‹ Notre temps (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · LES · texte numérisé non relu

LES

CETTE question de savoir si le capitaine Alfred Dreyfus a été condamné sur la pro- NEUTRES duGtion d'une pièce dont il n'a pas eu connaissance, a créé depuis trois mois une agitation qui a pris les allures d'une bataille sociale et religieuse, déviant aux rixes de l'antisémitisme, et môme, de l'autre côté de la Méditerranée, à des scènes de pillage et de meurtre. Parce que Ton a élevé ici des doutes sérieux sur la manière dont un inculpé a été jugé et condamné, il a fallu que la boutique de n'importe quel Israélite soit envahie dans une rue d'Alger, les marchandises tirées dehors, brûlées ou volées par des forcenés suspects. Malgré la prétendue logique de ces événements et le fatalisme de la solidarité de race, on arrivera difficilement à faire admettre comme légitimes ces manifestations de la vieille barbarie.

C'est précisément contre cette philosophie de l'histoire, qui vient en réalité de la Bible et des écrivains Ihéocratiques, c'est contre cette menteuse logique, ce cruel fatalisme, ce décret de solidarité aussi terriblement inhumain que la doctrine du péché originel, c'est contre cet appareil d'autrefois que partirent en guerre les philosophes du xviu'= siècle et les législateurs de la Révolution française.

Comment se fait-il donc que l'opinion n'ait pas été una-

nime ? que la discussion ait pu commencer, grandir, et même changer d'objet ?

La première des raisons, c'est que les choses qui paraissent simples sont, en réalité, fort compliquées. Cette pièce secrète non communiquée à un accusé, c'est bien, n'est-ce pas, tout le problème à résoudre ? Or écoutez ce qui se dit à la Chambre, lisez ce qui s'écrit dans la presse, du côté des défenseurs de la « chose jugée ». C'est précisément cette explication sur la pièce secrète que tout le monde se refuse à donner. On préfère laisser mettre à l'ordre du jour ces deux grosses questions du pouvoir militaire et de l'antisémitisme plutôt que de s'expliquer sur le fait qui entraînerait, de par la loi, la revision du procès Dreyfus.

La faute en est sans doute à la dislocation du parti républicain, séparé en tronçons qui poursuivent des intérêts différents. La faute en est aux radicaux et aux socialistes, qui n'ont pas su se réunir et faire front au nom de l'intérêt supérieur de la loi sociale de justice qui domine toutes les tactiques et tous les intérêts de partis.

La faute, comme toujours, est aussi celle des neutres.

Ici la critique dépasse les convenances des journaux et des groupes parlementaires. Elle atteint l'état d'esprit du grand nombre, de la foule, de la France qui a les représentants de tous genres qu'elle peut avoir. Car il ne faut pas s'y tromper : si une ardente curiosité est éveillée, la grande passion nationale sommeille. On suit les phases du débat comme on lit, au jour le jour, les péripéties de quelque énorme fait divers, comme on suppute les chances des coureurs au Grand-Prix de Paris. Les promenades d'étudiants catholiques, de lycéens antisémites dans nos rues, et même les pillages et les bagarres sanglantes d'Alger, ont eu lieu

dans le grand vide muet de l'opinion. On achète les journaux, on les parcourt aux lumières des boutiques, sous la flamme des becs de gaz, et l'on attend la suite.

Qu'il y ait une opinion contraire à celle des rares manifestants de la rue, cela est certain. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter les réflexions que font les passants arrêtés au passage des monômes. Et, certes, il est heureux que cette opinion-là ne se soit pas affirmée aussi par les processions et les cris. Avec nos mœurs, avec notre extraordinaire impuissance à vivre de la vie de la liberté réclamée sans cesse, la rencontre de bandes adverses n'aurait pu amener que bourrades, peut-être pis, et finalement intervention de la police. En dehors des pêcheurs en eau trouble, des spéculateurs sur mouvements populaires, personne ne veut des hasards de la rue, personne ne veut que soit payé l'ordinaire et néfaste tribut des victimes inconscientes. C'est au grand débat sur une idée qu'il faut se tenir, c'est en rappelant tout le monde, militaires et civils, juifs et antisémites, à la vérité de la loi, qu'il faut affirmer la force de la vertu républicaine, de la notion de droit et de justice.

Gela, on pouvait le faire sans promenades dans la rue, sans rixes de réunions publiques, puisque nous n'avons encore su organiser ni défilés ni meetings, et que la liberté de réunion est devenue vaine. Il fallait seulement cettechose si difficile à obtenir : l'intervention des neutres — que les neutres ne soient plus des neutres. Il fallait une manifestation complète de tous les comités électoraux de Paris et des départements auprès de leurs mandataires, une signification d'opinion telle que nul n'aurait pu s'y tromper. Ce mode d'action, un peu semblable à l'expression des vœux politiques qui fut, un moment, une force employée par les con-

seils municipaux et les conseils généraux, ce mode d'action n'apporterait aucun trouble matériel dans la vie d'une nation. Il vaudrait comme révélation d'opinion. Il toucherait à l'endroit sensible nos députés anxieux, à la veille des élections, de rester en communion d'esprit avec leurs électeurs. Toute preuve de ce genre qu'il existe une vie publique en France serait irrésistible, et la situation serait bientôt devenue nette.

Il n'y faut pas compter, paraît-il. Pas plus que les adversaires de la vérité et de la lumière ne peuvent compter sur un mouvement pareil en leur faveur. Tout repose, tout sommeille ; une œuvre de trouble, de démoralisation, a été accomplie par une partie active des dirigeants de tous genres, de la politique, de la littérature, de l'art, pendant qu'une autre partie de l'élite laissait faire. Ici, nous retrouvons les neutres.

Ceux-ci seraient impardonnables s'ils ne sortaient de leur égoïsme. Il faut qu'ils interviennent partout et sans cesse, qu'ils aient raison à jamais de cette stupide affirmation que cela ne les regarde pas. Qui cela regarderait-il, alors ? Qu'on nous le dise. Quelle singulière conception de la vie se feraient donc les artistes, les écrivains, les savants modernes ? Enfermés dans cette fausse idée qu'ils sont placés en dehors du réel, que rien de la société, de l'humanité, ne doit les intéresser, ils deviendraient, et beaucoup sont déjà devenus sans doute, des êtres artificiels dans des milieux vivants.

Admirez la contradiction stupéfiante : on leur demande d'exprimer par leurs œuvres les sentiments humains les plus profonds, et on leur refuse, et ils se refusent à euxmêmes le droit de les ressentir ! Ils inventent la tour

d'ivoire, et on les loue de s'y soustraire à jamais à Tagitation du monde. Triste tour d'ivoire qui n'a le plus souvent que des guichets comme ouvertures sur le monde extérieur ! Elle n'existait pas aux époques ovi l'art se mettait en contact avec la foule. L'humanité d'alors s'est admirablement formulée, et la Renaissance, où l'expansion vitale fut si ardente, vit ses grands artistes prendre fait et cause pour toutes les agitations de l'esprit. C'est ce contact avec tout ce qui intéresse profondément l'homme qui a permis à ces artistes de nous laisser de fortes expressions de vie et de beauté.

Sous peine de déchéance, de dessèchement de leur pensée, de mort de leur talent, les artistes de toutes formes devront revenir à cette union harmonieuse. Celui qui n'est pas homme n'est pas artiste. En dehors de l'initiateur, il n'y a que le serviteur. Ce n'est pas la peine d'avoir en soi la force de la pensée pour tomber à cet état de servilisme. Car il ne s'agit pas d'obéir à la foule, de consulter bassement le « goût du public », comme proclament tant d'artistes avec une inconscience stupéfiante. L'homme de pensée ne sert pas la foule en lui obéissant, mais en la combattant, et c'est contre le goût du public qu'il faut partir en guerre, puisque l'art, la pensée, doivent civiliser la foule et non l'avilir.

Heureusement, celte vérité a été remise en honneur par quelques-uns, par Zola, par ceux dont les noms se sont groupés en une haute et significative protestation, par des hommes de la littérature, de l'art, du laboratoire : Anatole France, Duclaux, Séailles, Victor Bérard, Charles Andler, Lucien Herr, Charles Friedel, Edouard Grimaux, Eugène Carrière, Claude Monet, Pissarro, Ary Renan, Charles

Richet, Delbet... C'est par centaines que les savants, les littérateurs, les artistes, les universitaires, sont venus affirmer leur droit de se mêler de ce qui les regarde. Et voici que, parmi eux, viennent maintenant apporter leurs signatures auprès de celles des membres de l'Institut, des professeurs, des écrivains, des peintres, voici, dis-je, que viennent les ouvriers, les employés, les commerçants. La discussion sur l'affaire Dreyfus n'aurait pas été inutile, lors même qu'elle n'aurait eu que ce résultat, qu'elle n'aurait été que le prétexte à ce réveil de l'opinion, de la pensée libre, conductrice des hommes. [28 janvier 1898,)

" IV T ES protestations contre l'obscurité certaine

TFConF * ^ et l'illégalité possible du procès Dreyfus MILITAIRE a^uront eu cet avantage, entre autres, de remettre en lumière et en question la forme surannée de la justice militaire. En regard de l'opinion brutale qui ne veut rien savoir et rien entendre, qui ne répond au.v raisons que par des injures et par des cris, en regard de l'opinion indifférente des neutres, il y a une opinion publique sérieuse, profonde, qui a déjà résolu mentalement le problème que cherchent à éluder les gouvernants indécis, destinés à la défaite par leur indécision même. On ne peut contenter à la fois les masses en évolution et les tenants du passé, on ne peut satisfaire les socialistes et les habiles ralliés, les politiques catholiques si adroits à dissimuler, à imiter l'inertie, alors qu'ils mettent silencieusemont leur main de velours sur toutes choses. On peut pronostiquer que la France entière, jetée en

pleine réaction, essayant de remonter les temps, n'y parviendrait pas. Les lois d'évolution sociale ne peuvent pas être plus abrogées que les lois de la vie naturelle. Si l'évolution humaine continue par le monde, rien ne sert de se placer contre le courant : ce serait la défaite sûre. Et se mettre hors du courant, à l'écart, c'est se dessécher, vivre et mourir sur place. Il est permis de croire que nous n'en sommes pas là. Notre peuple a souvent connu la mauvaise fortune, touché le fond du malheur, mais il s'est retrouvé, ressaisi, il se retrouverait encore.

L'erreur est trop souvent de croire que la partie définitive se joue sur un incident. Cet incident n'est que le signe passager de la crise permanente qu'est la vie. Nous ne pouvons définir l'Histoire que nous faisons; notre pouvoir, notre effort, se résument à essayer de nous modifier chacun individuellement. L'individu transformé réagit fatalement sur le groupe dont il a reçu l'impulsion première, et son travail est de rendre conscient ce qui était inconscient.

Nous sommes ici au cœur de notre sujet, qui est la forme de la justice militaire. On peut voir se manifester, par exemple, les opinions de ditFérentes personnalités, en réponse à l'excellent questionnaire conçu par M. Léon Parsons, d'après les idées d'Ernest Renan et d'Anatole France. On lit dos résumés très médités et très nourris d'hommes de lettres, d'universitaires, de politiques militants. Mais croiton que ces opinions précisées ne répondent pas à des opinions éparses, déjà ressenties par de nombreuses unités de la foule ? Croit-on que partout, dans les milieux les plus divers, il n'y ait pas eu de fortes émotions en apprenant que l'inflexible code militaire condamnait à mort, contre

le sentiment des juges eux-mêmes, de pauvres petits pioupious, soldats d'un sou, coupables de méfaits qui seraient considérés comme des peccadilles par la justice civile ? Çroit-on que nul n'ait fait cette réflexion que la justice civile a été humanisée, bonifiée par une loi telle que la loi Bérenger, alors que la justice militaire est restée à l'état de raideur barbare voulu par l'âge du glaive ? Croit-on que tous les jeunes gens qui reviennent de leur service de trois années soient incapables de toute observation, de toute critique, et se proclament enchantés, ravis du régime d'exception auquel ils ont été soumis? Croit-on que les parents de ces jeunes gens les voient partir le cœur joyeux, sans être troublés par le pressentiment d'un destin inconnu ?

Non, non, il y a une opinion française, anxieuse, qui est prête pour la réforme du Code militaire, qui ne croit pas qu'il y ait; un honneur spécial de l'armée, qui accepterait fort bien de voir juger les méfaits militaires par la justice civile, comme cela se pratique en Angleterre. Que la question soit mise à l'ordre du jour électoral par les républicains qui n'ont pas peur des idées, qui ne craignent pas de jouer leur sort politique sur un beau programme alïirmatif, et ils pourraient bien avoir à se réjouir du résultat. En est-il quelques-uns encore, de ces républicains, ou l'espèce en a-t-elle disparu depuis les années d'opposition au second Empire ? Nous verrons bien. Mais qu'ils sachent d'avance qu'ils ne serontpas plushardis, en portant le débat sur le Code de l'armée, que nombre de mères de famille exprimant avec conviction, sur les mœurs et les lois militaires, des opinions qui égalent, si elles ne les dépassent, les opinions des littérateurs les plus acerbes et des philosophes les plus nihilistes. Telle bourgeoise authentique.

convaincue par les inconvénients du service militaire obligatoire pour tous, s'exprime sur la caserne, sur la guerre, sur le conseil de guerre, plus violemment que Jean Grave.

Mais je m'en tiens à Alfred de Vigny, et transcris ici un passage de la préface de Servitude et Grandeur militaires :

« Je ne puis m'empêcher de dire combien j'ai vu de souffrances peu communes et courageusement portées par une race d'hommes toujours dédaignée ou honorée outre mesure, selon que les nations la trouvent inutile ou nécessaire.

« Cependant ce sentiment ne me porte pas seul à cet écrit, et j'espère qu'il pourra servir à montrer quelquefois, par des détails de mœurs observés de mes yeux, ce qu'il nousresteencore d'arriéré et de barbare dans l'organisation toute moderne de nos armées permanentes, oii l'homme de guerre est isolé du citoyen, où il est malheureux et féroce, parce qu'il sent sa condition mauvaise et absurde. Il est triste que tout se modifie au milieu de nous, et que la destinée des armées soit la seule immobile... A présent, les villes conquises n'ont rien à craindre que de payer des contributions. Ainsi la guerre s'est civilisée, mais non les armées, car non seulement la routine de nos coutumes leur a conservé tout ce qu'il y avait de mauvais en elles, mais l'ambition ou les terreurs des gouvernements ont accru le mal, en les séparant chaque jour du pays et en leur faisant une servitude plus oisive et plus grossière que jamais. Je crois peu aux bienfaits des subites organisations ; mais je conçois ceux des améliorations successives, Quand l'attention générale est attirée sur une blessure, laguérison tarde peu. Cette guérison, sans doute, est un problème dillicile à

résoudre pour le législateur, mais il n'en était que plus nécessaire de le poser. Je le fais ici, et si notre époque n'est pas destinée à en avoir la solution, du moins ce vœu aura reçu de moi sa forme, et les difficultés en seront peut-être diminuées. On ne peut trop hâter l'époque oii les Armées seront identifiées à la nation, si elle doit acheminer au temps où les Armées et la guerre ne seront plus, et où le globe ne portera plus qu'une nation unanime enfin sur les formes sociales ; événement qui, depuis longtemps, devrait être accompli. »

On voit que Louis Ratisbonne, exécuteur testamentaire d'Alfred de Vigny, a hautement raison lorsqu'il affirme, comme signataire de la protestation actuelle, être en harmonie de pensée avec l'immortel auteur de Servitude et Grandeur militaires. (4 février i 898.)

2 V T-jouR quel motif, en vertu de quelle déter-

LE MOTIF JL mination, sur l'injonction de quelle voix DE secrète Emile Zola est-il intervenu dans cette

ZOLA bataille ? 11 est intéressant de le rechercher. Beaucoup, en le voyant intervenir, aflirmatif et véhément, ont été étonnés, ou indignés. De quoi se môle cet écrivain? quelle autorité a-t-il pour prendre à partie des juges militaires, des officiers d'état-major, un ministre de la guerre ? de quel droit interpelle-t-il un président de République ? La plupart de ceux qui se montraient ainsi stupéfaits et courroucés savaient fort bien, ou devaient savoir que tout citoyen d'un pays libre a le droit et le devoir de se lever, môme seul contre tous, pour donner son avis sur les afl'aires publiques. Mais je veux croire,

néanmoins, que leur étonnement était sincère, qu'ils étaient ébaubis et offusqués de voir un romancier, un solitaire, abandonner sa tâche, sortir de chez lui, pour se mêlera la dispute du dehors. Leur stupéfaction, d'ailleurs, venait moins de l'intervention elle-même de Zola que de son opposition. Ah ! s'il s'était levé pour être de l'avis de ses adversaires actuels, ceux-ci auraient trouvé tout naturel qu'il eût donné son opinion. Si, au lieu de dire: J'accuse ! il avait dit : J'approuve ! les mêmes qui le couvrent d'injures dans les journaux ou qui hurlent autour de son fiacre n'auraient pas eu assez d'hommages et de couronnes à lui offrir. Reconnaissons donc simplement ici l'esprit de parti, et surtout l'esprit de parti pris. Nous ne sommes pas encore au temps où chacun aura le droit de penser à sa guise et d'exprimer nettement ce qu'il pense : voilà tout ce que prouve cette aventure.

Toutefois, je remarque que l'on a été assez embarrassé d'expliquer l'acte de l'écrivain en cette circonstance. On a bien voulu reconnaître qu'il n'était pas vendu à Rothschild, qu'il n'avait pas besoin de notoriété, qu'il ne pouvait que perdre son repos et compromettre sa situation de littérateur en assumant la responsabilité d'une telle attaque. On la donc, dans l'embarras où l'on était, accusé de manie, de vanité, de folie des grandeurs, etc. On n'a pas cherché, on n'a pas eu l'idée de chercher dans son œuvre la raison profonde de sa conduite.

On la trouvera pourtant, lumineuse, certaine, si Ton veut prendre la peine d'ouvrir ses livres, depuis Mes Haines jusqu'à Rome.

Je ne fais pas ici la critique des quarante volumes publiés par Zola depuis trente ans. J'admets que cette critique

puisse être sévère, qu'elle trouve des tendances, une forme, à discuter, à juger, à condamner. Je laisse aussi de côté les éloges qui viendraient équilibrer un juste arrêt. Je ne cherche pas la définition de cette personnalité puissante qui réunit en elle un violent réaliste, un poète lyrique épris de la vie, un écrivain double, issu à la fois des romantiques et des scientifiques, un disciple de Hugo et de Balzac. Je laisse l'explication de tout cela, et je dis simplement que l'œuvre de cet homme, telle qu'elle est, est dominée par l'amour de la vérité.

Le romancier auteur des liougon-Macquart et des Trois Villes, le critique d'art, de littérature, de théâtre, ne s'est jamais résolu, cela est trop évident, à céder la plus minime partie de ce qu'il avait découvert du vrai. C'est la raison, l'unique raison de ses écarts de plume, des duretés, des grossièretés qui lui sont violemment reprochées, alors que l'on se garde bien de mettre en valeur tant de pages délicates et tendres. C'est la raison de ses campagnes de presse pour la peinture maudite d'Edouard Manet, pour le talent méconnu de Duranty, contre l'art officiel, contre la liLlérature à la mode, contre le théâtre convenu. C'est la raison qui lui fit écrire le sombre livre de/'^ssommoir et le livre d'espoir de Germinal. C'est la raison qui Ta fait se soumettre à l'examen du docteur Toulouze. C'est la raison de ses erreurs, de son évolution, de tel article de critique de 1896 qui contredit tel article de 1880, cette page par exemple : « J'ai eu, lors de mes débuts dans les lettres, un mépris extraordinaire pour la politique... C'était, de ma pari, l'opinion simpliste d'un poète exaspéré, et rien ne me semble aujourd'hui plus enfantin ni plus imbécile... Cette politique, elle m'est apparue ce qu'elle est en réalité,

le champ passionnant où lutte la vie des nations, où se sème l'histoire des peuples, pour les moissons futures de vérité et de justice. J'ai compris que les plus grands esprits pouvaient y évoluer, y faire la meilleure des besognes, celle du bonheur des autres. »

Les citations pourraient s'ajouter aux citations. Que les hommes de bonne foi prennent n'importe quel livre de Zola, et môme en désaccord avec lui, heurtés par lui, ils reconnaîtront que c'est la passion de la vie, de la vérité, qui anime l'écrivain, que c'est là le motif supérieur, désintéressé, qui a fait de lui l'homme d'action allant réclamer la lumière et la justice devant les magistrats de la Cour d'assises et le jury delà Seine. [17 février 1 898.)

§ VI T 'affaire Dreyfus-Esterhazy vient de sus-

LES JLi citer un nouvel historien. Jean Jaurès,

RAISONS par une série d'articles parus dans la Pelite

^^ . République, étudie le drame et donne ses coo-

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