LA NOUVELLE-BRETAGNE
La Nouvelle-Bretagne est une expression historique et géographique plutôt qu’une réalité politique. Sous ce nom collectif, on comprend un groupe de possessions du Nord - Amérique , relevant toutes de la couronne britannique, entre les régions polaires et les Etats-Unis.
Couvrant une superficie de 7,800,000 kilomètres carrés environ, elle se divise en plusieurs parties, dont la plupart, après avoir joui longtemps d’une existence distincte, ont été récemment reliées en une confédération politique sous le nom de Dominion of Canada.
Ce nom, que l’on peut traduire, avec plus d’exactitude dans l’idée que dans le mot, par la Confédération canadienne, s’applique à la puissance nouvelle formée de l’union du bas et du haut Canada, du Nouveau-Brunswick, de l’ile du Prince-Edouard, de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Ecosse, des terres de la Compagnie d’Hudson, dont une partie, située sur la rivière Rouge, a été annexée en 4870 sous le nom de province de Manitoba. L’anuexion de la Colombie anglaise se prépare ; quand elle sera accomplie, la Nouvelle-Bretagne et le Dominion of Canada seront synonymes.
Quant à présent, l’Union canadienne comprend, comme centre de formation, le Canada, divisé en deux provinces, le bas et le haut. Le bas Canada est la région comprise entre les monts Laurentides et la ligne des grands lacs (Supérieur, Huron, Erié, Ontario), ces deux derniers unis par la cataracte du Niagara, dont les eaux, en s’écoulant vers la mer, forment le fleuve et le golfe du Saint-Laurent : sur quelques points, la frontière canadienne dépasse le fleuve et confine directement avec les Etats de l’Union américaine. Colonie française fondée par Jacques Cartier et Samuel Champlain, le Canada nous fut enlevé par les Anglais, dans les guerres du dernier siècle, et le traité de Paris (1703) leur en confirma la possession. Malgré la perle de leur nationalité, les Canadiens français, au nombre de ‘.KH), 000 sur 1,400,000 habitants, ont fidèlement conservé leur langue, leur foi, leurs traditions, leurs coutumes même, et ils n’ont accepté de l’Angleterre que le drapeau et l’administration. Il est juste de constater que, après avoir longtemps voulu les assujettir à des lois oppressives , la métropole, éclairée par l’insurrection de 4837, leur a octroyé des institutions libérales qui,
en respectant leur autonomie, y ont diminué leurs antipathies. Sous ce climat froid et sain, la population se développe, par sa propre force, avec une extrême rapidité ; elle double à peu près tous les vingt- cinq ans, et trouve dans un travail assidu, qui se porte sur la colonisation intérieure par le défrichement des forêts, des ressources proportionnelles à ses besoins. L’agriculture, devenue impossible pendant les longs et rudes hivers, alterne avec l’industrie domestique, et même avec l’exploitation des bois en plein air : au besoin, l’émigration temporaire dans les Etats-Unis vient en aide aux familles les plus gênées.
Les principales villes du bas Canada sont : Québec, la capitale, peuplée de 65,000 âmes, principal port d'exportation du Canada et centre du commerce canadien avec l’Europe; — Montréal (90,000), dans une île du Saint- Laurent, principal port d’importation et centre du commerce canadien avec les Etats-Unis : la construction des navires, avec la fabrication de leurs agrès, est la principale industrie de ces deux villes.
Le haut Canada, ou Canada occidental, avoisine de plus près la région des lacs. Ici l’élément britannique domine, avec ses types variés d’Irlandais , d’Écossais, d’Anglais , et tous les ans l’émigration européenne y ajoute ses alluvions hétérogènes , que ne tarde pas à cimenter >
l’esprit de colonisation agricole et industrielle, plus mêlée ,que dans le bas Canada de spéculation sur les terres et les marchandises, et d’aventures tentées dans les solitudes environnantes. La population s’y élève à 1.400 000 âmes.
— Les principales villes sont : Toronto (44,000), Hamilton (19,000), Kingston (13,000).
Ottawa, l’une des villes du haut Canada, a été choisie pour devenir le siégé de la nouvelle confédération; un tel rôle ne peut qu’accroître sa population jusqu’à présent bornée à 14 ou 15,000 âmes.
Le gouvernement fédéral se compose d’un gouverneur général, nommé par la reine , d’un conseil exécutif nommé
par le gouverneur et d’une assemblée législative nommée par des électeurs, suivant une loi libérale qui n’est pourtant pas le suffrage universel. Le. budget fédéral se combine avec les budgets spéciaux de chaque province.
Sur les bords de l’Océan , le Nouveau-Brunswick a un caractère plus spécialement maritime : aussi la pêche partage-t-elle avec l’agriculture l’activité de ses habitants, et le poisson salé est-il un des principaux articles d'exportation : le bois, les huiles animales, le fer, la houille, sont des ressources complémentaires. Dans sa population de
250.000 habitants, où domine l’élément anglo-saxon et écossais, les Français, descendant des anciens Acadiens, comptent encore pour 30,000 âmes. Les villes principales sont : la capitale Fréderictown (G,000), et Saint-John (15,000), la ville maritime.
La petite île du Prince-Édouard (île Saint-Jean, sous la domination française) jouit des bénéfices d’un climat maritime; la température y est plus douce que dans les régions avoisinantes; le sol est propre à la culture du blé et surtout à l’élève du bétail. Sur la population de 81 ,000 habitants, on compte 15,000 Français, descendant des anciens colons franco-acadiens. La capitale est Charlottetown, avec