell.

Le mouvement industriel et politique est concentré dans un grand nombre de villes de premier ordre, dont la principale sous tous les rapports est Londres, capitaledu Royaume- Uni, peuplée de 3 millions d’habitants. Viennent ensuite, à peu près dans l’ordre d’importance :

En Angleterre : Liverpool (476,000) ; Manchester

(465.000) ; Birmingham (300,000); Leeds (225,000); Sheflield (190,000); Bristol (160,000); Newcastle, Bradfort, Greenwich (chacune 110,000); Hull, Portsmoulh (chacune 100,000). — Entre 50,000 et 100,000, les villes anglaises se comptent par dizaines.

En Écosse : Edimbourg, la capitale (175,000); Glasgow

(425.000) ; Paisley (100,000) ; Dundee (90,000) ; Aberdeen (75,000.)

En Irlande : Dublin (300,000); Belfast (120,000); Cork

(80.000) ; Limerick (50,000).

Enfin l’Angleterre possède le plus vaste domaine colonial que jamais ait eu une métropole. En Europe, Gibraltar, Malte , les îles normandes de la Manche, Helgoland. En Asie, presque tout l’Indostan et des stations isolées en Arabie (Aden), plus loin sur les côtes de l’Inde (Ceylan), de l’Indo-Chine (Singapore), de la Chine (Hong-Kong), en Malaisie ( Labuan ). En Afrique , la Gambie , Sierra Leone, Lagos, le Cap, Natal, et parmi les îles africaines, l’Ascension, Sainte-Hélène, Maurice, les Seychelles. En Amérique, la zone septentrionale presque tout entière, dont le Canada est le centre politique, une grande partie des Antilles, la Guyane sur la terre ferme, les îles Falkland vers le sud. Enfin l’Australie tout entière, avec ses importantes

annexes de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande. Dans leur ensemble les colonies anglaises contiennent 180 millions d’habitants, six fois plus qu’il n’y a de citoyens anglais dans le Royaume-Uni. Telle est la solide base d’une prospérité que n’ont su comprendre ni imiter les autres nations, égarées par de fausses théories anti-colonisatrices, découragées par des guerres malheureuses, ou engagées dans de funestes traditions.

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