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CHAPITRE XII

Entre l’occident et l’orient de l’Europe, de la mer du Nord à l’Adriatique et de la mer Baltique à la mer Noire, se développe l’Europe intermédiaire ou médiane. C’est le centre du monde germanique, composé de deux groupes princicipaux : l’Allemagne et la Scandinavie, unis par le Danemark, séparés par la Baltique.

Dans cette région européenne, l’histoire politique, toujours en travail de renouvellement plus qu’en aucune autre partie de l’Europe, a constitué les Etats suivants :

1 empire : l’Autriche.

6 royaumes : Prusse, Saxe, Bavière, Wurtemberg, Danemark, Suède et Norvège.

6 grands-duchés : Bade, Hesse-Darmstadt, Mecklembourg- Schwerin, Mecklembourg-Strelitz, Oldenbourg, Saxe-Weimar- Eisenach.

6 duchés : Anhalt, Brunswick, Saxe-Altenbourg, Saxe- Cobourg, Saxe-Gotha, Saxe-Meiningen-Hildbourghausen.

8 principautés : Lippe-Detmold, Reuss-Greiz (ligne aînée), Reuss-Schleitz (ligne cadette), Schaumbourg-Lippe, Schwarzbourg-Rudolstadt , Schwarzbourg-Sondershausen , Waldeck , Liechtenstein.

3 villes libres : Lubeck, Hambourg, Brême.

La politique a soumis à l’Angleterre la petite île d’Helgoland, dans la mer du Nord.

Depuis 1866, le plus grand nombre de ces Etats forme, avec la Prusse, la Confédération du Nord de l’Allemagne, qui établit au milieu de cette diversité un groupement

nouveau de forces, succédant à celui qui constitua longtemps la Confédération germanique.

Leur population comprend 77 millions et demi d’habitants, ainsi répartis :

A. Massif germanique.

Autriche (1867) 32,533,000 1

Liechtenstein 8,322

Bavière (1867) 4,824,421

Wurtemberg (1867) 1.748.328

Bade (1867; 1,430,000

Hesse (1867, 823,644 *

(Etats de la Confédération du Nord).

Prusse (1867) 24,061,210

« Udenbourg 315,936

Mecklembourg-Schwerin 560,732

Mecklembourg-Strélitz .... 99,433

Villes libres : Lubeck, 49,183 )

— Hambourg, 306,510 \ . . . . 467,104

— Brême, 111,411 )

Brunswick . . . *. 301,966

Lippe-Detmold 112,062

Schaumbourg-Lippe. 31,814

Anhalt 197,050

Waldeck 79,509

Schwarzbourg-Sondershnusen 68,067

Schwarzbourg-Rudolstadt 75,149

Saxe royale 2,423,576

Saxe-Altenbourg '. ... . 141.399

Saxe-Cobourg-Gotha 166,133

Saxe-Meiningen-Hildbourghausen 181 ,433

Saxe-Weymar-Eisenach 283,044

Reuss, ligne aînée 43,889

Reuss, ligne cadette 88,007

Total du massif germanique 71,063,228

B. Massif Scandinave.

Danemark .• 1,732.115

Suède et Norvège 5.815,619

Total du massif Scandinave 7,547,734

1 Dont 11,173,012 pour le pays de la couronne de Saint-Etienne, royaume de Hongrie.

1 Dont 251,776 appartiennent à la Confédération du Nord.

Le nombre total de 77 millions et demi ne forme que les sept douzièmes du chiffre de l’Europe occidentale, tandis que l’étendue territoriale (2 millions de kilomètres carrés) est plus vaste que dans cette dernière. Cette moindre densité de la population est due surtout à la région Scandinave, beaucoup moins peuplée que la région germanique. En celle-ci, en effet, la densité est de 61 habitants par kilomètre carré (4,452,000 k. c. divisés en 74 millions d’habitants); dans l’autre, elle n’est que 8,5 (874,000 k. c. divisés en 7 millions et demi). La rudesse du climat et la stérilité du sol dans une grande partie de la presqu’île Scandinave rendent compte de celte extrême inégalité.

Ce vaste territoire, qui forme le cinquième de l’Europe (2 millions de kilomètres carrés sur 40 millions), est le domaine propre de la race germanique, dont les Scandinaves eux-mêmes ne sont qu’une branche qui s’est déployée vers le nord. De bonne heure on la voit paraître sur ce théâtre, d’où elle part en bandes armées et tumultueuses à la conquête du monde romain ; et de nos jours encore, des essaims d’émigrants se disséminent pacifiquement dans le monde entier. Puissamment expansive et fortement ambitieuse, elle a soudé à ses flancs la Hongrie d’origine toute différente, et longtemps elle a retenu la Lombardie et la Vénétie. Elle pénètre dans le monde slave par les lots de Silésie et de Galicie qu’elle s’est appropriés dans le partage de la Pologne; par ses provinces de Bohême, du Danube, de l’Illyrie et de la Dalmatie ; enfin par les colonies qu’elle a fondées même en Russie. Le monde celtique a reçu l’infiltration frisonne et flamande, lorraine et alsacienne; sur les frontières allemandes de la Suisse, le sang germanique prédomine; et plus loin de son centre elle étend en Angleterre son rameau anglo-saxon, et jusqu’en Islande, un rameau Scandinave.

L'unité primitive de la Germanie, dont la langue allemande a conservé les traces malgré de nombreux dialectes, a été brisée par d’autres influences, au point que nulle autre contrée, homogène par la race, ne présente un morcellement aussi complexe pendant une aussi longue durée. La géo-

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graphie, la guerre, la diplomatie, la religion lui ont fait cette diversité extrême de destinées.

Dès les temps les plus anciens, la famille germanique s’est trouvée coupée en deux par la mer du Nord et la mer Baltique, rejetant au nord le rameau Scandinave ; ce rameau reste cependant attaché au tronc du continent par le Jutland danois ou Chersonèse cimbrique. En outre, le corps germanique a manqué de contact avec la mer : placé au centre de l’Europe, les Alpes le séparaient de la Méditerranée et les Karpathes des provinces de la mer Noire, d’ailleurs fort éloignées ; au nord, sur la Baltique, les ports étaient trop rares pour le service d’une grande nation, et, d’ailleurs, entravés par les tributs que prélevaient les maîtres des détroits (Cattégat, Sund, les deux Bell). Les villes maritimes qui, au moyen âge, furent les berceaux de la Ligue hanséalique, nouèrent plus de rapports avec les villes du dehors qu’avec celles de l’intérieur. Faute d’issue maritime, l’activité des peuples germaniques s’est tournée sur elle-même quand elle n’a pas trouvé une diversion dans la guerre avec les voisins. Au cours de ces luttes, et dans un milieu ainsi délimité, la personnalité énergique qui, au témoignage de Tacite, fut de bonne heure l’un des caractères des Germains, s’est développéë, non sans efforts et chocs violents. De là- toutes ces autonomies multiples et indisciplinées, municipales et provinciales, ecclésiastiques et impériales, séculières et régulières, aristocratiques et féodales, dont ne triompha jamais complètement l’unité politique qui parvint à se constituer au-dessus de toutes ces fractions. Charlemagne eut beau fonder l’empire d’Allemagne , il ne put léguer son génie et sa puissance à ses faibles successeurs. Divisé en lambeaux par leurs propres mains, reconstitué après eux par des familles rivales, l’empire, électif en principe, et héréditaire en fait, passa successivement aux maisons de Saxe, de Franconie, de Souabe ou Hohenstaufen , de Hapsbourg, de Luxembourg et de Bavière, d’Autriche enfin, sans fondre ni niveler les États, au nombre de plusieurs centaines, qui en composèrent les éléments jusqu’en 4789. Depuis celte époque* les guerres

et les révolutions ont opéré des transformations dont la tendance persistante et le résultat final ont été la simplification des rouages de ce mécanisme si complexe. La guerre de 1860, survenue entre la Prusse et l’Autriche, a eu pour but une nouvelle élimination des éléments politiques qui se prêtaient le mieux à l’absorption (Hanovre, Schleswig- Holstein, Hesse électorale, Francfort), l’exclusion de l’Autriche hors de la Confédération, et enfin la création d’une marine militaire allemande dans les ports de Kiel et de Jahde; tous ces changements combinés avec l'affranchissement delà Vénétie, rendue par l’Autriche à l’Italie.

Au xvi® siècle enfin, la religion, sur les lèvres ardentes de Luther, jeta au sein des peuples et des princes allemands un nouveau ferment de discorde. Reprenant avec plus d’éloquence et de science les protestations jusqu’alors étouffées des Albigeois en France, d’Arnauld de Brescia en Italie, de Wicleff en Angleterre, de Jérôme de Prague et de Jean Hus en Bohême, et les condensant en un corps nouveau de théologie et de politique dont s’inspirèrent bientôt Calvin en France et Zwingle en Suisse , Luther créa une Église de la Réforme qui conquit l’adhésion d’une partie notable de T Allemagne, et compliqua de la question religieuse toutes les affaires politiques. Trois siècles écoulés depuis ses fougueuses prédications ont amorti les luttes, et il n’en reste que la rivalité entre les religions et les sectes; puissant ressort pour l’esprit de recherche, de polémique et de propagande.

De ces vues générales nous passons à l’esquisse particulière de chacun des groupes de l’Europe médiane.

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