CHAPITRE I
IDÉE GÉNÉRALE
L’espace infini, au sein duquel nous vivons, est parsemé de constellations ou groupes d’étoiles, qui scintillent sur la voûte du ciel pendant les nuits, quand leur éclat n’est pas voilé par des nuages. L’une de ces étoiles, la plus rapprochée de nous, est le Soleil, qui les efface toutes par son éblouissante splendeur, pendant qu’il est sur l’horizon. Autour de cet astre radieux, foyer de lumière et de chaleur, centre d’attraction et de mouvement, source de vie, circulent les planètes, masses opaques par elles-mêmes, qui reçoivent et reflètent la lumière du Soleil. Parmi elles ligure la TERRE, demeure de l’HUMANITÉ. En compagnie de Mercure, Vénus et Mars, elle forme une première série de planètes, les moins éloignées du soleil; elle se rattache , malgré l’éloignement, à une seconde série de planètes , bien plus grosses, au nombre de quatre également, qui décrivent leurs orbites à énormes distances du soleil, sous les noms de Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune. Toutes ces planètes se meuvent autour du soleil avec une prodigieuse vitesse, que la science a pu calculer. Plusieurs sont entourées de satellites qui tournent autour d’elles, recevant et réfléchissant aussi là lumière du soleil : la terre en a une seule, qui est la lune, tandis que Jupiter est escorté de quatre satellites, Saturne de huit, outre un anneau, et Uranus de six ; Neptune n’a qu’un satellite comme la terre.
Outre ces planètes, qui furent connues de tout temps parce qu’elles sont visibles à l’œil nu (à l’exception d’Uranus et de Neptune, découverte la première par Herschell en 1781, la seconde par Le Yerrier en 1846), les profondeurs de l’univers en comprennent beaucoup d’autres, plus petites, dites télescopiques, dont on a reconnu déjà une centaine : elles occupent la région comprise entre Mars et Jupiter, au milieu d’un vide immense.
D’autres corps célestes, d’origine encore plus douteuse, et nommés astéroïde s, parcourent l’espace, invisibles et inattendus, mais se révélant soudainement, tantôt par un sillon lumineux ou étoile filante, tantôt sous la forme de météores qui traversent rapidement l’atmosphère avec éclat et bruit, et souvent se brisent en fragments lancés sur la terre : ce sont les bolides et les aérolithes.
Enfin, notre univers est visité de temps à autre par des comètes, corps mobiles, d’une laible densité, aux contours indéterminés, à la longue traînée, qui, venus des abîmes insondables de l’immensité, se rapprochent de nos cieux, < y tracent leur lumineux sillage, glissent entre les planètes pour se rapprocher du soleil; puis, s’en éloignant, reprennent dans les plaines éthérées leur marche mystérieuse, et disparaissent silencieusement comme ils sont venus. Quelques comètes reviennent au bout d’un certain cycle d’années ou de siècles : la plupart, après une apparition unique, s’évanouissent pour toujours à nos yeux, ou du moins, les annales de l’humanité n’ont pu jusqu’à présent en inscrire ou prédire le retour.
Tel est, dans .son ensemble imposant, le majestueux système de notre Univers, de ce système stellaire, dont fait partie la Terre, piédestal de notre existence présente, étape de notre carrière immortelle, astre petit par ses dimensions, mais grand par la beauté de ses créations, et surtout par le génie et la puissance de l’Humanité qui en est l’être supérieur. G’efst à elle que le présent livre est consacré.
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Notre Planète , quoique habituellement qualifiée de sphère, est un sphéroïde de révolution, forme que prend une boule liquide soumise à une rapide rotation. De cette figure et de ce mouvement résultent un renflement dans la zone centrale ou équatoriale, et un aplatissement au voisinage des deux pôles, extrémités de l’axe idéal autour duquel le corps tourne. Telle est bien la forme de la planète, témoignage de sa fluidité primitive.
Si la terre était sphérique, son rayon, mené du centre à un point quelconque de la circonférence, serait de 6,300 kilomètres, ou 1,591 lieues ; mais la forme sphéroïde établit entre le rayon équatorial et le rayon polaire une différence d’environ 21 kilomètres, ou 5 lieues, équivalant à la trois centième partie du rayon total. Dans l’intervalle s’échelonnent des rayons d’un écart intermédiaire : différence assez petite pour être négligée sans inconvénients dans notre étude géographique. En nombre rond, la longueur de la circonférence planétaire est de 40,000 kilomètres , ou 10,000 lieues. Quant à la surface du globe, elle est de 509 millions de kilomètres carrés , ou environ 50 milliards d’hectares.
Contrairement à la longue et universelle croyance du genre humain, fondée sur une illusion des sens qui n’a été rectifiée que depuis quelques siècles, la terre, au lieu d’être fixe et immuable au centre de l’univers, se meut sans repos dans l’aire céleste. Elle a trois sortes de mouvements :
Premièrement , tournant sur elle-même d’occident en orient autour d’un axe idéal, elle accomplit une entière révolution en 23 heures 50 minutes 4 secondes : c’est la rotation qui donne lieu au mouvement apparent diurne, en sens inverse (c’est-à-dire d’orient en occident) du soleil et de tous les corps célestes. A mesure qu’en tournant, un lieu va vers le soleil, il semble que l’astre se lève et monte; et quand, parvenu au faite de sa course, le soleil commence à s’éloigner, on dit qu’il s’abaisse, puis qu’il se couche pour se lever le lendemain. Phénomène qui s’impose tellement à nos regards, que la science la plus certaine n’a pu parvenir à corriger le langage ! La même rotation as-
signe au jour solaire la durée de 24 heures, et elle détermine l’alternance des jours naturels et des nuits, suivant la face que la terre présente à la lumière du soleil. Nulle aux pôles, qui sont des points fixes, la vitesse de rotation de chaque point de la terre va croissant jusqu’à l’équateur, où elle dépasse 450 mètres à la seconde, rapidité égale à celle d’un boulet de canon.
Dans un second mouvement, la terre tourne autour du soleil, d’occident en orient, en décrivant une ellipse, dont cet astre occupe un des foyers. Cette révolution, qui dure 865 jours 6 heures 9 minutes, mesure l’année sidérale. De ce mouvement de translation de la terre dans son orbite circumsolaire provient l’apparence d’un mouvement annuel du soleil, à travers les douze constellations appelées les signes du zodiaque, ainsi que la succession des saisons. La vitesse du déplacement, inégale suivant les moments du parcours, est de 30 kilomètres par seconde, soixante fois la vitesse d’un boulet de canon i.
Enfin, dans un troisième mouvement, la terre est entraînée, de conserve avec le soleil et tout son cortège de planètes, de comètes et d’astéroïdes, vers un point inconnu de l’espace qui paraît se rapporter à la constellation d’Hercule. Dans ce voyage à travers l’immensité, Ja vitesse n’est pas évaluée à moins de 71 kilomètres par seconde, plus que le double de la précédente.
Par l’effet de ces déplacements quotidiens, annuels, séculaires, la planète ne répète jamais la même route, et les courbes qu’elle décrit, résultantes de ces mouvements combinés, sont des spirales elliptiques sans fin.
A raison de la forme elliptique de son orbite circumsolaire , la distance de la terre autour du soleil varie suivant le point où la planète se trouve aux divers moments de l’année : au point le plus rapproché (périhélie), l’éloigne-r ment est de 145 millions de kilomètres; au point le plus éloigné (aphélie), il est de 150 millions ; la moyenne dis-
1. La valse donne une idée exacte de la ronde qu'accomplissent les planètes autour du soleil , tout en tournant sur ellesmêmes. '
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tance est de 1-47,800,000 kilomètres, ou près de 37 millions de lieues, une distance que les rayons lumineux mettent 8 minutes IG secondes à franchir.
Dans sa circumnavigation annuelle autour du soleil, la terre suit une zone courbe, nommée l’elliptique, sur laquelle son axe est incliné d’environ 23 degrés et demi. De ce fait cosmogonique, d’une importance capitale, découlent des harmonies et des contrastes qui concourent à la variété et à la fécondité de la planète, comme aux charmés de l’existence humaine. Cette inclinaison, combinée avec le mouvement de la terre, est cause que le soleil ne darde jamais ses rayons perpendiculaires deux instants de suite sur le même point de la surface terrestre : de là les inégales durées des jours et des nuits, avec l’inégalité des chaleurs et des refroidissements diurnes ; de là encore l’inégalité des saisons, avec leurs changeants spectacles. L’égale longueur des nuits et des jours, et l’identité plus monotone des saisons n’existent que pour les lieux situés sur la ligne même de l’équateur terrestre, qui présente toujours de front ses sites aux rayons verticaux du soleil ; mais , à partir de l’équateur, des inégalités graduées de lumière, de chaleur, de végétation se succèdent des deux côtés jusqu’aux pôles. Deux fois seulement par an, l’axe de la terre se présente perpendiculairement au soleil, dont le cours apparent répond à l’équateur : alors les jours sont égaux aux nuits pour tous les lieux du globe , et les deux pôles aperçoivent simultanément le soleil rasant le bord de leur horizon. Dès le lendemain de ces jours recommencent la variété rhythmique des positions et des aspects, et la série progressive des inégalités.
On nomme équinoxes ces doubles journées où l’écliptique et l'équateur (le plan de translation et le plan de. rotation) se rencontrent en deux points qui sont diamétralement opposés, à six mois d’intervalle; on nomme solstices les deux points de l’écliptique les plus éloignés de l’équateur, et qui marquent les termes extrêmes de la course apparente du soleil au nord et au sud. Ces quatre points déterminent les débuts des quatre saisons, printemps et automne
(équinoxe), été et hiver (solstices) : moments solennels qu’aiment à célébrer, par des fêtes et des légendes ou des chants, les religions pt les poésies.
Pour déterminer la position des lieux sur la vaste surtace de la terre, et pour mesurer les distances qui les séparent , les géographes ont imaginé des cercles fictifs dont les plans et les courbes se continuent jusque dans le ciel : ces lignes entre-croisées forment un réseau idéal, composé d’une multitude de mailles, à forme rectangulaire ou trapézoïde, dans lesquelles se placent toutes les localités. Ainsi s’obtiennent, sur un fonds toujours muable, des points de repère immuables.
De ces cercles, les uns perpendiculaires à l’axe de la terre, s’enroulent sur sa surface, entre l’équateur et les pôles : égaux et équidistants (111 kilomètres), ils sont tous parallèles , d’où leur nom. L’équateur que l’on nomme aussi la ligne équinoxiale, ou simplement la ligne, à distance égale des deux pôles, peut être regardé comme le plus grand d’entre eux : il divise la sphère en deux moitiés égales ou hémisphères, l’un septentrional, l’autre méridional. Les parallèles marquent la latitude qui est la distance d’un lieu à l’équateur. Suivant l’hémisphère, on distingue la latitude nord et sud, mesurée chacune par une série de 90 degrés, à partir de l’équateur. On est convenu d’appeler hautes latitudes celles qu’exprime un chiffre élevé (ce sont les plus rapprochées des pôles) ; et l’on monte vers elles, quoiqu’à vrai dire, sur une sphère, il n’y ait ni montée ni descente. Deux parallèles portent le nom particulier de tropique du Cancer, au nord du monde, et tropique du Capricorne, au sud; ils marquent la ligne circulaire des points extrêmes que le soleil atteint verticalement dans sa course apparente : parvenu à ces limites, il paraît rétrograder. Ils sont placés à 23° 28' de l’équateur, distance égale à l’inclinaison de l’axe de la terre sur le plan de l’écliptique. A égale distance des pôles passent les deux cercles polaires, arctique et antarctique.
L’autre série de cercles comprend les méridiens, qui
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vont d’un pôle à l’autre en courant sur la rondeur de la terre, et coupant les parallèles, l’équateur compris, à angle droit : leur plan, comme celui des parallèles, est censé se prolonger jusqu’aux étoiles. Quand un astre atteint ce plan, il a parcouru pour les lieux situés sur le méridien la moitié de sa course diurne. Le point de départ et d’arrivée étant le même pour tous les méridiens , ils sont égaux entre eux, sous la seule différence des .inégalités de la surface terrestre. Ils servent à indiquer la longitude, qui est pour un lieu quelconque son éloignement d’un méridien choisi comme point de départ.
Ce premier méridien est tout à fait conventionnel. Après avoir longtemps, sur l’exemple des anciens que sanctionna une ordonnance de Louis XIII (1634), adopté le méridien de l’île de Fer, la plus occidentale des Canaries, les géographes et astronomes modernes se sont divisés, et l’esprit national a fait préférer le méridien de Greenwich, près de Londres, aux Anglais; celui de Paris, aux Français, et successivement Cadix, Lisbonne, Naples, Washington, etc., ce qui oblige de ramener au méridien national les observations et les calculs des autres peuples : nécessité peu conforme à l’esprit d’unité internationale qui prévaut en notre siècle. Tout méridien divise le globe en deux hémisphères, l’un oriental, l’autre occidental; et, suivant l’hémisphère, on distingue la longitude est et ouest, mesurées chacune par une série de 1 80 degrés sur l’équateur que traversent tous ces méridiens.
Par l’intersection de ces deux sortes de cercles, les uns allant du nord au sud, les autres de l’est à l’ouest, il devient possible de déterminer la place qu’occupe un lieu quelconque sur la terre. La position astronomique ou géographique s’exprime en degrés, minutes et secondes : le degré est la SOG 0 partie d’un grand cercle de la terre (équateur .ou méridien); il se divise en 60 minutes et la minute en 60 secondes. On dira de Strasbourg, par exemple, que cette ville est située par 48” 34' 57" de latitude nord et 5° 24' 54" de longitude est.
Sur la carte ou le globe, on prend la latitude en remontant
le méridien, à partir de l’équateur, et l’on prend la longitude en descendant le méridien du lieu jusqu’à l'équateur, et marchant de là jusqu’à la rencontre du premier méridien, c’est-à-dire que la latitude est l’arc du méridien compris entre l’équateur et un lieu, et la longitude, l’arc de l’équateur compris entre le méridien d’un lieu et le premier méridien. Des chiffres sont inscrits sur les globes et les cartes en vue de faciliter ces recherches.
Pour déterminer sur la terre même la latitude d’un lieu, on mesure la hauteur du pôle, marquée par l’étoile polaire au-dessus de l’horizon du lieu, et l’on en déduit la distance à l’équateur. Quant à la longitude, elle se mesure par la différence de l’heure constatée au même instant en deux lieux pour 1 un desquels la longitude est déjà connue avec certitude. Le passage du soleil au méridien, la hauteur du soleil ou des étoiles, les distances lunaires, les éclipses de satellites, fournissent aussi divers moyens de calcul. De nombreux instruments ont été inventés pour déterminer avec une exactitude rigoureuse les latitudes et les longitudes ; cependant ces dernières, contenant des éléments plus complexes, restent souvent entourées de plus d’incertitudes.
Une troisième donnée achève de fixer la position exacte d’un lieu du globe : c’est Yaltitudeoa élévation au-dessus du niveau do la mer. Elle s’exprime en mètres, et se détermine à l’aide de divers procédés : différence de pression atmosphérique mesurée sur le baromètre, différence de niveau dans le relief du sol, directement rélevées par les instruments et le calcul géodésiques, degrés de température de l’eau bouillante : c’est l’objet de l’hypsométrie.
La division de l’équateur et des méridiens, c’est-à-dire de tous les grands cercles en 360 degrés (subdivisés en deux séries de 180 pour la longitude, en quatre séries de 90 pour les latitudes), est une des pratiques fondamentales de la géographie;’ elle a résisté à toute tentative de réforme décimale, ainsi que la subdivision en minutes et secondes, ainsi que celle des sept jours de la semaine et des douze mois de l’année. Une coïncidence astronomique l’a sou-
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tenue : la terre, présentant au soleil sa circonférence entière, dans sa rotation quotidienne, les 360 degrés correspondent aux 2-i heures du jour, et chaque heure parcourue à la 24 e partie ou 15 degrés. Une distance de 15° en longitude répond à une différence de 1 heure en temps : concordance commode pour le calcul, qui explique la division en quinze degrés de longitude inscrite sur beaucoup de globes et de cartes.
A son tour, la minute astronomique, 60° partie du degré, est elle-même devenue la base naturelle et fixe du mille nautique adopté, comme la meilleure des mesures itinéraires, par un grand nombre de peuples et de géographes.
Pour représenter notre planète aux yeux, la science et l’industrie, associant leurs efforts, ont imaginé les globes ou sphères terrestres et les cartes.
Les globes sont des images en petit de la terre, dont ils reproduisent la sphéricité, sans que l’on doive toutefois y chercher ni le renflement à l’équateur, ni l’aplatissement aux p'ôles, traits de trop petite dimension pour une boule ayant rarement un mètre de diamètre. Par la même raison, les montagnes ne peuvent y faire saillie sur la surface. Les globes où les montagnes ressortent en relief sont des appareils dont l’exactitude des proportions a été à dessein sacrifiée à la facilité de l’étude : à la condition de ne pas oublier cet artifice, on peut s’en servir utilement.
Les cartes sont des images plates de toute la terre ou d’une partie seulement, images nécessairement infidèles, une surface plane ne pouvant exactement reproduire une surface convexe. La déformation est d’autant plus grande que la disproportion est plus forte entre la carte et l’étendue figurée. Diverses projections ont été inventées, pour retracer avec une exactitude approximative, en entier (mappemondes et planisphères) ou en partie, les formes terrestres : suivant qu’elles ont pour principe une vue perspective ou un développement de surface, elles ramènent les cartes à deux types principaux.
Après avoir construit des globes et dressé des cartes, après y avoir inscrit à leur place les noms et les lieux géogra-
phiques, il reste à calculer les surfaces et les distances : c’est à quoi servent les échelles , qui rapportenl les mesures réelles à des lignes d’une longueur moindre, mais précise. Parmi ces mesures, d’une extrême diversité suivant les pays, les plus usitées se rattachent, les unes au système métrique, les autres au système nautique.
Le système métrique a pour base le mètre , qui est le dix millionième du quart du méridien terrestre, ou la quarante millionième partie d’un grand cercle de la sphère, d’après les calculs que firent les savants français, vers la fin du siècle dernier, en vertu des décrets d*e la Convention. Prise dans la nature même, une telle base n’impose de sacrifice à l’amour-propre d’aucun peuple : aussi est-elle en voie, après quelques résistances, de prendre peu à peu possession du monde civilisé. De ce point de départ dérive tout le système des poids et des mesures aussi bien que des monnaies.
Le système nautique , antérieur au métrique, se fonde également sur le globe terrestre autrement mesuré. Sa base est le degré, ou 360 e partie de l’équateur, et dont la minute ou 60 e partie est appelée mille marin, long de 1,852 mètres; les 3 milles ou 3 minutes, ou 5,556 mètres, constituent la lieue marine. Le mille est une mesure seulement itinéraire, à la différence du mètre, qui se convertit, en se multipliant ou se divisant par lui-même, en mesures de surface et de capacité, et même de valeur.
Il importe de ne pas confondre ce mille nautique ou naturel, qui est le vrai mille géographique, avec les milles anglais et allemands, bien que ce dernier soit souvent qualifié de mille géographique, pas plus qu’il ne faut confondre les lieues métriques de 4 kilomètres avec les lieues multiples, usitées chez divers peuples, même en France. Pour éviter une cause trop fréquente de confusion, nous n’emploierons dans ce livre que le kilomètre ou le mille nautique, comme mesures itinéraires, et le kilomètre carré avec l’hectare, comme mesures de superficie.
Aidé des instruments d’observation et du calcul, l’homme
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se rend compte des éléments qui composent sa planète, de leurs formes, de leur arrangement, de leurs dimensions, de leurs fonctions, de ses propres rapports avec chacun des pays et des lieux entrêmelés à son existence. Rectifiant l’impression que lui donne son horizon borné, il commence par reconnaître la forme sphérique de la terre. La convexité des mers lui est attestée par cette observation, familière à tout voyageur, qu’en s’éloignant des rivages, l’œil perd de vue d’abord les parties basses du sol ou des édifices, et peu à peu les sommets; et de même, en pleine mer, le marin aperçoit d’abord les cimes des mâts des navires éloignés avant de reconnaître leurs voiles inférieures et leur coque. Le spectacle du soleil et des étoiles qui se lèvent, montent et descendent sur l’horizon, les voyages de circumnavigation autour du globe, l’ombre de la terre dessinant une ligne arrondie sur le disque de la lune au moment des éclipses, confirment de leur témoignage cette première vérité, ignorée des peuples anciens, malgré sa certitude.
Plus longtemps encore est restée inconnue une seconde vérité, non moins essentielle, bien que plus difficile à démontrer : le mouvement de la terre, entrevu dès l’aube de la philosophie grecque, mais nié par Aristote, et sous son autorité, par de nombreuses générations de savants, dont les préventions invoquaient des textes mal interprétés de la Bible. A Copernic et à Galilée revient l’honneur d’avoir éclairé en ce point l’esprit humain ; à Foucault, celui d’avoir rendu visible, par une expérience célèbre, le mouvement de la terre.
Dans la masse planétaire se reconnaissent, à première vue, trois grandes séries de substances : la terre proprement dite, qui est solide; l’eau, qui est liquide; l’atmosphère, qui est gazeuse. A travers ces éléments matériels pénètrent et circulent des forces, d’une nature moins facile à déterminer et que l’on nomme fluides impondérables : lumière, chaleur, électricité, magnétisme, dont l’action sur les matières solides, liquides et gazeuses produit l’infinie diversité des phénomènes, entre lesquels ceux qui s’accomplissent dans les profondeurs du sol — éruption de vol-
cans et tremblements de terre — relèvent particulièrement de la géographie. A comprendre celte dernière catégorie de forces, sous le nom de feu, qui ne manque pas d’un certain degré d’exactitude, la science moderne peut reconnaître les quatre éléments dont la terre se compose, d’après la science ancienne.
Les deux éléments les plus manifestes à nos sens, la terre et l’eau, entrent en proportions inégales dans la constitution de notre planète. La mer on couvre près des trois quarts. A ne considérer que l’étendue, l’eau est donc, en dépit des apparences et du nom, la matière principale du globe, dont la terre n’est que l’accessoire. Quant à l’atmosphère, elle entoure le globe d'une couche d’air d’une épaisseur indéterminée, au delà de laquelle règne seul l’éther, le fluide subtil, aux propriétés inconnues, dans lequel baignent tous les astres. Malgré son apparence à peine perceptible et la mobilité de ses molécules, l’atmosphère n’en est pas moins le complément de notre globe, car elle en suit tous les mouvements et en réfléchit plusieurs phénomènes; elle est même un élément nécessaire de la vie des animaux et des végétaux, autres que ceux du monde maritime.
Telle se présente à notre esprit notre Planète.
Balancée dans l’espace, sous l’empire de lois mathématiques, elle navigue silencieusement, depuis des milliers de siècles, à travers l’océan sidéral, en compagnie d’une infinie multitude d’astres, dont les uns, rattachés à sa propre destinée, gravitent comme elle, en tournoyant, autour du soleil; dont les autres, situés loin d’elle, à des distances presque incalculables, ne se révèlent à la terre que par leurs rayons illuminant l’obscurité des nuits.
Au spectacle de ces flottes célestes, qui traversent l’étendue et remplissent le temps, défiant toutes nos conjectures sur leur origine et leur fin, et ne livrant à nos calculs que des moments fugitifs de leur carrière, l’imagination accablée se perd dans les profondeurs insondables de l’infini. L’àmeémue réfléchit et admire, en sentant, plus qu’elle ne les conçoit, les divines harmonies des mondes. Mais,
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sans nous élever aujourd’hui à ees hautes contemplations, concentrons notre attention sur la Terre seule, sur les matériaux qui la composent, les êtres qui la peuplent, les sociétés qu’y forme l’humanité. Le cadre est encore bien vaste pour une étude sommaire.