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La jurisprudence deviendrait, sous peu, uniforme par toute la province, Les avocats de la campagne plaideraient leurs propres révisions et appels, se feraient connaître de différents juges, mettraient plus de soin dans l'étude de leurs causes, seraient plus courtois les uns envers les autres et gagneraient considérablement, sous le rapport de la science et de la considération, c’est-à-dire que les avocats des districts ruraux prendraient le rang qui leur est dû.
Il faut, à notre avis, plus de connaissances pour faire un bon avocat de campagne que pour faire un bon avocat de ville, tant les questions qui se présentent à la campagne sont multiples et litigieuses, pendant que, dans les villes, ce sont surtout des affaires commerciales.
Mais, nous dira-t-on : ‘ Comment en arriver la? Vous voulez ‘ renverser tout un système pour peut-être, en fin de compte, nous ‘ laisser dans un plus grand embarras. Les dépenses occasionnées par ‘ votre système seraient tout simplement ruineuses.”
D'abord, les dépenses ne doivent pas entrer en ligne de compte dans l’examen de la question. Si la réforme est bonne, elle doit se faire. Le premier devoir d’un gouvernement est de pourvoir à l’administration de la justice et le jour où l’on nous dira : “ Nous n'avons pas les moyens de vous faire administier la justice comme nous voudrions,” nous serons justifiables de commencer à désespérer du pays. Le gouvernement fédéral est, du reste, tenu, de par la constitution, de nommer des juges pour les Cours supérieures, des juges de comté et de district et de les payer. (Section 92, sous-section 14 et section 96.)
Si nous comprenons bien, le plan suggéré serait de faire nommer des juges de comté qui auraient la juridiction actuelle de la Cour de circuit. Un juge de comté pourrait être chargé de cinq ou six comtés et même de plusieurs districts. A l'heure qu'il est, le magistrat de district de Sherbrooke a la charge de trois districts : St. François, Bedford, Drummond et Arthabaska, et il pourrait probablement assumer la charge d'un 4ème district. Le nombre de ces juges de comté n'aurait donc pas besoin d’être considérable.
Les juges de la Cour supérieure, débarrassés de la Cour de circuit, auraient tout le temps nécessaire pour suivre les termes de la Cour supérieure qui leur seraient assignés.
Pourquoi un ou deux juges de la Cour de comté'ne seraient-ils pas chargés de la Cour de circuit, à Montréal et à Québec, comme ailleurs ? Pourquoi la juridiction de la Cour de circuit, à Montréal et à Québec,
ne serait-elle pas élevée à deux cents dollars comme ailleurs ? Les juges de la Cour supérieure se verraient, par là, déchargés d’une large part d'ouvrage, et il nous semble que, n'ayant ni la Cour de circuit ni la Cour de révision, ils auraient un temps suffisant pour disposer des autres affaires et peut-être pour porter secours aux districts ruraux s’il
était nécessaire, ce qui est très-improbable.
Nous soumettons à la sérieuse considération du lecteur les obser-
vations ci-dessus, celles que nous avons déjà faites, et que l'on nous pardonnera d'avoir répétées, en partie, en raison de l'importance du
sujet.
Nous voyons, avec plaisir, que le Barreau en général se préoccupe
de réformer notre système judiciaure et que M. Lacoste, le digne et intelligent bâtonnier de la section de Montréal, s'en occupe particulière-
ment.
Nous espérons que ce que nous avons écrit sur ce sujet, #70 bono Publico, n'échappera pas à l'attention du Barreau en général.
Nous avons aussi constaté, dans notre avant dernier numéro, les observations faites à ce sujet, par M. le procureur-général Loranger.
Nous n'avons pas la prétention de croire que toutes nos recommandations devront l'emporter et l'emporteront, mais nous croyons qu'elles méritent considération.