LES ÉTATS DU SUD DE L'ALLEMAGNE
Ils sont au nombre de quatre : Bavière. Wurtemberg, Bade, Hesse, interposés entre l’empire d’Autriche et la Confédération du Nord et autorisés à former entre eux une confédération spéciale.
Des quatre, la Baviéke est le plus important. Il se compose de deux parties dont l’une, sous le nom de Bavière rhénane, fragment de l’ancien Palalinat, est séparée du corps du royaume par le Wurtemberg et le duché de Bade : défaut manifeste d’unité.
La superficie totale du territoire est de 15,624 kilomètres carrés dont 59,184 pour la Bavière rhénane. La population nombre 4,824,421 habitants en majorité catholiques et d’origine fort mêlée. Province romaine sous les noms de Vindélicie et de Norique, le pays fut conquis au V e siècle par les Boii de la Bohême, ensuite par les Francs austrasiens, dont les cercles de Franconie rappellent la trace. Le nom de Souabe atteste un troisième élément d’ancienne formation. A travers bien des vicissitudes, la Bavière est devenue un royaume constitutionnel dont le gouvernement se compose d’un roi et de deux chambres formant une diète.
Le budget s’élève à 183 millions de francs. La majeure partie de la population se livre à la culture, principalement à celle des céréales et des pommes de terre : viennent après, les vignes, le tabac, le lin, le chanvre, le houblon ; les forêts couvrent le tiers du territoire. Un sixième de la surface réservé pour les prés et pâturages permet l’élève d’un nombreux bétail.
La grande industrie est peu développée : la moyenne se porte sur un assez grand nombre de branches, telles qu’extractionde houille, de minerai de fer et de plomb; fabrication de fonte et de fer ; manufactures de tissus ; machines, brasseries surtout qui alimentent la consommation intérieure et même exportent à l’étranger. L État, les communes, les fondations particulières concourent au développement de l’instruction primaire qui est obligatoire. L’instruction su-
périeure est réservée aux universités de Munich, Wurzbourg et Erlangen.
Etat tout intérieur, sans communication avec la mer, la Bavière ne peut demander sa prospérité qu’aux ressources de son sol ; sa destinée commerciale se trouve ainsi un peu bornée. Mais le Danube qui coule à travers son territoire, le canal qui rattache le bassin du Danube à celui du Rhin, ce dernier fleuve qui baigne le Palalinat, enfin le lac de Constancelui ouvrent, vers l’occident et vers l’orient, une double issue dont la Bavière peut profiler.
Outre sa capitale Munich, peuplée de 167,000 habitants, la Bavière possède, en fait de grandes villes, Nuremberg (70,000), Augsbourg (40,000), Wurzbourg (41,000). Viennent ensuite Ratisbonne, Bamberg et Furth, avec 20,000, 25,000 et 21,000 habitants.
Wurtemberg. Moins étendu que la Bavière , dont il confine la frontière occidentale, le Wurtemberg a une superficie de 10,074 kilomètres carrés, et une population de 1,748,000 habitants, en majorité protestants : il occupe le- centre de l’ancienne Souabe, qui lirait son nom des Suèves, une des nombreuses tribus germaniques, dont la famille princière a joué un si grand rôle, au moyen âge, dans les affaires de l’empire allemand. C’est aujourd’hui un royaume constitutionnel, dont le gouvernement se compose d’un roi et d’Etats divisés en deux chambres. Le budget ne dépasse pas 45 millions, dont la majeure partie provient des domaines et services publics, auxquels il faut ajouter une assez forte part contributive dans les dépenses des bailliages et des communes. En somme, les finances du Wurtemberg sont en bon état parce que l’armée sur le pied de paix n’est que d’une dizaine de mille hommes.
L’agriculture, enseignée dans l’institut agricole de Hohenheim, forme l’occupation principale et s’applique aux céréales, aux vignes, aux jardins, aux pâturages, aux forêts; les bestiaux sont nombreux et soignés; les ruches d’abeille comptent comme revenu sérieux. L'industrie y est représentée dans un grand nombre de branches, parmi lesquelles
tiennent le premier rang les filatures de coton , de laine, de lin; les fabriques de machines, l’exploitation des mines : les chemins de fer ont beaucoup contribué à multiplier l’activité industrieuse et à répandre l’aisance. La navigation dispose du lac de Constance, du haut Danube et du Neckar.
L’instruction primaire, obligatoire en vertu de la loi, y est universelle : sur U, 400 recrues, il s’en est trouvé 8 seulement ne sachant ni lire ni écrire; et chacun pour des raisons plausibles. L’enseignement supérieur est professé à Tubingue.
Malgré une situation naturelle et morale généralement satisfaisante’, le Wurtemberg fournit à l’émigration un contingent assez considérable, attribué au morcellement du sol, qui est extrême sur quelques parties du royaume.
Les principales villes sont : la capitale Stuttgard (69,000 habitants), Ulm (23,000); puis Esslingen, Heilbronn, Reutlinger, avec 15,000, 16,000, 13,000 habitants. Dans la Bavière rhénane, Spire, Landau, ayant 13,000 et 12,000 habitants.
Sur la lisière du Wurtemberg se trouvent les deux petites principautés de Hohenzollern, qui ont été, en 1850, cédées à la Prusse, dont la famille royale remonte aux familles souveraines de ces petits pays.
Grand-duché de Bade. Plus petit encore est le grandduché de Bade, qui n’a que 15,284 kilomètres carrés de superficie et une population de 1,340,970 habitants, aux deux tiers catholiques, un tiers protestant ; mais la fertilité de ses plaines, le large cours du Rhin qui le baigne dans toute sa longueur, depuis le lac de Constance jusqu’en aval de Mannheim, le voisinage enfin delà France et de la Prusse compensent la médiocre étendue. Jouissant d’une constitution très-libérale, garantie parles mœurs autant que par les lois, Bade se livre avec succès à une production fort variée : son budget oscille entre 40 et 45 millions de francs. Son armée se réduit à 8,000 hommes sur le pied de paix. L’agriculture se partage entre les céréales, les vins, les tabacs, le houblon : ces deux derniers produits servent d’ali-
menls aux fabrications de cigares et de bière. La Forêt- Noire abonde en ressources forestières, qui ont fait de la fabrication des pendules de bois et d’objets sculptés une des spécialités locales. Bien que les mines y soient moins communes qu’ailleurs, la facilité des transports y a suscité la création d’usines importantes pour métaux, machines, glaces, verreries, entremêlées à des manufactures de textiles. L’instruction primaire étant obligatoire est fort répandue. Les universités de Heidelberg et de Fribourg font honneur à l’Allemagne savante.
Les villes principales sont : Carlsruhe, la capitale politique, et Mannheim, la capitale commerciale, chacune avec 30,000 habitants : Fribourg, 19,167; Heidelberg, 17,666. Constance, sur le lac de ce nom, jadis ville impériale, est moins peuplée (5,000), mais son nom a un éclat historique qui autorise une mention. Baden-Baden est renommée, comme ville de plaisirs et d’eaux minérales.
GnAND-nucnÉ de Hesse. La Hesse occupe le dernier degré dans les Étals de l’Allemagne méridionale : son territoire coupé en deux par le Rhin n’a plus que 8,392 kilomètres carrés; sa population n'est que de 823,000 habitants dont les trois quarts sont protestants et un quart catholique. Toute la partie du duché de Hesse- Darmstadt, au nord du Mein, relève de la Confédération du Nord. Pays agricole, médiocrement fertile sur une partie considérable de son territoire, il possède bien quelques filatures, quelques usines à fer, de grandes fabriques de quincaillerie et de mercerie, et autres grands établissements manufacturiers, mais peu de mines. Son budget monte à 20 ou 22 millions. C’est à la Hesse-Ducale qu’appartient la célèbre et forte ville de Mayence, sur le Rhin, peuplée de 43,000 habitants, qui fut, avec Strasbourg, un des berceaux de l’imprimerie.
Darmstadt, la capitale politique, n’en a que 31,000; Offenbach , 25,000; et Worms, dans le Palatinat rhénan, 13,380 habitants.
La Confédération des États du Sud est restée à l’état de
L’EUROPE MEDIANE
projet. Des traités conclus entre la Prusse et chacun de ces États placent leurs armées, en cas de guerre, sous le commandement du roi de Prusse ; d’ailleurs le voisinage entraîne toute la Hesse vers le nord, où une partie de son territoire est déjà engagée, et Bade y incline par toutes ses sympathies princières et populaires, aussi bien que par ses alliances de famille : seuls, la Bavière et le Wurtemberg se défendent d’une alliance trop intime. Les États du Sud restent donc une expression géographique , dont l’unité résulte plutôt du caractère orographique et hydrographique que de tout autre. Le territoire est circonscrit, sauf quelques lisières qui débordent, par les Alpes, le Rhin, le Mein, le Bœhmer-Wald ; il est relié dans ses parties par le haut cours du Danube et de ses affluents (Naab, Attmull, Isser, Isar, Inn), sans que les ramifications montueuses qui le traversent en tout sens et dont la Forêt-Noire est la plus célèbre, puissent rompre profondément cette unité,, leur altitude moyenne, percée d’ailleurs de cols et de défilés, n’étant que de *500 à 600 mètres, bien que certaines cimes atteignent 1,500, et que la ligne de partage des eaux de l’Europe traverse la région. La Confédération du Sud, si elle se constitue, englobera 8 millions et demi d’habitants, que le Mein séparera de la Confédération du Nord.