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CHAPITRE II

LES TERRES

La superficie totale de notre Planète étant évaluée à 509 millions de kilomètres carrés, les terres en occupent 130 millions, soit un peu plus du quart. C’est l’équivalent de 13 à 14 milliards d’hectares, qui se partagent inégalement entre deux grands continents, l’ancien et le nouveau, ainsi nommés, non à cause d’une différence réelle d’antiquité, mais à raison de la connaissance très-ancienne de l’un, de la découverte moderne de l’autre (1492).

Dans un sens plus strictement étymologique, ces massifs, qui émergent de l’Océan, se divisent en continents et en îles; les continents désignant ces énormes étendues de terre qui se touchent sans discontinuité, le nom d’îles étant réservé aux blocs solides de moindre dimension, qui sont de toutes parts entourés d’eau. Continents et îles ne diffèrent que par les proportions : aussi l’appellation estelle indécise pour l’Australie, la plus grande des îles, que beaucoup de géographes qualifient volontiers de troisième continent, ou continent austral, noyau d’un troisième monde, le monde maritime ou océanien.

Considérés enfin dans l’ensemble de leurs rapports géographiques et historiques, les continents, avec les îles que la nature ou l’usage rattachent à chacun d’eux, forment les cinq parties du monde : pour les anciens, le monde n’était divisé qu’en trois parties ( mundus tripartitu s), qui étaient l’Europe, la Libye ou Afrique et l’Asie, disposées autour de la Méditerranée, et entourées de la ceinture de l’Océan, aux rives à peine entrevues. Colomb et Magellan

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ont ajouté les deux autres, en découvrant l’Amérique et l’Océanie.

La plus forte proportion des terres se trouve dans l’hémisphère septentrional , et les géographes en concluaient l’existence d’un massif austral faisant contre-poids au massif boréal, hypothèse qu’ont démontrée lausse les voyages autour et au sud du monde.

A ce contraste s’ajoute celui des formes. Le relief général de l’ancien continent est plus accidenté que celui du nouveau. Les terres septentrionales couronnent le pôle d’un cercle de rivages et de caps, de presqu’îles et d’îles, tandis que les terres méridionales des continents d’Afrique, d’Amérique et de l’Australie même, en y rattachant la Tasmanie, se prolongent vers le sud en pointes isolées et distantes, éternellement battues par les flots.

Les continents diffèrent encore par leur direction. Dans l’ancien, l’axe de la masse principale (Asie et Europe) court de l’est à l’ouest, et la ligne de plus grande longueur va du nord-nord-est au sud-sud-ouest : c’est le contraire dans le nouveau monde, où la plus grande longueur, qui se rapproche de l’axe idéal, se développe du nord au sud. Ce contraste, comme l’a remarqué Humboldt, a influé sur les destinées humaines; là en ouvrant des routes aux armées, ainsi qu’aux émigrants et aux commerçants, ici en opposant des barrières aux navigateurs.

Pour l’étendue superficielle, la population, l’activité de production et de consommation, l’ancien continent l’emporte encore sur le nouveau. Le rapport des surfaces est de trois à un.

Le rapport des populations fait aussi un grand écart : de quinze à un. L’inégalité n’est pas moindre pour l’avancement de la civilisation matérielle, quoique la prodigieuse activité des États-Unis commence à relever la balance du côté de l’Amérique. Un prochain avenir rapprochera davantage les deux plateaux, et un avenir lointain pourrait bien les niveler.

En même temps que les forces cosmiques soulevaient les continents, elles mettaient à nu les îles, bordure des terres,

ornement ou écueil des mers. Tantôt éparses à la surface des mers, tantôt groupées en archipels, parfois déployées en longs chapelets, les îles présentent toutes, les variétés de gisements, de formes, de dimensions, plus que les continents eux-mêmes, parce que leurs flancs moins vastes ont opposé une moindre résistance aux attaques des eaux.

La plupart des grandes îles sont disposées à proximité des continents. Ainsi sont placées : les Iles-Britanniques, au nord-ouest de l’Europe; la Corse, la Sardaigne, la Sicile, au sud ; Candie l’hellénique, au sud-est. L’Afrique orientale est flanquée de Madagascar. Au pourtour de l’Asie se déploient Chypre la grecque, Ceylan , les îles de la Sonde , dont on peut rapprocher les Philippines, puis les îles du Japon , l’ile Sanghalien, la Nouvelle-Sibérie, et la Nouvelle-Zemble, indécise entre l’Europe et l’Asie. La Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande entourent d’assez près le continent australien. Quanta l’Amérique, le Groenland, Terre-Neuve, les grandes Anlilies, les îles Parry et leurs pareilles dans les régions polaires; la terre de Feu, au sud; l’île Quadra et Vancouver à l’ouest , lui font une ceinture de grandes îles. Le Spitzberg et l'Islande échappent seuls â cette loi de voisinage.

Isolées ou assemblées, les moyennes et petites îles sçrrent de plus près les continents et s’en éloignent aussi davantage ; parsemées sous tous les méridiens et tous les parallèles, elles animent et embellissent les solitudes liquides : sans être désavouée par la science, la poésie peut les appeler les perles des mers. Leurs origines sont diverses comme leurs formes; volcaniques, ou neptuniennes, suivant que leurs roches proviennent du feu des volcans ou des dépôts marins; madréporiques, quand elles sont l’ouvrage d’animalcules vivants, comme dans la mer du Sud : souvent les îles sont de simples fragments séparés des continents voisins, et l’on reconnaît encore sous les eaux les vestiges des isthmes qui primitivement les rattachaient à la terre ferme.

Multiples aussi et diverses sont les fonctions des îles dans l’économie générale idu globe et dans l’histoire de l’humanité. Habitués dès l’enfance au spectacle des flots

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agités, les insulaires se plongent avec courage dans les eaux et y puisent le sentiment de leur force. Demandant à la pèche leur nourriture quotidienne, ils apprennent à braver les vagues et, dans ce jeu périlleux , prennent le goût des aventures; leur regard sonde avec confiance l’immensité; ils rêvent du lointain et de l’inconnu , de trésors et de couronnes : leurs corps se trempe, comme leur caractère, dans ces luttes quotidiennes où sont engagées leur vie et leur for-» tune, quelquefois leurs amours. Que la fortune leur soit propice , et leur étroite patrie devient , mieux que les vastes et inertes étendues des continents, un foyer de richesses, un centre de civilisation, un asile de liberté ; et , dans un rôle plus modeste, escale , comptoir , hôtellerie et caravansérail sur la route des navires.

Iles et continents offrent à l’étude leurs contours et leurs reliefs, dont les traits les plus remarquables sont : pour le contour, les presqu’îles, les isthmes, les caps, les enfoncements de toute forme et dimension; et, pour le relief, les plaines et les plateaux, les montagnes et les vallées.

Comme leur nom l’indique, les presqu’îles sont des avancements des terres dans la mer qui les entoure de presque tous les côtés ; elles reçoivent d’ordinaire le nom de péninsule, quand l’isthme qui les rattache à la terre ferme est lui-même étendu , au lieu d’être une étroite langue de terre. La forme péninsulaire s’observe communément en Europe, en Asie et en Amérique ; l’Afrique entière n’est qu’une grande presqu’île, dont le canal de Suez fait une île véritable. Si un canal s’exécute à travers le centre de l’Amérique, il convertira de même en îles les deux grandes sections de ce continent, vraies presqu’îles quant à présent. Mieux qu’aucun autre trait, les presqu’iles donnent au circuit des continents un profil anguleux et saillant qui brise, par de grandes et fortes lignes, les sinuosités ondulées et dentelées des côtes. La plupart d’entre elles, de même que les extrémités méridionales des continents, pointent du nord au sud, avec quelque obliquité à droite ou à gauche. On observe cetle direction dans les trois grandes péninsules qui se partagent le midi de l’Europe : l’Ibcrie, l’ItaUc, la Grèce; et dans

les trois pareilles qui divisent l’Asie méridionale, savoir : l’Arabie, l’Indostan, l’Indo-Chine : analogie de formes et de projection qui annonce quelque grande loi mystérieuse de la genèse de notre planète. La môme direction du nord au sud s’observe dans d’autres presqu’îles : il sulfit de nommer la Scandinavie en Europe, le Kamtchatka en Asie, la Floride et la Vieille-Californie en Amérique. Le Jutland et l’Yucatan, tournés vers le nord et le nord-est, ne consistent qu’en plaines et terres d’alluvion, étrangères aux formations primitives. Ouvertes à peu près en tout sens comme les îles, et tenant le milieu en quelque sorte entre les terres et les eaux, les péninsules devinrent de bonne heure des berceaux de civilisation.

Liens des presqu’îles et des continents, les isthmes furent tour à tour des frontières pour les Etats, des routes pour les armées, des barrières pour la navigation, des obstacles plus souvent que des voies pour le commerce. Leur position assure leur importance et procure la prospérité des villes qui peuvent s’y établir ; on connaît le renom de Corinthe, sur l’isthme qui unit le Péloponèse à l^Attique. L’isthme de Suez, qui unit l’Afrique à l’Asie, mais sépare la Méditerranée de la mer Rouge , vient de disparaître sous les dragues des ingénieurs et les flots des deux mers sont unis. L’isthme de Nicaragua, ou quelque autre, dans l’étranglement du Centre-Amérique, ne peut tarder à ouvrir de même, quelque jour, ses flancs au pavillon des nations. L’avenir abordera et résoudra peut-être le même problème pour l’isthme depérécop, qui joint la Crimée à la Russie; pour celui de Manitch, qui sépare la mer Caspienne de la mer Noire; et pour celui, innommé jusqu’à présent, qui sépare l’Atlantique de la Méditerranée à travers le -sud-est de la France : déjà sur cette ligne, le canal de Languedoc, uni à la Garonne, a indiqué la voie. Des coupures analogues sont ouvertes à travers le midi de la Suède, et, commencées sur la limite du Schleswig et du Danemark, en vue d’éviter les longs détroits que parcourent les navires, voulant passer de la mer du Nord dans la mer Baltique.

Les caps sont souvent les pointes des presqu’îles, mais

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souvent aussi leur attache à la terre ferme ne se resserre par aucun isthme , et alors ils en continuent simplement le système morftagneux. Le cap prend le nom de promontoire dans le langage solennel et aussi pour désigner des avancements de montagnes au cœur des plaines, imitant ceux des mers; mais nous n’avons à parler, dans cette esquisse générale, que des vrais caps, de leur caractère et de leur fonction.

Ils sont fort nombreux. Dressés en pic ou affaissés par gradins , leurs solides éperons fendent les mers et brisent la régularité des contours, elliptiques ou sinueux, que tendent à prendre les continents et les îles, sous l’action érosive des vagues, qui attaquent toute saillie et démolissent celles qui ne résistent pas. En général, les extrémités des continents et des péninsules se terminent par des caps, qui deviennent pour le navigateur les jalons de ses itinéraires. L’Europe montre à l’océan Glacial son cap Nord, et l’Asie son cap Sévero-Vostotchnii , dont le pendant , au midi, se dédouble entre le cap Gomorin et le cap Romania. Les caps Vert, Guardafui et de Bonne-Espérance semblent tendre de l’ouest à l’est et jusqu’au sud, le triangle africain. Le cap Horn termine l’Amérique méridionale en une pointe aiguë, tandis que le Nord-Amérique s’élargit de la pointe de la presqu’île Alaska jusqu'au cap Farewell, le cap des Adieux, au sud du Groenland. Les Ilots qui brisent sur ces avant-postes causent des remous dangereux, qui ont fait la terreur des marins jusqu’à ce qu’ils apprissent à les doubler, et que des phares vinssent en éclairer l'approche. Alors les caps des Tempêtes, on l’a vu pour le plus célèbre de tous, sont devenus des caps de Bonne- Espérance, à l'immortel honneur de Barthélemy Diaz et Vasco de Gama.

Par leurs angles saillants, les caps dessinent à droite et à gauche des courbes rentrantes qui font partie d’un système général de sinuosités et d’échancrures, loi universelle du pourtour des terres où la ligne droite est rare. Mais ces concavités, étant envahies par les eaux, appartiennent plutôt au domaine maritime, où nous les retrouverons*

Bornons-nous à dire ici que les contrées les plus découpées sur leurs rivages sont les plus favorables à la civilisation : sous ce rapport, l’Europe méridionale, presque toute l’Asie (sauf la côte du Nord et l’Arabie), enfin le rivage oriental du Nord- Amérique présentent les meilleures conditions et les plus gracieux aspects.

Les plaines se développent d’ordinaire au pourtour des terres, au voisinage des mers, à une faible altitude , sur une surface horizontale ou légèrement ondulée, faiblement accidentée. La régularité de leurs terrains atteste que les révolutions du globe ne les ont point bouleversées , soit qu’elles aient échappé , malgré leur origine ancienne, aux convulsions terrestres ; soit qu elles aient été formées plus récemment par le soulèvement paisible des fonds de mer, ou par l’écoulement de quelque lac, ou par des dépôts de détritus enlevés aux plateaux et aux montagnes qui les dominent. L’axe des plaines se dirige assez généralement comme l’axe même des continents , c’est-à-dire du sudouest au nord-est, dans l’ancien monde, du nord au sud, dans le nouveau.

Sans tenir compte, dans cet aperçu très-sommaire, des plaines de petite et moyenne étendue, qui se trouvent à peu près partout, chacune des cinq parties du monde présente de vastes plaines, aux physionomies variées, malgré une apparente similitude de formation et de fonction.

En Europe, la plaine embrasse la Russie, le centre et le nord de l’Allemagne au delà du 51° de latitude et se prolonge jusqu’en Danemark, en Hollande et une partie de la Belgique et de la France septentrionale. Au système des plaines appartiennent, plus au midi, les landes sablonneuses de la Gascogne et de la Gironde, la crau caillouteuse , la Sologne et les Dombes marécageuses, les arendal de la Nouvelle-Castille, comme les bruyères {heiden ) de la Germanie et les puzla de la Hongrie. — En Afrique, on ne connaît bien que les plaines désolées du Sahara, mamelonnées par des dunes, émaillées de rares oasis : de l’ouest à l’est, elles font à ce continent une large ceinture de sable, qui se reproduit dans le désert de Ka-

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lahari, vers l’Afrique australe. Dans l’intérieur du continent africain, les voyageurs ont reconnu aussi des plaines d’une luxuriante végétation qui attendent une plus complète exploration. — En Asie, la plaine se développe sans limites et presque sans accidents de terrains dans les nefoud de l’Arabie, qui se prolongent par delà le golfe d’Oman, jusque dans le Béloulchistan et l’Afghanistan, dans les steppes qui entourent la mer Caspienne, les lacs Aral et Balkach, en se prolongeant vers les hauts plateaux de la Perse ; entin dans les toundras de la Sibérie, et les jongles fameux de l'Inde, hantés par les tigres : hautes herbes, déserts stériles, landes arides, broussailles rabougries, prairies humides, suivant les lieux.

Mais c’est dans le nouveau monde que les plaines unissent l’imposante grandeur à l’inépuisable variété des aspects et des produits. Les savanes et les prairies couvrent de leur épaisse verdure l’immense bassin de Mississipi; les llanos se déploient sur le versant océanien de la Colombie et du Vénézuéla; la teinte désolée du désert reparaît dans le grand et le petit chaco, au cœur du Brésil ; puis les pampas reverdissent dans le bassin de l’Amazone, rappelant par leur apparence uniforme l’océan qui le couvrait autrefois. Au sud du continent américain, les terrasses nivelées de la Patagonie, comme au nord les froides campagnes du Canada, entrecoupées de lacs, continuent le système des plaines.

Ouvertes au libre parcours des troupeaux et aux labours de la culture, les plaines sont à la fois le domaine des populations nomades et le séjour des populations sédentaires. La civilisation s’y est de bonne heure établie, mais souvent aussi elle en a été déracinée, par la facilité que les plaines offrent aux invasions et aux batailles, et leurs richesses sont souvent devenues la proie des barbares; parfois le sable les a recouvertes de son triste linceul. Alors la stérilité moderne a remplacé l’antique fertilité : tout l’Orient musulman présente ce triste spectacle (Asie Mineure, Mésopotamie). De nos jours, les grandes plaines, percées de routes et de chemins de fer, appellent en toute sécurité l’industrie, le commerce, la colonisation : c’est aux Klats-

Unis surtout que ce spectacle se déploie avec grandeur ; d’année en année la prairie défrichée se peuple de fermes et se couvre de population.

Les plateaux jouent un rôle d’égale importance dans l’histoire de l’humanité. Ce sont les hautes terres situées à l’intérieur des continents, qui se distinguent des plaines, non-seulement par leur élévation au-dessus du niveau des mers, mais par leur charpente rocheuse, par leur masse, par les accidents de leur relief. Les plateaux sont les plus anciens massifs de notre planète, les centres de formation primitive autour desquels les terrains plus récents se sont accumulés en couches planes, ou creusés en vallées, ou soulevés en montagnes. Ils se rattachent aux plaines inférieures par des terrasses qui présentent toutes les formes : pentes abruptes et escarpées, talus inclinés, étages superposés.

Au système des plateaux appartiennent les formations de la Castille en Espagne, de l’Auvergne en France, celles de la Bavière en Allemagne, de la Carniole et de la Croatie en Autriche, de la Turquie d’Europe au pied des Balkans, de la Scandinavie au pourtour de la mer du Nord. — En Afrique, on les reconnaît partout, sans bien les connaître nulle part : sur les sommets élargis de l’Atlas, en Algérie et au Maroc; dans les ambas de l’Abyssinie, dans la région entrevue des sources du Nil, au sud de l’Afrique dans les terres qui avancent vers la colonie du Cap. Mais c’est en Asie que les plateaux se présentent sous l’aspect le plus imposant : tandis que, dans les exemples précédents, l’altitude varie de 1 ,000 à 3,000 mètres au plus, le plateau central de l’Asie forme, à plus de 5,000 mètres de hauteur, un immense massif, ceint de hautes montagnes, qui culminent jusqu’à 7 à 8,000 mètres. Le morcellement des plateaux reparaît en Amérique, sur la croupe élargie des Alleghanis, dans le grand bassin d’Utah, au Texas, dans le Mexique ancien et nouveau. Au sud, ils sont plus nombreux, sinon peut-être d’égale étendue : on les observe surtout en Colombie, dans l'Equateur, au Pérou, en Bolivie, dans ces régions que supportent et traversent les plus hautes cimes des Cordillères,

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Déserts stériles ou îles verdoyantes, les plateaux sont rarement des bassins fermés : on cite pourtant ceux d’Utah, dont les eaux s’écoulent dans un grand lac salé, et celui de Titicaca, en Bolivie, l’un des traits les plus singuliers de l’Amérique méridionale; enfin, les hautes steppes de l’Algérie parsemées de chotts ou lacs salés. La plupart sont ouverts par quelque brèche que les rivières ont creusée dans la ceinture des rocs, pour atteindre, de chute en chute, les vallées, où leur cours s’élargit. — D’autres fois, ce sont des défilés ou des échancrures qui ouvrent une route aux populations émigrantes : c’est par de telles voies que certains flots de populations aryanes descendirent, dans les âges lointains, des hauts plateaux de l’Asie centrale vers les plaines de l’Inde, tandis que d’autres courants, s’avançant vers l’ouest, se répandirent dans les régions plus tempérées de l’Asie occidentale et de l’Europe. Ce plateau asiatique fut un berceau, et probablement il ne fut pas le seul, de population et de civilisation primitives.

Au-dessus des plaines, et du milieu ou dès bords des plateaux, se détachent les montagnes dont les formes et les directions complexes sont plus difficiles à ramener à cette simplicité de lois que recherche l’esprit humain. Par leurs saillies pittoresques ou imposantes, elles rompent la monotonie d’aspect que les surfaces plates imposeraient à l’écorce terrestre. Le trait le plus général de leur disposition est la grande et haute corniche montueuse qui entoure , comme un anneau, le grand Océan et l’océan Indien, depuis le cap Horn jusqu’au cap de Bonne-Espérance, en passant par le détroit de Behring : immense bande de granit et de' porphyre qui, en Amérique, sous le nom de Cordillères des Andes , de montagnes Rocheuses et de Névada, se tient à proximité de la mer, et s’en éloigne en Asie, de manière à laisser entre les pieds des monts et la mer ces vastes et fertiles plaines qui sont la Chine et l’Inde méridionale. A cet immense arc orographique appartient le système de l’Himalaya et de l’Hindokouch, avec ses ramifications, où se trouvent les plus hautes cimes du globe , car il en est qui dépassent

8,000 métros, cl que, par celle raison, les poètes appellent le faite ou le toit du monde.

En dehors de cette grande traînée, d’autres chaînes accidentent la surface de notre planète : telles, au pourtour septentrional de la Méditerranée, les Alpes, que domine le mont Blanc (4,810 mètres) et dont les chaînons rayonnent autour du nœud central sur la France, la Suisse, l’Allemagne du Sud ; se prolongeant au loin, les Alpes divisent en deux versants les péninsules Italique et Hellénique, coupent, morcèlent la Turquie et se relient aux Karpathes qui séparent te monde slave du monde germanique flanqué de la Hongrie. En face des Alpes, tes Pyrénées unissent la Méditerranée à l’Océan, et se dédoublent en rangées parallèles et obliques de sierras, qui impriment un caractère spécial à la péninsule Ibérique. Citons encore, sans sortir de l’ancien monde, tes Dofrines de la Scandinavie, tes Ourals entre l’Europe et l’Asie, enfin 1e Caucase entre la mer Caspienne et 1e Pont-Euxin, doublement fameux par la légende de Prométhée, et par l’histoire de ses populations guerrières, qui ont eu l’honneur de donner leur nom au plus beau type du genre humain.

L’échelle des hauteurs assigne 1e premier rang aux montagnes du plateau central de l’Asie, qui percent tes nuages à une altitude de 7 à 8,000 mètres; 1e second aux Cordillères américaines, qui surplombent la mer de 5 à 6,000 mètres; nos montagnes d’Europe ne viennent qu’en troisième ordre, avec leur élévation de 2,000 à 5,000 mètres. Quant à celtes de \ ,000 à 2,000 mètres, c’est la foute vulgaire en tout pays.

Malgré 1e relief qui frappe nos yeux, et qui, mesuré à notre petitesse, est énorme, tes éminences font bien peu de saillie sur la surface du globe : rapportées à sa masse, elles ont été justement comparées aux aspérités d’une écorce d’orange. Mais ce rapport mathématique est loin de mesurer 1e rôle physique, économique et politique des montagnes. Opposant leur barrière aux courants atmosphériques, elles modifient tes climats; attirant tes nuages et précipitant tes vapeurs, elles font de leurs sommets des laboratoires de

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glaces et de sources; par leur humidité, elles entretiennent la végétation des forêts, chevelure de la terre qui concourt â l’équilibre des fluides ; leurs escarpements séparent les peuples et les tribus, dont ils protègent la liberté et trempent fortement l’âme aussi bien que le corps. Dans leurs flancs inaccessibles, le travail est rude, la pauvreté âpre; toujours en lutte contre la nature ou en vigilance contre l’ennemi, le montagnard devient intrépide et souvent violent; niais sa vigoureuse personnalité est à la hauteur de tous les devoirs belliqueux ou pacifiques. Son sang, que colore un air vif, régénère, par une émigration incessante, le sang étiolé des populations des plaines. A toutes les époques, en tous pays, les montagnes ont été des asiles de l’indépendance et des foyers de patriotisme. Même sous la forme adoucie de collines, les montagnes sont réservées à des hautes destinées : les sept collines de Rome, la colline de Jérusalem, les collines de Montmartre et de Sainte- Geneviève, sur les rives parisiennes de la Seine, en sont de mémorables exemples.

Plus variées encore sont leurs formes que leurs fonctions ; mais la langue est impuissante à exprimer toutes ces diversités de figures. Quand elle a énuméré les amphithéâtres et les dômes, les aiguilles et les pics, les buttes et les groupes, elle est à bout de ressources, et doit emprunter aux idiomes nationaux et locaux un supplément de vocables : tours, dents, cornes, puys, culms, ballons , etc.

Les vallées sont les dépressions creusées par les eaux du sol, dont les monts sont l’exhaussement. Entre ces deux formes du relief terrestre, la transition est parfois brusque, et s’accuse par des escarpements et des précipices. Mais il est plus commun de voir une inflexion de l’arête dominante s’évider en col ( ports dans les Pyrénées), qui devient la tête d’une vallée et le point de partage entre les deux revers de la montagne. L’inflexion se continue-t-elle entre les murs verticaux de la roche, elle devient un défilé (Tbermopyles, Roncevaux), une porte (Caucase , Caspienne, Portes-de-Fer ou Bihan), un passage, une passe (Issus) ; plus court ou abrupt, le défilé sera une gorge, que

sa forme fera quelquefois qualifier de fourches (Caudines). En se resserrant, la vallée passe au vallon, au val, si chers aux poètes, à la combe, familière âux peuples du Midi; et s’élargissant, elle se confondra avec la plaine; dans le désert, elle sera la fraîche oasis. Toujours la ligne la plus basse de son niveau sera tracée par un courant, ruisseau, rivière ou fleuve, ce qui distinguera la vallée de la vraie plaine.

C’est le cours d’un fleuve, dont les affluents odt érodé les flancs des montagnes et creusé la concavité des versants, qui fait maintenir le nom de vallées à quelques surfaces tellement étendues que la courbure des pentes disparaît, au point que la science est tentée, comme le langage vulgaire, de les qualifier de plaines. De ce nombre sont : les vallées du Mississipi et de l’Amazone, du Gange et du Nil, du Rhin et du Danube. On les reconnaît à un autre signe. Les ondulations du cours des fleuves se reproduisent dans le thalweg (ligne de fond) des vallées, et même sur leurs bords, par une alternative de sinuosités rentrantes et saillantes qui attestent la lente et continue action des eaux, laquelle peut manquer tout à fait dans les plaines.

Antithèses des montagnes par leurs caractères physiques, les vallées le sont aussi par les populations. La température plus clémente, le terrain plus fertile, la vie plus douce, trempent moins rudement les corps et les esprits. Dans les vallées s’épanouissent la sociabilité délicate et la civilisation raffinée, avec leur part d’agréments et de défauts. La richesse, l’art et la science s’y plaisent et y fleurissent, non sans péril pour la sévérité des mœurs et l’énergie du patriotisme.

Les vallées, avec la masse des eaux qu’elles charrient, débouchent sur la mer, où leurs dépôts de limon et de cailloux sont jetés sur le rivage, et produisent, en se heurtant contre les flots, des phénomènes dont nous allons observer les principaux aspects.

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