LA BELGIQUE — LA HOLLANDE
Auprès de ces deux grands États que nous venons d’es- ■ quisser. la France et l’Angleterre, on est disposé à trouver bien médiocres la Belgique et là Hollande, qu’une destinée commune réunit longtemps sous le nom géographiquement exact de Pays-Bas. Après la séparation survenue en 1830, ce nom est resté à l’État du nord, la Néerlandc, tandis que, à l'étranger, le nom fameux de sa principale province, la Hollande, a prévalu.
Avant de devenir, par une heureuse et patriotique révolution, le royaume de Belgique, la contrée de ce nom passa par les destinées les plus diverses : dans ses premiers âges, confédération gauloise, province romaine, fraction de . la monarchie mérovingienne et carlovingienne ; après le démembrement des États de Charlemagne, assemblage de fiefs relevant de l’empire d’Allemagne ; au moyen âge , annexe du duché de Bourgogne et, dans les temps modernes, de la couronne d’Espagne. Donnés à l’Autriche par le traité d’Utrecht (1713), les Belges furent conquis et gardés par la France pendant la Révolution (1792-1814) et à la paix générale remis à la Hollande, pour former le royaume des Pays-Bas, jusqu’à ce qu’enfin, entraînés par un sentiment d'autonomie que la domination étrangère n’a jamais pu étouffer, ils proclamèrent leur indépendance les armes à la main, et la firent sanctionner par la diplomatie (1830-1832). L’accord de la nation avec les grandes puissances étrangères créa un royaume nouveau neutre, dont
le gouvernement, réglé par une constitution des plus libérales, se compose d’un roi de la maison de Saxe-Cobourg, alliée à la maison d’Orléans, d’une chambre de représentants et d’un sénat.
Le territoire ne comprend que 29,455 kilomètres carrés, peuplé de 4,839,094 habitants, ce qui donne une densité de 164 par kilomètre carré, taux excessif et qui devrait inviter à l’émigration et à la colonisation. Par ses origines la population ne se divise qu’en deux groupes , à peu près égaux : les Wallons ; et les Flamands : les Wallons, qui descendent des Belges primitifs, Gaulois de nationalité et Celtes de race ; les Flamands, descendants des tribus germaniques qui envahirent la Gaule romaine entre l’Elbe et l'Escaut. Cette diversité d’origine persiste dans la langue, flamande ou wallonne, suivant les provinces, le wallon n’étant lui-même qu’un français altéré; elle ne nuit pas à l’unité politique, scellée par la communauté des traditions et des luttes, de la foi et des lois, et que resserre l’emploi de plus en plus prédominant du français, qui est la langue de la constitution et des débats parlementaires. De ce contraste naît plutôt l’émulation dans le progrès que l’hostilité dans la lutte.
Pour vivre et prospérer sur un aussi étroit territoire, la population doit déployer toutes les ressources du travail et de l’intelligence : ainsi fait-elle.
Sonagriculture est des plus florissantes. Sur les 2,900,000 hectares du sol , elle en donne le tiers aux céréales, un neuvième aux prairies, un autre neuvième aux racines et aux fourrages : le reste se partage entre les plantes légumineuses, les jardins, les plantes industrielles (colza, lin, betterave). 11 ne reste en jachère que 94,000 hectares, la trentième partie. Le niveau du progrès obtenu se mesure encore au rendement des céréales, qui est de 19 à 20 hectolitres à l’hectare, et au nombre du bétail, qui atteint les meilleures proportions. Encouragés par le succès et excités par le besoin, les cultivateurs défrichent les terres incultes et de jour en jour améliorent leurs procédés.
Assise en partie sur un terrain carbonifère, la Belgique
L'EUPOPE OCCIDENTALE
s’est fait de 1’exlraclion de la houille un puissant moyeu de travail intérieur et de commerce extérieur. La fabrication du fer et du zinc, le verre, les armes, les machines complètent les industries minéral urgiques ; et à côté d’elles se déploient, avec la même énergie, les manufactures de textiles (toiles et dentelles, colons, lainages).
Le commerce général ne peut manquer de suivre le mouvement ascendant. Parvenu au chiffre de 2, 774, 000 francs, il est plus intense, proportion gardée du territoire et des habitants, qu’en France et en Angleterre. Mais le commerce spécial n’est guère que pour la moitié dans ce chiffre, ce qui accuse un grand transit, dont un pays tire toujours profit. Ce transit, comme tout le commerce belge, s’opère en proportion beaucoup plus forte par terre que parmer ; la raison n’en est pas seulement dans la faible étendue des côtes et la possession de l’unique port d’Anvers, à l’embouchure de l’Escaut : la principale cause relève de l’histoire politique. Déférant au vœu des Provinces-Unies dans l’intérêt de la ville d’Amsterdam, le traité de Westphalie en 1648 ferma l’Escaut à la grande navigation, et le fleuve est resté fermé jusqu’en 1795, où l’occupation française mit fin à ce régime jaloux. Cette funeste compression a contenu chez les Belges la vocation maritime et colonisatrice, qui ne leur était pas moins naturelle qu’à leurs frères de France et de Hollande.
Le trafic commercial s’appuie sur le réseau du chemin de fer le plus ancien, le plus complet et le moins coûteux de l’Europe, et doublé d’un réseau de canaux.
Divisée en neuf provinces, la Belgique possède, outre sa capitale Bruxelles, peuplée de 180,000 habitants, plusieurs grandes villes, telles que Gand (120,000); Anvers (117,000); Liège (100,000) ; Bruges (50,000), et beaucoup d’autres; Malines, Louvain, Verviers, Tournay, Namur, Mons, Ostende, Saint-Nicolas, Courtray, etc. En toutes, même dans les moindres cités, la vie municipale se maintient avec énergie, conformément à une des traditions les plus viriles du pays.
Bien que petite par son territoire, la Belgique des derniers
siècles a légué à l’histoire le nom d’éminents producteurs de l’intelligence. Dans le nombre brillent : l’anatomiste Vésale, les géographes Ortelius et Mercator. Le culte des nobles traditions de l’esprit est entretenu dans deux universités de l’État, Gand et Liège, et deux universités libres, Bruxelles et Louvain, auxquelles font escorte de nombreuses écoles de tout degré. Cependant le nombre des illettrés y est encore le même qu’en France et en Angleterre, le tiers de la population mâle, et sans doute la moitié au moins de la population féminine.
Avec un territoire à peine plus étendu que celui de la Belgique (32,000 kilomètres carrés) et avec une population sensiblement moindre (3,552,000), le royaume des Pays- Bas ou la Néerlande s’est élevé à certains moments de ses annales au niveau des plus puissantes monarchies : par le commerce maritime et la colonisation, et surtout par le courage audacieux et le génie entreprenant de ses citoyens, ce pays a montré comment l’homme peut dompter même le sol, le climat et la mer, trois éléments ambiants que la nature lui avait faits, dans les Pays-Bas, plutôt sévères que propices.
L’unité ethnographique fut sa force originelle. Quoique rattachés à la Gaule, et plus ou moins alliés aux Celles, les Bataves et les Frisons, les deux peuples constitutifs de la Hollande actuelle, étaient frères par le sang, tous deux de race germanique. La commune destinée renforça la commune origine. Réunies au x« siècle sous l’autorité des ducs de Frise, ces provinces devinrent la propriété des ducs de Bourgogne, dont héritèrent l’empire d’Allemagne et la couronne d’Espagne dans là personne de Charles- Quint. En 1579, devenues protestantes, elles secouèrent le joug espagnol et formèrent la république des Sept-Provinces-Unies, dont l’indépendance fut reconnue en 1648, par le traité de Westphalie.
Les guerres désespérées contre Louis XIV, qui auraient pu abattre la jeune confédération, la fortifièrent par la solidarité du danger et des sacrifices qui s’établit entre tous
ses membres. Son indépendance dura jusqu’en 1700, où la république française, en conquérant le pays, institua la république batave, remplacée de 1800 à 1810 par un royaume éphémère, puis incorporée à la France. Les événements de 181 -i rendirent au pays sou autonomie. Dans l’annexion qui lui fut alors accordée des provinces belges, le royaume des Pays-Bas trouva un principe de discorde et de faiblesse, d’où naquit l’insurrection de 1830, bientôt suivie de la séparation. En recouvrant la liberté de sa politique, la Néerlande n’a perdu aucun élément essentiel de sa prospérité économique, qui se manifeste sous le gouvernement de la maison (l'Orange dans toutes les voies de l’activité productrice, surtout dans le commerce et la navigation.
Le commerce dépasse 1,000 millions de francs. La navigation maritime transporte annuellement de 3 à 4 millions de tonneaux, dont un tiers sous le pavillon national. Elle est doublée par la navigation intérieure sur les fleuves et les canaux, où circulent des milliers de navires : ces canaux, sillonnant des plaines basses qu’iis dominent, sont un des traits propres à la physionomie de la Néerlande; se reliant entre eux et avec les trois grands fleuves, l’Escaut, le Rhin et la Meuse, et aboutissant à la mer, ils servent aux communications intérieures plus que les routes et les chemins de fer, qui ne font cependant pas défaut.
L’agriculture n’est ici que la seconde des richesses et ne suffit pas à alimenter les populations. Le climat froid et humide, le sol difficilement asséché, sont plus propres aux herbages qu’aux cultures : aussi la Hollande se distinguet-elle plus par ses bestiaux que par ses grains. Des travaux héroïques, qui continuent toujours, ont conquis une partie du sol cultivable sur la mer, et la région entière est défendue contre les vagues par des digues énormes élevées audessus des plus hautes marées et capables de résister aux plus violentes tempêtes. Quelquefois cependant la mer reprend le terrain perdu et agrandit ses domaines aux dépens de la terre ferme : ainsi ont été formés les trois golfes de Dollart, Lauwerzée et Zuyderzée. Le grand lac nommé mer de Harlem , et beaucoup de lacs intérieurs ont
la même origine : d’habiles travaux de dessèchement, pour lesquels les Hollandais sont passés maîtres, les restituent peu à peu à la culture. La mer de Harlem n’est plus qu’une vaste prairie verdoyante.
En ces conditions hydrographiques la pêche devait naître et prospérer : elle occupe en effet plus de 1,000 bateaux, qui fournissent, principalement de morue et de hareng, la population nationale et les peuples voisins. Les mêmes circonstances favorisaient la construction des navires, dont on compte 200 chantiers. D’autres industries suivent, mais à distance : raffineries de sucre, fabrication de tabac, distillerie, manufactures de soie, de lin, de coton, etc.
Cette activité militante, dirigée contre la nature plus que contre les hommes, se développe à l'ombre d’une constitution très-libérale , qui confie le gouvernement à un roi, assisté d’états généraux composés de deux chambres : comme en Belgique, la vie municipale et provinciale n’y ayant jamais été amortie par la centralisation, est la solide base de la force nationale. Le budget atteint 223 millions de francs, qu’il faut grossir de 70 millions pour les taxes provinciales et communales.
Les colonies ! voilà le plus beau fleuron de la Néerlande. En tête sont celles de l’archipel Malais, situées entre l’Asie et l’Australie, et dont Java est la principale, avec Batavia pour capitale. Le reste, moins important, est disséminé en Afrique (Elmina) et en Amérique (Guyane, quelques Antilles). La population totale est de 18 à 20 millions d’habitants, ce qui donne, comme pour l’Angleterre, une proportion de 6 sujets coloniaux pour 1 citoyen néerlandais.
Les colonies alimentent la marine marchande des deux principales villes commerciales de la Hollande, Amsterdam (266,000) et Rotterdam (112,000), l’une et l’autre plus importantes que la capitale politique, la Haye (85,000); viennent ensuite Utrecht (60,000), Leyde et Groningue, chacune avec 38,000 âmes, Harlem (30,000) . Il n’est presque aucune ville, même parmi les moindres, dont le nom ne rappelle quelque glorieux souvenir de politique ou de guerre, d’industrie ou de science.
Terre de liberté politique et religieuse, la Hollande fut toujours favorable à la production intellectuelle. Elle y concourut par l’asile qu’elle donna à tous les proscrits des religions et des gouvernements non moins que par le travail de ses enfants. Entre bien des noms qui survivent, on remarque ceux de l’érudit Erasme, du philosophe Spinosa, du médecin Boerhaave, du publiciste Grotius, du géomètre et physicien Huyghens. Aujourd’hui trois universités, à Leyde, Utrecht ' et Groningue, maintiennent les hautes études. L’instruction populaire, bien que distribuée par près de 4,000 écoles, laisse encore dans l’ignorance absolue de la lecture et de l’écriture un cinquième de la population.
Le grand-duché de Luxembourg appartient à la dynastie régnante de Hollande, sans faire partie du territoire national. 11 forme entre la France, la Belgique et l’Allemagne une enclave neutre de 2,554 kilomètres carrés, peuplé de 206,574 habitants, ayant un budget de 5 millions de francs et se gouvernant librement sous l’autorité nominale d’un prince de la maison d’Orange, sans autre attache qu’un lien douanier avec le Zollverein. A la suite de la guerre entre la Prusse et l’Autriche en 1866, la citadelle de la ville du Luxembourg a été démolie.