ROYAUME D’ITALIE — ÉTATS ROMAINS
Constituée une par la nature qui l’a circonscrite eu une péninsule entourée de la mer et des Alpes, 1 Italie nous offre la môme dualité que l’Ibérie, avec un contraste à la fois plus intime et plus tranché encore : le royaume d’Italie et les Etats romains. En remontant à quelques années en arrière, on y retrouverait le morcellement politique de la vieille Espagne : sept Etats distincts, dont l’un, le royaume lombard-vénitien, soumis à l’empire d’Autriche qui a dû y renoncer, après de vaines luttes contre la France, l’Italie et la Prusse (1859-1806).
De 1859 à 1866, le royaume d’Italie s’est constitué d’abord par l’union des Etats sardes au royaume des Deux-Siciles; successivement il s’est grossi de la Lombardie, de la Toscane, de Parme, de Modène, un peu plus tard de la Romagne et de l’Ombrie; la Vénétie, détachée depuis le traité de Campo-Formio (1797), y a été rattachée en 1866. La constitution libérale du royaume d’Italie confie le gouvernement à un roi, de la maison de Sardaigne, l’une des
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plus anciennes d’Europe, assisté de deux chambres. Les dépenses atteignent un milliard de francs. A ce gros denier, il faut joindre 00 millions de dépenses provinciales et 280 millions de dépenses communales, ne se réglant qu’à l’aide de taxes extraordinaires : par cet autre trait de ressemblance avec l’Espagne , la situation financière est loin d’être satisfaisante.
Cependant le territoire du royaume d’Italie est vaste {284,391 kilomètres carrés) et fertile, la population nombreuse (21 millions et demi d’habitants), intelligente, un peu déshabituée du travail sur quelques points, mais généralement laborieuse. La variété d’origine des peuplades qui, dans les temps anciens, occupèrent l’Italie, s’est fondue à la longue dans l’unité de la race italienne et ne se reconnaît guère qu’à la multiplicité des idiomes; il n’y a de types étrangers que sur la circonférence, aux points de contact avec les nations voisines : le type français , dans les vallées des Alpes qui touchent à la Savoie; l’allemand, dans celles qui confinent à l’Autriche ; l’hellénique ainsi que l’albanais, dans les Calabres.
Cette population se partage entre l’agriculture pour les deux tiers, et diverses industries pour le reste. La moitié du sol arable est en champs de céréales, autour desquels déploient leur verdure et s’entremêlent des vignobles étendus et des plantations de mûriers, d'oliviers, de châtaigniers, des forêts, quelques rizières, des prairies et des pâturages pour un nombreux bétail. Les nombreux cours d’eau, qui descendent de la ceinture des Alpes et de la chaîne des Apennins, facilitent l’irrigation et fécondent la terre ; entre autres plaines, celle de la Lombardie est renommée pour sa fertilité.
Parmi les nombreuses industries italiennes, on cite, pour leur perfection et leur importance, les filatures de soie et les fabriques de pâles alimentaires, l'extraction du soufre, en Sicile, la production minérale, en terre ferme et en Sardaigne. Les arts de la sculpture et de la peinture y sont si répandus qu’ils prennent presque le caractère et les proportions d’une véritable industrie, qui trouve de pré-
rieuses ressources dans les marbres et les couleurs indigènes.
Le commerce du royaume d’Italie dépasse 1 ,500 millions de francs; la marine marchande, qui possède 17 à 18,000 navires, attend un puissant essor de la renaissance des marines méditerranéennes par l’ouverture du canal de Suez. Le grand développement du littoral , dont le rapport à la surface dépasse celui de tout autre pays d’Europe, porte l’activité nationale vers cette direction, qui est d’ailleurs dans ses traditions et ses instincts : dès le moyen âge, Gènes, Livourne, Pise, Venise, acquirent sur mer une puissance qui créa leur opulence. Cette vocation maritime prend appui dans les trois mers locales qui baignent la péninsule (Tyrrhénienne, Ionienne, Adriatique) et creusent dans le rivage de nombreux mouillages. Du côté de la terre le percement, qui sera bientôt achevé, du mont Genis lui ouvrira de nouvelles issues au delà des Alpes.
Les efforts pour répandre l’instruction populaire sont trop récents pour avoir porté leurs fruits ; aussi l’ignorance estelle profonde et générale dans les classes inférieures : il est telles provinces où le nombre des conscrits illettrés dépasse 05 pour 100. En revanche, l’instruction secondaire et supérieure est très-répandue. L’Italie ne compte pas moins de 20 universités, dont 5 libres et 15 sous la direction du gouvernement.
La haute éducation de l’esprit étant de date fort ancienne dans le pays italien et admirablement servie d’ailleurs par l’heureuse organisation de la race, il en est résulté un grand nombre d’intelligences supérieures, qui lui ont fait une gloire incomparable dans la production littéraire et scientifique. Dès le xiii c siècle, Thomas d’Aquin s’annonce comme l’encyclopédie vivante de son époque; et de siècle en siècle brillent les poètes Dante, Pétrarque, Tasse, les conteurs Doccace et l’Arioste, le politique Machiavel, l’astronome Galilée, le philosophe Vico, et vingt autres noms éminents, sans compter une lignée d’artistes immortels, à la tète desquels l’unanime admiration de la postérité place Michel- Ange et Raphaël.
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Le commerce, les lettres et les arts firent alliance dans les villes italiennes dont la renommée a survécu aux cours qui, dans les âges précédents, en étaient l’ornement. Florence, sur les rives de l’Arno, est la capitale du royaume d’Italie avec 115,000 habitants. Mais Naples, longtemps aussi capitale d’un royaume, n’a pas moins de 447,000 âmes, et Turin doit au même titre ses 200,000 habitants. Viennent à côté et à la suite : Milan (240,000); Païenne (194,000) ; Gênes (127,000); Venise (118,000); Bologne (109,000) ; Messine (103,000); Livourne (90,000); Catane (08,000); Ferrare (07,000); Lucques (05,000), et avec une moindre population, mais non moins d’éclat : Vérone, Raven ne , Modène,Padoue,Pise, Parme, Pavie,Mantoue, Salerne, etc., autant de foyers où se confondent, quelquefois avec un éclat inégal, les rayons du passé et du présent.
Engagée dans les luttes intestines et dans le commerce de la Méditerranée, l’Italie, — qui fonda au moyen âge des colonies prospères dans le Levant, et dont l’un des plus glorieux enfants, Christophe Colomb, a donné le Nouveau-Monde à l'Europe, comme au moyen âge Marco Polo avait révélé l’Asie orientale, — l’Italie n’a point fondé de colonies modernes : c’est une gloire et une force qui lui manquent. Ses lies, la Sicile, la Sardaigne, lui en tiennent lieu. Elle a droit de regretter la Corse, à jamais française du jour où elle est devenue le berceau des Bonaparte, et Malte, indûment gardée par l’Angleterre , depuis la paix d’Amiens (1802).
Les Etats romains, aux limites toujours flottantes depuis Charlemagne, mais réduites de siècle en siècle, par la réaction des puissances temporelles de l’Italie, de l’Allemagne et de la France, ne sont plus aujourd’hui qu’une enclave, au cœur de l’Italie, peuplée de 692,000 habitants, dont 248,000 à Rome et le reste dans la campagne romaine, dans les provinces de Civita-Vecchia et de Viterbe , de Velletri et de Frosinone. C’est dans les faubourgs et la campagne de Rome que survit avec le plus de pureté le type romain. Le Tibre, au nom fameux depuis vingt-cinq siècles, roule
lentement ses eaux fangeuses vers la mer, où le port envasé d’Ostie n’est plus qu’un souvenir historique, que la papauté pense, de temps à autre, à réveiller. C’est à Civita-Vecchia qu’est aujourd’hui l’unique port de l’Etat romain. Il y entre annuellement 3,000 bâtiments, jaugeant 600,000 tonneaux, dont le pavillon romain ne couvre pas la vingtième partie. L’aliment manque à la marine romaine, faute de production agricole et industrielle. C’est la production religieuse qui domine dans la ville éternelle, siège de la papauté, gouvernement théocralique , à la fois spirituel et temporel, qui règne à Rome, et plane sur le monde catholique tout entier, suivant sa devise : Urbi et orbi.
Le budget officiel de l’Etat romain est de 36 millions en recettes et de 73 millions en dépenses, ce qui laisse un déficit de 37 millions que couvrent les dons volontaires de la chrétienté ; mais la vraie situation financière de la papauté reste un mystère impénétrable à toute statistique et peutêtre inconnue de la trésorerie romaine elle-même.
Dans le royaume d’Italie, entre Urbin et Rimini, se trouve la république de Saint-Marin, le plus petit et cependant le plus ancien État de l’Europe , car son origine re monte au vi c siècle. Il comprend une population de 8,000 habitants, distribué sur un territoire de 68 kil. carrés; à vrai dire, c’est une ville libre (San-Marino) avec deux villages, et un budget de 42,000 francs.