LA CONFÉDÉRATION DU NORD DE L’ALLEMAGNE
, Cette vaste fédération, née de la guerre de 1866, est une nouvelle édition, considérablement modifiée, de la Confédération germanique qu’avaient établie les traités de 1815, et qui était elle-même la renaissance de l’empire germanique, dont le laborieux enfantement et les évolutions multiples constatent les efforts séculaires de la race germanique pour se constituer en unité nationale : effort qui n’a jamais que médiocrement réussi, tant est vivace la personnalité allemande, dans la famille, la commune et la province. Sous sa forme actuelle, le Norddeutscher Bund comprend : la Prusse, qui possède à elle seule les quatre cinquièmes du territoire; le groupe des États saxons, qui confinent à l’Autriche et à la Bavière; les deux Mecklembourg, qui touchent à la mer Baltique ; l’Oldembourg, que baigne la mer du Nord; et divers petits États, enclavés dans les provinces prussiennes. Dans son ensemble, la Confédération du Nord s’étend sur 413,159 kilomètres carrés, peuplés de 30 millions d’habitants; tous de sang germanique, à l’exception des Slaves de la région orientale de la Prusse qui ont protesté, par la voix de leurs députés de Posen, contre une union forcée en opposition au principe des nationalités, au nom duquel a été organisée la Confé-
L’EU IIU PE MEDIANE
déralion; à l’exception aussi des Danois du Schleswig qui invoquent en vain leur origine Scandinave.
La présidence de la Confédération est attribuée au roi de Prusse, qui, en cette qualité, la représente au dehors, déclare la guerre, conclut la paix, signe les traités. Il règle les affaires communes avec son conseil fédéral, représentant les divers États, et recevant les commissaires du gouvernement. C’est la chambre haute , que complète un reiclistag (diète ou parlement fédéral), élu par le suffrage universel, direct et secret, dans tous les États de la Confédération. L’unité fédérale est confiée à la .défense d’une armée, dont le pied de paix est fixé à 1 0/0 de la population, soit 300,000 hommes, et s’appuie sur un budget de 270 millions de francs.
Le royaume de Prusse, dans ses proportions actuelles, est l’un des grands États de l’Europe, au sein de laquelle il s’est constitué par un travail de sept siècles, poursuivi avec une persévérance que le succès a encouragé et couronné. Il est né de l’union du duché primitif de la Prusse orientale avec l’électorat de Brandebourg, formant un faisceau de leurs forces politiques, militaires et religieuses et affermissant chacun de leurs pas, autour d’eux et en avant, vers l’Europe occidentale, par la guerre et la conquête, par des héritages, par des achats. Lorsqu’en 1048, la paix de Westphalie régla la nouvelle situation politique de l’Europe, issue de la guerre de Trente-Ans, l’électeur de Brandebourg n'y reçut qu’une part modeste; et les accroissements, qui ont fait de ses descendants les rois de Prusse, ne sont pas une des moindres causes qui ne permettent plus de considérer l’équilibre de l’Europe comme pouvant s’établir sur les bases vermoulues du traité de Westphalie. Les deux sections dont il se composait, d’après les traités de 1815, l’une sur le Rhin, l’autre plus au loin vers l’est, séparées par le royaume de Hanovre, la Hesse électorale et [le duché de Nassau, ont été réunies par l’absorption de ces Étals. En même temps la Prusse s’esl arrondie du territoire de la ville libre de Francfort au sud , des duchés de Lauenbourg et du Schleswig-Holstein au nord, et n’à laissé subsister
d’États distincts que ceux qui ne pouvaient paralyser son action; et même vis-à-vis de ceux-ci, elle a imposé une protection qui confisque leur indépendance *.
Le territoire actuel de la Prusse est de 35i ,320 kilomètres carrés peuplés de 24 millions d’habitants , en majorité d’origine germanique. Cependant la province qui fut un des berceaux primitifs du royaume, et lui a donné son nom, la Prusse orientale, est peuplée en partie de Teutons de race lithuanienne ; et l’élément slave polonais qui fait le fond de la population, entre la "Vistule et la Poméranie, n’a été annexé que par la force, comme les Danois du Schleswig. La majorité du peuple prussien est protestante : mais avec une minorité catholique considérable, et un grand nombre de juifs et quelques sectaires anabaptistes.
Le gouvernement est confié à un roi constitutionnel et un parlement composé de deux chambres Le budget s’élève à 625 millions de francs , qu’il faut grossir de charges communales assez considérables et du contingent à verser au budget fédéral.
L’activité nationale se partage entre l’agriculture et l’industrie. Les terres arables sont affectées aux céréales, au tabac, au houblon, à la betterave ; les vignes produisent des vins dont certains crus, situés dans les vallées de la Moselle et du Rhin, ou dans l’ancien duché de Nassau, sont renommés. Les bestiaux sont nombreux et soignés, et les produits qu’ils donnent, laine et beurre, fromages
1 Les récentes annexions ont donné à la Prusse :
Royaume de Hanovre . 1,923,492 âmes
Hesse électorale et Hesse-Hombourg. . 747.283 —
Duché de Nassau 466,014 —
Ville de Francfort 89,837 —
Duché de Holstein et Lauembourg . . 534.310 —
Schleswig 406.486 —
Enclaves cédées par la Bavière. . . . 32,976 —
Enclaves cédées par le grand-duché de Hesse 75,102 —
Total 4,295,700 —
Un échange de territoire a été aussi conclu entre le grandduché d’Oldenbourg et la Prusse.
et jambons, sont l’objet d’un commerce important La I russe rhenane, comme en général l’Allemagne occi-
r q . ui a vecu quelque temps sous l’autorité du
Code Napoléon est un pays de petite propriété, poussée jusqu au moreeUement extrême, et c’est une des^auses le 1 émigration considérable qui s’y constate Les mines sont une des principales richesses de la I russe • fer, zinc, cuivre, argent, plomb y sont fructuensement exploites, ainsi que la houille et le lignite. Les usines métallurgiques en sont le complément naturel ; il en est plusieurs qui rivalisent avec celles de France, de la Behrique et de 1 Angleterre , et la production de l’acier y a atteint une rare puissance. A côté des usines métallur->iaues les manufactures de textiles (coton, soie, laine, fil) les briques de sucre de betterave, les brasseries, les dislilleries alimenlenl le travail des populations ouvrières. Des stations célèbres d eaux minérales attirent les voyageurs et les ma lades (Hombourg, Wiesbaden, Ems, Aix-la-Chapelle?
Le commerce maritime et la navigation marchande trouvent des facilites dans les ports du littoral sinueux et échancre de la Baltique , assez nombreux, mais généralement de petites dimensions, parce que la côte est basse vaseuse encombrée de sables : ils sont placés au fond des lagunes (haff) et des golfes que la mer y creuse; Memel Kœmgsberg et Pillau, Dantzig, Stettin, Stralsund, sont les principaux. La même configuration a nui aux formations insulaires qui développent la vocation maritime Wollin Usedom, Rugen, Hildensée, Zingit sont trop proches de la terre et manquent de ports. Héla est un îlot du golfe de Dantzig, hé à la terre ferme par une flèche de sables Le littoral naguère hanovrien, aujourd’hui prussien, de la mer du Nord, n est guère mieux doté de golfes, de ports et d îles. Un peu au large, l'ilot de Iielgoland appartient aux Anglais, qui le gardent depuis 1807, pour surveiller les mouvements de la navigation allemande. La marine mili taire naissante dispose des ports de Dantzig, Geesfemünde Stettin, Stralsund, Jahde ('en Hanovre) inauguré en 1869 sous le nom de WHhemshofen (port de Guillaume).
Mais l’annexion du duché de Schleswig-Holstein accroîtra les facultés maritimes de la Prusse (et tel a bien été l’objet de son ambition). Les ports de Kiel et d’Altona, de Schleswig et de Flensberg, une ceinture de petites îles, parmi lesquelles celles d’Alsen et de Fehmern, enlevées au Danemark, et enfin le canal de l’Eider qui, par Rendsbourg, joint la Baltique à la mer du Nord, sont de précieux avantages ; ce dernier travail encourage le projet de créer, à travers le Schleswig ou le Holslein, un canal à grande section, faisant communiquer les deux mers.
En Prusse, la culture intellectuelle aélé fortdéveloppée dans le peuple par l’instruction obligatoire, et dans les hautes classes, par plusieurs universités, dont quelques-unes, parmi les plus florissantes, appartenaient aux Etats annexés duHanovre et de la liesse électorale (Berlin, Bonn, Halle, Kœnigsberg, Greifswald, Breslau, Munster, Marbourg, Kiel, Gœttingue). Ainsi encouragées, toutes les industries afférentes aux lettres, aux sciences etaux arts, y sont pleinement développées.
Suivant leur population, les grandes villes se classent dans l’ordre suivant : Berlin, la capitale (700,000 habitants). Breslau (107,000), Cologne (120,000), Kœnigsberg (106,000), Magdebourg (104,000), Dantzig (88,000) , Francfort-sur-Mein (78,000), Hanovre (74,000), Steltin (74,000), Altona (69,000), Aix-la-Chapelle (68,000), Barmen , Elberfeld '(chacune 65,000), Dusseldorf (63,000) , Crefeld (54,000), Halle (50,000). Les villes de 20 à 50,000 habitants se comptent par dizaines, entre lesquelles Trêves (Trier), l’antique résidence des Césars, sur les rives riantes de la Moselle, mérite une mention, ainsi que Postdam, l’une des belles résidences royales.
Parmi les satellites dont la Prusse s’est entourée pour constituer, sous sa haute direction, la Confédération du Nord de l’Allemagne, le groupe des États saxons, celui des villes libres, celui des provinces maritimes méritent une mention spéciale.
Le groupe des États saxons, qui conserve le nom de l’une des familles les plus anciennes et les plus vaillantes de la race germanique, occupe le centre de la lisière méri-
dionale de la Confédération : il comprend un royaume , et quatre duchés ou grands-duchés, formant une bande continue de territoire, remarquable par quelques traits saillants.
Le royaume de Saxe s’étend sur 1 4,89-1 kilomètres carrés, peuplés de 2,423,576 habitants : ces chiffres en font le plus important des associés politiques delà Prusse, bien que l’association répugne fort au gouvernement de Saxe : son budget approche de 50 millions. L’agrieulture est donnée en modèle à l’Allemagne. Son industrie florissante est renommée pour quelques spécialités : imprimerie, librairie, porcelaines, manufactures de lin et de coton ; l’industrie minière, favorisée par les montagnes avoisinantes, y travaille le fer, le cuivre, l’étain; elle extrait la houille et le lignite : munie de telles ressources, la population y est trèsdense (103 habitants par kilomètre carré) et fort instruite, grâce à l’instruction obligatoire et à l’université de Leipzig.
Les villes principales sont : Dresde, la capitale (150,000), renommée pour sa civilisation raffinée; Leipzig (92,000), la capitale de la librairie allemande , célèbre par ses foires ; Chemnilz, cité industrielle (59,000).
Elles ont des rivales, pour la culture des lettres, des sciences et des arts, dans les villes de Weymar (grand-duché de Saxe-Weymar-Eisenach) et de Gotha (duché de Saxe-Cobourg-Gotha ), malgré la faible population de ces deux villes (14,000 et 17,000 âmes.) Cette haute culture de l’esprit n’est pas étrangère à la brillante fortune des Saxe-Cobourg, petits princes allemands qui se sont alliés à la plupart des grandes familles souveraines de l’Europe.
Le groupe des Villes liures se compose des trois villes de Lubeck, Hambourg et Brême, derniers vestiges de la Ligue hanséalique, dont la destinée fut si brillante au moyen âge. Fidèles à leurs vieilles traditions, elles restent les centres des relations maritimes de l’Allemagne septentrionale avec le reste du monde. Lubeck, à 12 kilomètres de la Baltique , ancienne capitale de la Ligue, est aujourd’hui la moindre : elle n’a que 31,000 habitants, tandis que Hambourg, sur l’Elbe, en a 217,000, et Brême, sur le
Wéser, en a 70,000. Ce sont ces deux villes qui portent le pavillon germanique au loin, par toutes les mers, sur leurs navires chargés d’émigrants et de marchandises. Hambourg, centre d’un vaste commerce avec l’intérieur de l’Allemagne, est le principal port marchand de la Confédération : il s’ y fait pour 5 à 0 milliards d’affaires tous les ans, et 5,000 navires entrent et sortent annuellement de ses eaux.
A part la Prusse et les villes libres, les deux Mecklembourg et l’Oldenbourg sont les Etats maritimes de la Conüdéralion, les deux premiers sur la Baltique, le dernier sur la mer du Nord. Les deux grands-duchés de Mecklembourg (Schwérin et Strelilz) sont renommés pour leurs chevaux ; leur port de Rostock sert de débouché à leur commerce : là se conservent les traces les plus vivantes de la féodalité du moyen âge, sous les auspices d’une famille princière qui se vante de remonter jusqu’à Genséric, roi des Vandales, et d’être par cette filiation la plus ancienne des familles régnantes d’Europe. Le duché d’Oldenbourg produit également des chevaux renommés.
Hors de ces groupes principaux, il n’y a plus pour constituer la Confédération que des îlots de terres, enclavés dans la Prusse, vaines ombres d'Etats libres gravitant non-seulement dans l’orbite, mais végétant dans le sein du puissant et absorbant royaume. La plupartsont tout à fait obscurs : Anhall, les deux Lippe, les deuxReuss, les deux Schwarzbourg et Waldeck,- dont la Prusse a pris à bail l’administration. Il n’y en a qu’un qui ait de la notoriété, le Brunswick, dont la capitale, du même nom, possède 50,000 habitants, et une famille souveraine qui par la branche du Hanovre e$t montée sur le trône d’Angleterre : pays de travail et de commerce.
C’est le lieu de rappeler le caractère mixte de la Hesse- Ducale ou Hesse-Darmstadt, libre dans ses provinces, au sud du Mein, — englobée dans la Confédération par celles situées au nord et dans lesquelles se trouve la ville de Giessen, siège d’une université.
L’unité de la Confédération du Nord est bien assise dans le sens de la latitude, du sud au nord. Au sud, elle s’appuie
T/EUROPK MÉDIANE
sur une ligue de montagnes, depuis les Karpathes jusqu’au Taunus, en face des dernières saillies des Vosges, par les monts de la Bohême, de la Franconie et de la Tliuringe ; du pied de ces montagnes jusqu’à la mer Baltique et la mer du Nord, elle se déploie dans cette vaste plaine qui occupe toute la zone de l’Europe centrale et septentrionale, entre la Russie et les Pays-Bas. Les nombreux courants qui descendent des montagnes, arrosant ses plaines et baignant ses villes, débouchent tous dans les mers septentrionales : ce sont le Niemen et la Vistule, dont le moyen et haut cours appartient à la Russie ; l’Oder grossi de la Warta, qui est aussi slave par le haut, germanique par le bas ; l’Elbe, accru de la Sprée et du Havel, de la Moldau et de la Saale, qui remonte jusqu’au cœur de la Bohême ; le Weser, purement germanique, l’Ems, le Rhin, accru de la Moselle et du Mein, dans la région occidentale. Sur les frontières de l’ouest, comme sur celle de l’est, les limites naturelles manquent, et la politique seule lésa tracées. Ouverte de ces deux côtés, la Prusse s’en autorise pour organiser le formidable système d’attaque et de défense dont elle est le pivot.
Cette unité géographique est resserrée par les canaux, les chemins de fer et les télégraphes, comme dans les meilleures contrées de l’Europe occidentale.