LES TERRES ET ILES ARCTIQUES
Les terres arctiques, que l’on rattache* au continent américain, forment à partir du cercle polaire un labyrinthe de terres, d’îles et d’archipels bordés de glaces, qui se dressent en glaciers tantôt brumeux, tanlôlétincelauts, à travers lesquels on a cherché, depuis le xv c siècle, à se frayer un passage entre les océans Atlantique et Pacifique. On y a dépensé en pure perte infiniment d’efforts, d’argent et de temps, et bien des vies d’homme. La preuve est aujourd’hui acquise que la communication, qui existe en effet, est barrée à la navigation par les glaces. Il n’y a donc plus que l’intérêt, toujours précieux, de la science, qui puisse faire renouveler des entreprises inspirées par l’idée du passage nord-ouest. Mais un but reste à atteindre, plus éloigné, plus difficile et cependant plus utile peut-être, l’exploration du pôle lui-même et de ses alentours, dont on ignore le vrai caractère. Sous le pôle y a-t-il une terre ou une mer? La terre y est-elle habitable? La mer y estelle navigable? Ou bien la glace interdit-elle le séjour sur l’une, la navigation sur l’autre? Questions d’un intérêt supérieur pour la science, et que l’industrie elle-même n’aurait pas à dédaigner, s’il est vrai, comme de sérieuses conjectures invitent à le croire, que la région circumpolaire est une mer libre pendant une partie de l’année, où se réfugient, comme dans une retraite inviolable, les cétacés que les harpons des pêcheurs poursuivent sur toutes les mers du globe. Posé en P’ rance avec une grande ardeur par M. Gustave Lambert, qui a assigné cette noble découverte à son ambition de savant et de navigateur, ce problème a retenti dans le monde entier , et les nations
maritimes, animées d’une pacifique émulation, préparent, organisent, lancent des expéditions ayant pour objectif le pôle Nord.
Dans les terres arctiques errent quelques sauvages tribus d’Esquimaux, vivant de chasse et de pôche, assistés de chiens dressés à ce double exercice. On ne trouve des villages, avec quelques germes de vie sociale et religieuse, tant soit peu développés, que dans le Groenland, dont les côtes occidentales sont découpées, comme celles de la Norvège, en fiords, entourés de montagne^ qui protègent leurs rivages contre les vents glacés. Là se concentrent les habitants : les uns, Esquimaux, au nombre de 9 à 10,000; les autres (un millier environ), danois ou métis de Danois et de femmes indigènes. Dès les x c et xi° siècles, des colonies irlandaises et danoises s’étaient établies dans la partie méridionale du Groenland, et communiquaient facilement avec l’Europe ; mais au xv* siècle les banquises de glace ayant intercepté les communications, les colonies furent détruites par la faim et le froid, ce qui recula la découverte, qui n’aurait pas tardé sans doute, du continent américain. Le commerce et les missions ont repris pied au xvjii* siècle et se sont maintenus jusqu’à ce jour, non sans succès : à l’abri d’une administration tutélaire et très-simple, la vie économique et la vie morale se sont ranimées dans çes régions, que le froid semblait condamner à n’êlre qu’un désert abandonné aux sauvages et aux bêtes.
Ici trouverait place l’Islande, à raison de sa proximité géographique, si nous ne l’avions rattachée au Danemark, à raison de l’affinité des origines et du système administratif.