LIBAN
Sous le nom collectif d’Iran, on comprend quatre Etats, rapprochés par de nombreuses' affinités : la Perse, l’Hérat, l’Afghanistan, le Béloutehistan.
La Perse, qui se mêle à tous nos souvenirs classiques, dans la personne des Cyrus, des Darius et des Xerxès, a traversé la longue suite des âges historiques sans perdre son nom et son individualité, malgré les révolutions de dynasties et de gouvernements. Portée vers la civilisation par ses instincts et ses traditions, la Perse est le seul Etat de l’Asie qui entretienne un corps diplomatique et consulaire auprès des puissances étrangères; le seul qui suive avec un intérêt mêlé de curiosité et de sympathie les affaires politiques de l’Occident.
Sous le titre de shah, le souverain règne en maître absolu, éclairé par les conseils d’un divai\. Il dispose d’un revenu évalué à 50 ou 60 millions de francs. Tout le territoire sur lequel il règne, moins étendu que dans l’anliquilé'et le moyen âge, comprend encore un million et demi de kilomètres carrés, trois fois l’étendue de la France, avec une population de 10 millions au plus, soit une densité kilométrique de 7 à 8 habitants L Ce faible peuplement s’explique par la grande étendue de déserts qui occupe le plateau central de la Perse et s’étend même sur ses flancs, vers le sud-est (désert de Kerman) : aussi le tiers des habitants vit il à l’état de tribus pastorales et nomades. Les vallées seules, au sein et au pied des montagnes, qui entourent le pays de tous côtés, excepté vers le levant, sont fertiles, peuplées et cultivées : entre toutes, la vallée de Schiraz est renommée pour ses cultures, ainsi que les régions de l’Azerbeidjan (Arménie persane, ancienne Médie), du Ghilan et du Mazenderan. On y récolte, outre les diverses céréales, le tabac, le colon, la soie, la garance
1 Des évaluations récentes réduisent ce chiffre de moitié, mais elles ont besoin de coaiirmation.
(et c’est un Persan, Allhen, qui l’a introduite dans le comtal Venaissin), le chanvre, le lin, le vin, l’huile; on élève dans la Perse septentrionale des chevaux estimés, sur des pâturages qui nourrissent aussi des troupeaux de moutons et de chèvres à laine fine. Les principaux centres d’activité industrielle et commerciale sont les suivants :
La capitale, Téhéran, avec 85,000 habitants, qui a remplacé l’ancienne capitale Ispahan , dont le déclin conserve encore 60,000 âmes; Tauris (Tebris), peuplée de 110,000 habitants, qui fait par caravanes un commerce important avec l’Angleterre, la France, la Russie, l’Inde; Meched (70,000), Yezd (40,000), Kirman (30, 0C)0). Sur le golfe Persique se trouve le port de Busbir (ou Abou-checher), petite ville maritime de 10,000 habitants, qui est l’entrepôt du commerce de la Perse avec l’Inde, la Chine et l’Arabie,
Le commerce général du royaume, évalué à 160 millions de francs, s’accroîtrait rapidement, si les ressources agricoles et indqstrielles étaient sérieusement exploitées, au moyen de l’irrigation et des roules, les deux instruments de progrès qui manquent le plus à ce pays.
La culture intellectuelle a toujours été en honneur à la cour des souverains de Perse : Ferdouci, Saadi et Hafiz brillent parmi les plus grands poètes de l’Orient.
L’Hérat, royaume ou khanat, sur les confins orientaux de la Perse, s’est affranchi en 1826 de la domination du khan de Caboul. Le siège du gouvernement est dans la ville du même nom, peuplée de 50,000 âmes, Y Alexandra Ariorum des anciens. Comme ce nom l’indique, cette contrée est un des points de départ primitifs, sinon le berceau même de la famille aryenne, qui en perpétue le souvenir dans sa propre appellation. Elle confiné à la Boukharie (Bactriane) et aux sources de l’Oxus, dont la sépare un chaînon de l’Hindou-Kouch , le terme extrême que puisse signaler la science ethnographique , comme premier centre d’apparition de nos ancêtres aryans. La superficie de l’Hérat est évaluée à 1 70,000 kilomètres carrés; sa population à 1,500,000 âmes : densité, 8 à 9.
L’Afghanistan, à l’est de l’IIérat et de la Perse, est habité en partie par des tribus nomades' pastorales et guerrières, toujours en lutte entre elles ou avec leurs voisins, en partie par des peuplades sédentaires, agricoles et industrieuses, qui possèdent quelques villes. La principale est la capitale, Caboul, sur la rivière de ce nom, affluent de l’Indus, peuplée de 50 à 00,000 âmes, résidence d’un khan qui se prétend le chef souverain de toutes les tribus afghanes : Caboul est la principale étape des caravanes de l’Inde allant en Perse et en Boukharie. — Kandahar, autre grande ville commerciale, passe pour avoir 60,000 âmes.
Le territoire de l’Afghanistan est évalué à 400,000 kilomètres carrés ; sa population, fort mêlée d’Aryans et de Touraniens, à 4,500,000 habitants. Densité, 8 à 9.
Le Béloutchistan, au sud de l’Afghanistan et de la Perse, contrée maritime sise le long du détroit d’Ormuz et .de la mer d’Oman, a pour capitale Kelat, petite ville où réside le khan. A Gwadel, sur la côte, aboutit le télégraphe sous-marin de Bassorah, section de la grande ligne télégraphique de Londres à Bombay. La zone maritime, appelée Mekran, représente l’ancienne Gédrosie, célèbre par les souffrances qu’y éprouva l’armée d’Alexandre, à sou retour de l’Inde. Territoire, 350,000 kilomètres carrés; population, 2,000,000; densité, 6.
La région de l’Iran , qui comprend les quatre Etals pré-; eédenls, se partage entre les Tadjicks, descendants des anciens Perses et des Mèdes; les Kurdes, montagnards du Kurdistan; les Arméniens, détachés de la souche mère de l’Arménie; les uns et les autres de race indo-européenne; — entre les Arabes et les Juifs, de race sémitique; — et enfin lesTurcomans,defamille turque et de racetourauienne. Ceux-ci, bien que ne comptant pas plus de 800 à 900,000 habitants, dominent en Perse; la dynastie régnante, les gouvernants et la plus grande partie de l’armée ont cette origine. Dans le reste de l’Iran les tribus sont indigènes, avec quelques mélanges de Turcomans.
La superficie de l’Iran est évaluée à 2,U80, 000 kilomètrescarrés, peuplée de il millions d’habitants, soit une densité kilométrique de 8. Son unité résulte du cadre montagneux qui l’entoure de trois côtés et soutient le plateau cà des hauteurs de l,000à2, 000 mètres, avec descimes culminantes de 6,559 (Demavend) et de4,752 (Savalan). Malgré ces hauts rebords, aucune grande rivière ne rafraîchit le territoire ; les sables absorbent les pluies et les courants, et ce qui en coule se rend dans les lacs salés sans issue (Ourmiah , Zareh), ou se jette dans les mers voisines après un faible cours et avec un faible volume. Le Hilmend , long de 1,000 kilomètres, est la plus grande rivière de l’Iran.