LA GRÈCE. — LE MONTÉNÉGRO
De cet édifice incohérent d’une nationalité cimentée par l’oppression , quelques assises se détachent de temps à autre .
La Grèce a donné cet exemple dans la première moitié de ce siècle : par l’héroïque vaillance de ses fils, aidée du concours moral et financier de l’Europe, elle a reconquis son autonomie, et a même réussi, en 1864, par des influences pacifiques, à se rattacher l’archipel des îles Ioniennes placées par les traités de 1815 sous le protectorat de la Grande-Bretagne. Pour faire revivre des souvenirs, dont la gloire a été le principe desa renaissance, elleapris le nom de royaume des Hellènes.
Le territoire hellénique (presqu’île de Mofée et îles Ioniennes comprises), couvre 52.189 kilomètres carrés, peuplés de 1,343,293 habitants. Il est divisé en provinces aux noms célèbres (Altique, Béotie, Acarnanie, Elolie, Argolide, Achaïe, Elide, Messénie, Laconie). Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle, assisté d’une chambre unique. Le budget roule autour de 30 millions. L’agriculture est fort arriérée : une grande partie du territoire restant en friche, la production ne suffit pas à la con-
sommation, malgré le supplément de revenus qu’ajoutent aux grains, les huiles, les vins, la soie, le tabac, le coton. L’industrie débute à peine; mais le commerce a de l’importance, grâce à une situation privilégiée sous le rapport du littoral, tout évidé en golfes (Zeitoun, Salamine, Egine, Nauplie,Marathonie, Coron, Arkadia, Patras, Lépante.Arta), grâce encore plus au génie traditionnel du peuple grec, pirate, corsaire ou commerçant, suivant les époques. Le commerce est évalué îi une centaine de millions de francs.
Les îles sont un élément de la puissance grecque de grande importance. Elles comprennent, tout près du continent, Cérigo, Hydra, Egine, Négrepont (Eubée) et plus au loin deux groupes, les Cvclades dans l’ Archipel ou mer Egée, les îles Ioniennes, dans la mer de ce nom. Dans les Cyclades, Svra construit des navires pour la Grèce, la Turquie, l’Egypte et Trieste. Dans les îles Ioniennes, qui comptent 250,000 habitants distribués en six îles, d’une étendue de 52,000 kilomètres carrés, Corfou est le siège d’une université et d’une marine qui s’abrite dans son petit port, précédé d’une rade vaste et sure.
Par sa langue, par ses relations, par ses dettes, par ses universités d’Athènes et de Corfou, la nation hellénique se rattache à l’Europe occidentale; mais par sa religion grecque orthodoxe , que professe la grande majorité des habitants , elle a des affinités non moins sympathiques avec la Russie. Ce lien se trouve cependant fort détendu depuis l’établissement d’un saint-synode résidant à Athènes. Il y a au surplus de nombreux catholiques dans les Cyclades et les Ioniennes.
Les principales villes du royaume hellénique sont : Athènes, la capitale (41,000 habitants) et 47,000, avec son port le Pirée, à l’extrémité du célèbre cap Sunium; Patras, Syra (chacune 25,000), Corfou (20,000), Nauplie (15,000), Négrepont (16,000), Patras (7,000). Mais on ne peut passer sous silence ces noms immortels qui valent plus par les souvenirs que bien d’autres par leur population et leurs richesses : Mégare, Eleusina, Thèbes, Delium, Leudres, Chéronée, Coronée , Amphissa, Missolonghi, Lépante,
Argos, Corinthe, Epidaure, Hydra, Navarin, Sparte, et cent autres lieux défigurés sous leur nom moderne, et dont il ne reste que des ruines. En aucun point du globe, pas même en Italie, un aussi petit espace ne contient tant de gloire. Le nom de Corinthe va rajeunir sa célébrité par le percement du fameux isthme sur lequel cette ville était assise, et où Neopol s’est élevé.
Le Monténégro, petit plateau montueux, enclavé entre la Dalmatie, l’Herzégovine , la Bosnie et l’Albanie , tout près de la mer Adriatique , est un débris de l’ancien empire serbe détruit par les Turcs à la bataille de Cassavo, dans le xiv e siècle. Jusqu’en 1802, son indépendance n’a pas même été douteuse; à cette date, un traité de paix conclu avec la Turquie, après une lutte inégale, lui imposa des conditions onéreuses, mais non la reconnaissance de la souveraineté du Sultan. En vain l’ambassadeur turc a prétendu interpréter ce silence du traité dans le sens de la vassalité reconnue : les puissances signataires n’ont pas ratifié cette interprétation rétrospective. Le Monténégro reste donc autonome sous le gouvernement de son prince. C’est un petit territoire de 0,570 kilomètres carrés, peuplé de 190,000 habitants et dont Cettigné est la modeste capitale. Si humble que paraisse un tel État, il a le mérite de donner un bon exemple d’indépendance, et c’est un titre à n’être pas oublié.